Ancienne papeterie devenue bioraffinerie, l’usine de Tartas (Landes) a mis l’arbre au cœur de tout, ou presque. Implanté en bordure du massif landais, à proximité de deux rivières, le site du groupe Ryam consomme chaque mois 50 000 tonnes de pin maritime, pour produire la chaleur de son process de production, et surtout pour en extraire des composés permettant de fabriquer des celluloses de spécialités. Des produits à bien plus forte valeur ajoutée que la cellulose dite «fluff , utilisée dans les couches, essuie-tout ou autres mouchoirs jetables.
Ce site de 350 salariés est l’un des deux seuls en Europe, avec l’usine norvégienne de son concurrent Borregaard, spécialisée dans ce type de produits. Il y a vingt ans, la cellulose de spécialités ne représentait pourtant que 20% de la production du site de Tartas, le gros de l’activité étant alors destiné aux produits d’hygiène absorbants. Après plusieurs centaines de millions d’euros d’investissement, la cellulose de haute pureté s’est finalement imposée et représente désormais la totalité de la production.
Assisté de trois chaudières, dont l’une à biomasse, le process continu, qui mêle opérations de cuisson, de purification et de séchage avec des produits chimiques (ammoniaque, soude et chlorate de sodium notamment), est non seulement énergivore mais très consommateur d’eau. Il permet de transformer les résineux de la région afin d’en extraire des propriétés qui serviront aux grands acteurs de la chimie pour des applications dans l’industrie, l’agroalimentaire, l’hygiène, la pharma… «Le monde en utilise tous les jours sans le savoir», assure Christian Ribeyrolle, l’ancien directeur du site et actuel vice-président de l’activité biomatériaux du groupe.
Une démarche durable
Livrée en grosses bobines sur toute la planète, cette cellulose entre dans la composition de produits aussi divers que des peintures, des mortiers, des glaces ou encore des plats préparés. «C’est un texturant», explique Christian Ribeyrolle. Le consommateur en retrouvera aussi dans le dentifrice et dans les capsules de médicaments. Transformée en nitrocellulose, la cellulose de haute pureté intervient également comme explosif pour déclencher l’airbag des voitures. «À Tartas, notre spécialité est la cellulose pour les éthers de cellulose. Sa particularité est d’être soluble dans l’eau et d’en changer l’onctuosité», précise le dirigeant. Suivant d’autres procédés, le composé permet de produire de l’acétate de cellulose, présent dans les filtres de cigarette, mais également dans les bioplastiques de certaines montures de lunettes, de textiles et même d’écrans LCD.

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Avec une capacité de 140 000 tonnes de cellulose de spécialités par an, le site landais est l’un des plus importants du groupe américain, premier fabricant mondial (1 million de tonnes par an, ce qui correspond à un tiers du marché). Tout va bien pour l’industriel, qui a réalisé 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2022. «La demande augmente de 3 % en moyenne par an», indique Christian Ribeyrolle. Et l’exploitation du bois est loin d’être terminée. Dans un contexte climatique qui encourage la bioéconomie, le groupe Ryam met en avant sa démarche durable.
Suivant le concept de bioraffinerie, qui vise à exploiter toujours mieux la ressource végétale aussi bien en chimie qu’en énergie, sa R & D poursuit deux axes. Le premier consiste à améliorer les produits à base de cellulose. «Elle est présente à 40 % dans le bois sec. Nous cherchons à apporter de nouvelles caractéristiques pour que nos produits soient mieux adaptés à la production de bioplastique, par exemple.» L’industriel bûche aussi pour remplacer la cellulose issue du coton. «C’est une référence tant en termes de pureté que de viscosité», précise le vice-président. Mais elle possède aussi des défauts. À cause des OGM, pesticides et autres insecticides présents dans sa culture, le coton – décrié par ailleurs pour sa consommation d’eau – est incompatible avec des débouchés dans l’alimentaire ou la pharmacie. En outre, ses volumes et sa qualité dépendent des aléas climatiques, engendrant une forte volatilité des prix. Autant de raisons qui motivent Ryam à trouver une solution plus durable : «Notre bois est certifié PEFC [Programme de reconnaissance des certifications forestières, ndlr]. Il est issu de déchets et de forêts bien gérées et ne contient ni OGM ni pesticides.»
Capter des marchés en plein essor
Le second axe de recherche vise à diversifier l’offre à partir des 60 % de bois restants. D’ici au premier trimestre 2024, le site produira du bioéthanol cellulosique de seconde génération. L’unité – la première en France – sera alors opérationnelle et 21 millions de litres pourront y être produits. Le premier marché sera celui des transports. L’automobile tout d’abord. «Même si les véhicules thermiques ne seront plus vendus à partir de 2035, il restera un parc d’autos à faire rouler», explique Christian Ribeyrolle. Dans un second temps, le bioéthanol pourrait servir dans la production de SAF (sustainable aviation fuels), l’alternative biosourcée au kérosène qui fera voler les avions de demain. «Le prix sera plus élevé que celui des biocarburants issus de blé, de maïs ou de canne à sucre. Mais ce SAF n’entrera pas en compétition avec l’industrie agroalimentaire, n’utilisera aucune matière première supplémentaire, et tout ceci avec un bilan carbone bien inférieur aux combustibles fossiles.»
La chimie du bois qui permettra la fermentation du sucre pour le transformer en éthanol intéresse également les acteurs de la cosmétique, et des parfums en particulier, impatients de troquer l’alcool de leurs formules par un équivalent au bilan environnemental amélioré. Reste à savoir si la ressource, plus que jamais convoitée à l’ère du défi climatique, restera disponible. Construction, énergie, papiers-cartons…, la demande de bois ne cesse de croître. Et la multiplication des incendies pourrait bien compliquer la donne.
La forêt landaise, ressource majeure
Avec son million d’hectares, cent soixante-six ans après le décret de Napoléon III qui l’a créé pour assainir des marais, le massif forestier des Landes de Gascogne est le plus grand de France et l’un des plus étendus d’Europe. L’exploitation de son bois soutient une activité florissante de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel pour 34 000 emplois directs. Le pin maritime constitue l’essence dominante (80 %), loin devant les feuillus (20 %). Divers usages sont faits des 6 millions de mètres cubes prélevés chaque année. Selon la maturité et la partie de l’arbre, la ressource sert pour l’emballage, la construction, la menuiserie. Le reste est transformé en panneaux, combustibles, papiers-cartons et applications de chimie verte. Quelque 90 % des bois récoltés sont labellisés PEFC pour leur gestion durable.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3723 - Octobre 2023



