Reportage

De Biolane à Vitavea, l’usine aux 1000 produits de santé naturelle d’Havea en Vendée

Au cœur de la Vendée, le groupe Havea, spécialiste des compléments alimentaires et des produits naturels, poursuit sa croissance, organique et externe, ainsi que ses investissements industriels.

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Dans la zone industrielle de Montaigu, en Vendée, le groupe français Havea, détenu majoritairement par des fonds nord-américains, fabrique 1000 références produits par an.

Un dédale. C’est la première impression que donne la zone de production du site d’Havea, sur le site de Boufféré, lequel s’étend sur 25 hectares près de Montaigu, en Vendée. Une dizaine de petits ateliers cloisonnés se déploie autour d’un couloir central, pour éviter la contamination des productions. Derrière des cloisons vitrées, s’affairent des opérateurs autour de presses à comprimés, de salles de pesée, ou encore de géluleuses. De l’autre côté du couloir démarre aussi une dizaine de lignes de remplissage en flacons et de conditionnement en blisters ou sachets.

Les lignes sont semi-automatiques ou entièrement automatisées, avec des produits qui traversent les murs, guidés par des convoyeurs, entre les étapes de conditionnement primaire et secondaire. Ici, sur les 2500 m2 de la zone de production, 190 salariés encadrent des «productions par lots, qui changent tous les jours, avec jusqu’à quatre campagnes de production par an pour certains grands produits», détaille David Dos Santos, le directeur industriel d’Havea. Des produits, ce groupe de 900 salariés, dont la moitié est basée à Montaigu, n’en manque pas : 1200 références par an, dont 1000 fabriquées dans son usine vendéenne, les autres productions étant confiées à des sous-traitants, comme pour les couches ou les lingettes. Ce qui représente une cadence de 50 millions de boîtes par an, dont 35 millions produites dans l’usine.

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Havea, site de production à Montaigu (Vendée) Havea, site de production à Montaigu (Vendée)

Sur les lignes semi-automatiques de remplissage de gels douche pour bébés, les opérateurs de l'usine d'Havea positionnent à la main certains éléments, comme les flacons. (Crédit: Havea)

Aujourd’hui, Havea se présente comme le leader de la santé naturelle en Europe, un marché que le groupe évalue à environ 15 milliards d’euros, dont 2 milliards en France. Dans l’Hexagone, où l’on dénombre 500 entreprises dont une très grande majorité de petites sociétés, Havea se pose comme l’un des mastodontes. Porté par une croissance de 10% en 2022, le groupe a atteint un chiffre d’affaires de 232 millions d’euros et prévoit un total de 290 millions pour l’exercice 2023. «Même en période d’inflation, le marché ne s’est pas du tout écroulé», se satisfait Nicolas Brodetsky, le PDG. Composés «d’ingrédients naturels entre 85% et 100%», les produits d’Havea servent à «restaurer l’équilibre physiologique de l’organisme, combler les carences et déficits, et prévenir l’apparition de maladies. Nous ne sommes pas là pour guérir, c’est du préventif pas du curatif», précise le dirigeant.

Le nom du groupe ne dispose pas forcément d’une forte notoriété, à l’inverse de ses grandes marques, comme les poids lourds Vitavea (plus de 30% du chiffre d’affaires, compléments alimentaires pour le tonus, le bien-être ou encore la beauté) ou Biolane (22% des ventes, produits d’hygiène et de soins pour les bébés). Le portefeuille comprend aussi les compléments alimentaires Aragan, les spécialités ophtalmologiques et gynécologiques de Densmore, les produits dermatologiques de Dermovitamina, et les compléments sous formes de gommes (gummies) de Bears with Benefits.

Depuis 2017, Havea accélère la croissance externe

La croissance externe demeure l’un des axes forts du développement d’Havea. A l’origine, le groupe est issu des Laboratoires Yves Ponroy, fondés en 1975. Le développement s’est fortement accéléré à partir 2017 lors de la reprise du groupe Ponroy Santé par les fonds 3i et Cathay Capital, qui le rebaptisent Havea deux ans plus tard. Depuis, les acquisitions s’empilent chaque année (Calmosine, Ixx Pharma, Bears with Benefits..) et doivent se poursuivre, même avec le changement de capital, acquis majoritairement en 2022 par les fonds BC Partners et PSP. «Notre plan de marche prévoit une à deux acquisitions par an, pour des montants de chiffre d’affaires à acquérir de 10 à 30 millions d’euros», indique Nicolas Brodetsky. Ajoutant que l’objectif est « ’acheter ce qu’on ne sait pas faire et de ne pas acheter juste un produit ou une formule mais tout ce qui est derrière, comme le savoir-faire, la connaissance, et les équipes que l’on maintient en place».

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Havea, site de production à Montaigu (Vendée) Havea, site de production à Montaigu (Vendée)

Le site vendéen d'Havea abrite deux laboratoires de R&D, dédiés aux cosmétiques et à la nutraceutique, menant environ 200 projets par an. (Crédit: Havea) 

En parallèle, Havea poursuit sa croissance organique, s’appuyant sur le développement de nouvelles gammes. Chaque année, 2% du chiffre d’affaires est consacré à la R&D. Le site de Montaigu abrite deux laboratoires, l’un pour les cosmétiques, le second pour la nutraceutique, où officient 15 chercheuses. Cette équipe 100% féminine gère 200 projets par an dans le domaine des compléments alimentaires. «Il s’agit à 20% de nouveaux projets environ, à 30% d’industrialisation et d’intégration de produits acquis, et à 50% de reformulation des produits existants, en fonction de changements ou d’indisponibilité d’ingrédients, ou de contraintes réglementaires», développe Sandrine Malezieux, responsable R&D nutrition. L’ensemble de ces travaux nécessite des adaptations régulières dans les zones de production, que l’on rejoint en quelques minutes.

Dans son usine, Havea doit régulièrement pousser les murs

Seule usine d’Havea, le site de Montaigu était, à l’origine, conçu aux normes pharmaceutiques, construit en 1999, acquis par le groupe dès 2001 et entièrement reconfiguré. Depuis, entre les productions acquises et les celles développées sur place, il faut régulièrement pousser les murs. L’espace de réception et de stockage des matières premières et intrants accueillera bientôt une ligne de gommes, production inédite sur le site, d’une longueur de 25 mètres. Havea investit 5 millions d’euros dans ce projet industriel qui sera probablement suivi, pas avant 2024, d’investissements pour renforcer les capacités de conditionnement en sachets et de formulation en gélules. Les besoins du groupe ont doublé pour les sachets, et les capacités actuelles de gélules se limitent à 400 millions d’unités par an pour des besoins de près de 700 millions, ce qui permettrait de rapatrier une partie des volumes aujourd’hui confiés à des sous-traitants.

Ces besoins réguliers de place ont poussé la logistique hors des murs du bâtiment initial. Un plateau logistique a été ajouté à l’autre extrémité du site de Boufféré, opérationnel depuis 2013, avec un train électrique permettant aujourd’hui de gérer le flux de produits des lignes de conditionnement aux 5000 palettes et 800 emplacements recensés dans la partie expédition. Ce plateau de 35 salariés gère 50 000 commandes par an provenant des grandes et moyennes surfaces (GMS), et 400 000 commandes à l’année de particuliers. En revanche, tous les commandes des pharmacies sont confiées à un partenaire extérieur, Movianto, spécialiste de la logistique en produits de santé.

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Havea, site de production à Montaigu (Vendée) Havea, site de production à Montaigu (Vendée)

Sur les lignes d'Havea, les articles de conditionnement évoluent de plus en plus vers des produits éco-conçus et recyclables. (Crédit: Havea)

Stratégiquement, Havea se concentre par ailleurs sur trois axes : digitalisation, médicalisation des produits, ce qui nécessite davantage d’implication de professionnels de santé en R&D, et internationalisation. Le groupe centre ses ventes sur la France (60%) et l’Europe (90%). Présent, encore modestement, sur des marchés hors Europe, comme la Chine ou le Canada, il ne semble toutefois pas encore décidé à se positionner très rapidement sur le gigantesque marché américain, estimé à 80 milliards d’euros, soit une valeur cinq fois plus importante que le marché européen, et qui nécessite une préparation minutieuse avant de s’y lancer. Havea préfère continuer son développement sur ses marchés actuels, travaillés par marque en raison de grandes disparités marketing pour les produits de santé naturelle.

Cette stratégie par marque est également déclinée pour les objectifs de développement durable. Nicolas Brodetsky évoque «une très faible empreinte carbone de scope 1 et 2, grâce notamment à une alimentation du site à 100% en électricité renouvelable». Le défi porte plus sur le scope 3. Sur ce sujet, Havea travaille en particulier sur les éco-recharges et l’écoconception des produits de conditionnement, comme des flacons en polyéthylène végétal ou des emballages 100% recyclables. Ce qui, là encore, peut amener régulièrement à des ajustements sur les lignes de production à Boufféré.

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