De nouveaux enrobés pour rendre l'autoroute A6 plus verte

Sur l’autoroute A6 (Paris-Lyon), son concessionnaire APRR (filiale d’Eiffage) teste de nouveaux enrobés afin de réduire le bilan carbone des travaux de rénovation. L’entreprise va mettre en œuvre un fluxant permettant de remobiliser le liant bitumineux dans les nouveaux matériaux utilisés.

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Nouveaux enrobés autoroute A6
Désormais, de nouveaux enrobés sont testés sur l'autoroute A6, l'une des plus fréquentées de France.

La transition écologique passera aussi par la route, estiment les dirigeants d’APRR (A6, A77, A71, A36, A31, A5...) et d’Area (autoroutes rhône-alpines), qui gèrent 2 310 kilomètres d’autoroutes, soit 27% du réseau concédé français. Filiale du groupe Eiffage, le concessionnaire rénove 600 à 700 km de voies par an, soit 200 km à 300 km de sens d’autoroutes par an. A l’occasion de nouveaux chantiers, elle teste deux solutions destinées à réduire son empreinte environnementale.

«Fabriquer des enrobés, c’est aller chercher des granulats dans des carrières, acheter des liants bitumineux, mélanger le granulat et le bitume pour en faire de l’enrobé, produit à environ 180 degrés en centrale, et le mettre en œuvre sur les chaussées avec des machines qui viennent le compacter», rappelle Jean-Emmanuel Garel, le directeur adjoint opérations d’APRR, qui emploie 3 200 personnes.

Les couches profondes, aussi appelées «couches structurelles», sont renouvelées tous les vingt à trente ans, principalement sur les voies de droite soumises au trafic des poids lourds, qui contribuent à abîmer plus rapidement la chaussée que les véhicules légers. Pour les couches de roulement, «de faible épaisseur» (de 2,5 à 6 cm maximum), qui assurent le confort et l’adhérence, le renouvellement est en moyenne d’un intervalle de douze ans.

Des produits recyclés ou composés de liants végétaux

Avec Colas, filiale du groupe Bouygues (APRR est soumise au code des marchés publics), un chantier sera mené sur 14 kilomètres de l’autoroute A6 en mars 2023 : 50% de la chaussée en place sur la couche de roulement va être recyclée. L’entreprise va mettre en œuvre un fluxant (produit d’origine végétale) permettant de remobiliser le liant bitumineux, qui vieillit et s’oxyde avec le temps, dans les nouveaux matériaux. «C’est plus simple de recycler les couches inférieures», précise Jean-Emmanuel Garel. Jusqu’alors, APRR oscillait entre 10% et 30% de recyclage des chaussées en place.

A Dracé (Rhône), 270 mètres carrés de parking d’une aire de l’autoroute A6 viennent d'être rénovés avec un enrobé drainant de la gamme Biophalt, un produit d’Eiffage Routes. Cet enrobé utilise de la poix, un résidu de l’industrie papetière. «Du fait de sa provenance, ce liant a capturé du CO2», indique Jean-Emmanuel Garel. La température de fabrication est abaissée de 20 à 30 degrés par rapport à un enrobé traditionnel. Un produit développé depuis quelques années, ici utilisé sous forme d’un enrobé drainant pour désimperméabiliser les surfaces concernées. Plus de 40 % d’agrégats d’enrobés routiers issus des chaussées déjà en place peuvent être recyclés grâce à l’utilisation de Biophalt.

Des chaussées soumises à la hausse du poids des véhicules

Lors des phases d’expérimentation, les équipes d’APRR se concentrent sur le comportement des liants. «S’il y a trop de départ de cailloux, cela peut créer des nids de poule», illustre Jean-Emmanuel Garel. La capacité du liant à tenir les cailloux en place avec des cisaillements de pneus «très importants», et celle de la chaussée à maintenir un niveau d’adhérence conforme sont testées. Pour l’heure, Biophalt est commercialisé à un prix plus élevé (sans davantage de précisions), mais le manager espère que les coûts de ces nouveaux produits diminueront au fur-et-à-mesure de leur développement.

Paradoxalement, l’évolution du climat inquiète peu le manager : «s’il pleut ou grêle, ça ne va pas abimer la chaussée. Notre point de vigilance concerne la chaleur, notamment l’été, mais les niveaux de chaleur actuels n’endommagent pas la chaussée, même si l’enrobé monte à 60 degrés à sa base.» En revanche, le poids grandissant des véhicules, notamment avec le développement des SUV et des voitures électriques lestées de batteries, est suivi de près en raison des efforts tangentiels plus forts sur les couches de roulement.

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