Entretien

« Depuis avril/mai, la situation s’est un peu améliorée » - Gilles Richard (Fipec)

La journée annuelle des adhérents de la Fédération des Industries des peintures, colles, encres, couleurs pour l'art et résines synthétiques (Fipec) s’est tenue le 5 juin dernier au Pré Catelan, dans le Bois de Boulogne (Paris). Une réunion toujours très attendue qui permet de faire le point sur la conjoncture et les enjeux de la filière. Entretien avec Gilles Richard, délégué général de la Fipec. 

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Gilles Richard
Gilles Richard, délégué général de la Fipec.

InfoChimie magazine : Comment se porte l’industrie des peintures, encres et adhésifs, qui emploie quelque 20 000 collaborateurs en France, dans un contexte global tendu pour le secteur de la chimie ?

Gilles Richard : 2024 a été une très mauvaise année sur l’ensemble de nos cinq métiers. Nous avons enregistré une baisse de volume de 3 %. Du jamais vu en quinze ou vingt ans ! L’Europe a même reculé de 4 %. On espérait une reprise cette année, mais le premier trimestre a été mauvais. Depuis avril/ mai, la situation s’est un peu améliorée, ce qui nous laisse à penser que le plus dur est derrière nous. Néanmoins, 2025 ne sera pas l’année de forte reprise. Le problème vient de la demande en aval qui reste faible dans de nombreux secteurs, tels que le bâtiment, l’automobile ou l’impression, exception faite pour l’aéronautique.

En amont, nous avons observé une certaine décrue des prix des matières premières et de l’énergie. Mais ces prix restent très élevés par rapport à la période pré-Covid. Ensuite, nous avons l’avantage de regrouper des PME spécialisées, ce qui fait que nous ne rencontrons pas les mêmes difficultés que la chimie de synthèse. Hormis quelques difficultés ponctuelles chez nos adhérents, la profession n’a pas détruit d’emplois, même si elle n’en a pas créés. Il y a simplement eu un renouvellement des équipes. Ce qui fait que l’on s’en sort bien par rapport à d’autres secteurs industriels. On espère que 2026 sera l’année de la reprise, à périmètre constant, c’est-à-dire s’il n’y a pas d’autres évènements internationaux susceptibles de changer la donne. Personne n’avait vu venir les droits de douanes aux États-Unis par exemple. Dans nos métiers nous sommes peu exportateurs mais très importateurs. Nous exportons seulement 10 % de nos volumes en direct même si nous exportons de façon indirecte à travers les exportations d’avions ou de voitures de nos clients. Aussi, nous faisons attention à ce que les mesures de rétorsions européennes ne soient pas trop dures, via le Medef et France Industrie.  

Quels sont les sujets phares qui sont au cœur des travaux de la Fipec actuellement ?

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G.R. : Nous travaillons beaucoup sur la simplification réglementaire française et surtout communautaire. Dans la chimie, nous avons trois réglementations phares qui sont Reach, CLP et Biocides. Reach, par exemple, est en cours de révision. Aussi, nous avons fait un travail énorme depuis trois ans, avec les autres syndicats européens, pour consolider des positions qui ont été adressées plus tôt dans le mois à la Commission européenne, avec des demandes de simplification. Nous insistons bien sur le fait que nos propositions n’affectent en rien la santé humaine et la protection de l’environnement. Simplifier ne veut pas dire alléger. Simplifier signifie que l’on peut faire mieux avec les mêmes objectifs, en suivant quelques principes simples. Par exemple en s’intéressant au risque plutôt qu’au danger ou en ne raisonnant pas sur l’effet cocktail mais sur l’effet des substances individuelles. Nous avons fait des propositions concrètes. La commission a reçu toutes nos propositions. On attend le projet de texte pour un vote en fin d’année.

Nous travaillons aussi sur le règlement CLP dont la révision a été votée et publiée l’année dernière. Pourtant, cette année, la Commission revient sur les textes qui ont été voté dans le cadre du projet de loi Omnibus. Un exemple : on va pourvoir retravailler la question des tailles de caractères et les informations sur les étiquettes alors que la révision de CLP allait rendre les étiquettes illisibles et augmenter leur taille. Or on parle de millions d’étiquettes qu’il aurait fallu réétiqueter ! Dans nos métiers ce serait un gaspillage énorme tant en termes humain que de ressources. Pour palier cela, nous proposons par exemple de digitaliser les informations à l’aide de QR code. Nous n’avons pas encore l’écoute de la France et de l’Europe mais on espère être entendus. 

Y a-t-il d’autres sujets réglementaires qui vous occupent ?

G.R. : On travaille aussi sur la CSRD, qui est un texte sur le reporting extra financier qui a déjà été publié, et le CS3D sur le devoir de vigilance en matière de durable qui est à venir. Or ces textes sont très difficilement applicables et il y a un consensus européen pour une simplification. Il a même été demandé à la Commission de les annuler. En réalité, ils seront décalés et des travaux de simplification sont en cours. En France, c’est un travail qui est conduit par France Industrie et le Medef, auquel nous participons avec d’autres fédérations. La simplification réglementaire, c’est ce qui nous occupe le plus actuellement et nous avons de bons espoirs d’être entendus pour la première fois depuis 20 ou 30 ans.

L’Europe serait plus à l’écoute ?

G.R. : Effectivement, nous bénéficions d’une meilleure écoute. Pour la suite, nous demandons qu’il y ait systématiquement des études d’impact chaque fois que l’on produira un texte. Au niveau français c’est obligatoire, mais ce n’est pas toujours fait par manque de moyens. Maintenant il faut que cela se fasse au niveau européen.

À l’occasion de la journée du 5 juin, vous avez souhaité mettre en avant le rôle-clé de votre filière dans la réindustrialisation des territoires, avec la participation d’Olivier Lluansi.  Quel est le constat sur vos métiers ?

G.R. : On est un peu à part. Nous avons des adhérents qui sont répartis partout en France, avec des produits vendus localement pour des chantiers dans un rayon de 50 ou 100 km aux alentours. Nos établissements qui pratiquent la formulation sont relativement faciles à installer. Elles ne sont pas énergivores et n’émettent pas de gaz à effet de serre contrairement à des usines chimiques. Selon Olivier Lluansi, professeur au CNAM et titulaire de la Chaire Industrie décarbonée que nous avions invité, il ne faut pas se mettre de freins à la réindustrialisation. Il est possible de construire des usines un peu partout, certes de petite taille, mais il suffit de disposer d’un réseau routier et de l’énergie. Pour autant, dans nos métiers nous n’avons pas besoin de ré-industrialiser car nous avons largement assez de capacités installées. Nous assistons à des agrandissements de site plutôt qu’à des constructions. La bonne nouvelle est qu’il reste des possibilités. Tous les outils existent pour nous aider à réindustrialiser.

Comment abordez-vous le sujet de la transition écologique dans vos métiers ?

G.R. : On le traite sous deux angles. D’abord par la multiplication des sources de matières premières pour éviter le fossile, en particulier en utilisant des matières premières au biosourcées. Nous avons travaillé il y a trois ou quatre ans à la rédaction d’un guide des peintures biosourcées, qui avait été très bien accueilli. On va prolonger ce travail sur le secteur des colles et des adhésifs.   

Nous travaillons aussi que la question des emballages, pour lesquels nous sommes utilisateurs. Différentes réglementations européennes sur l’emballage et la loi Agec en France ont introduit la stratégie des 3R : réduction, réemploi, recyclage. Nous travaillons actuellement sur une feuille de route interne sur une stratégie 3R qui serait propre à notre profession, qui doit être achevée pour la fin de l’année. L’État a donné la possibilité à chacune des branches de l’industrie de fixer ses propres objectifs et volumes de réductions, réemploi et recyclage au lieu de se les voir imposés.

Le réemploi est un sujet particulièrement difficile pour nous car nous utilisons des produits dangereux, même s’ils sont formulés dans l’eau.  Cela nécessite de connaître précisément la composition des produits en fin de vie. Sur ce sujet, nous finissons une étude sur la réutilisation des fonds de pots de peinture. Nous avons fait une caractérisation moyenne d’un contenu de pots alors que l’on utilise 4 à 5000 substances chimiques différentes. Ensuite, l’idée est de réutiliser la peinture dans d’autres applications pour colorer les trottoirs ou les murs de autoroutes par exemple. Des essais ont déjà été réalisés en ce sens et nous avons bon espoir que nos adhérents puissent trouver d’autres utilisations. 

Que pouvez-vous dire sur la question de l’eau, alors que de nombreuses organisations professionnelles publient des feuilles de route sur le sujet ?

G.R. : Chez nous, l’eau intervient à deux niveaux. En premier lieu dans les procédés de nettoyage des installations, et les entreprises sont déjà nombreuses à recycler cette eau pour limiter leurs consommations. Mais l’eau est aussi une matière première. C’est même la réglementation qui nous demandé il y a quelques années de remplacer les solvants organiques par de l’eau. Nous avons attiré l’attention de l’administration sur notre spécificité. Pour l’instant nous ne sommes pas inquiets car il nous semble que l’État a su se saisir du sujet relativement tôt.

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