Malgré les vents contraires, Airbus assoit aussi sa domination dans le marché des hélicoptères civils. C’est ce qui ressort du bilan commercial et industriel dévoilé par l’industriel mardi 23 janvier, dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et une forte inflation.
L’an dernier, Airbus Helicopters a livré au total 346 appareils, contre 344 en 2022, faisant passer ses parts de marché en valeur dans le domaine civil de 52 à 54%. Le groupe basé à Marignane (Bouches-du-Rhône) a par ailleurs engrangé 410 commandes brutes et 393 commandes nettes (incluant les annulations). Une hausse de 10%, dont 84% sont issues du civil et du parapublique.
Dans le domaine civil, Airbus Helicopters creuse ainsi l’écart avec la concurrence, malgré la stagnation de ses livraisons due aux nombreuses tensions au sein de la chaîne de fournisseurs. D’autant que certains acteurs misent davantage sur le militaire. Au point qu’un duopole se dessine de plus en plus avec l’italien Leonardo, toujours actif sur ce segment, dont les parts de marché sont passées entre 2022 et 2023 de 16 à 17%.
A contrario, les américains Bell (13%) et Sikorsky (2%) perdent progressivement du terrain. Ces groupes privilégiant les programmes de Défense dans leur pays, bien plus lucratifs. Quant à Russian Helicopters, avec 13% de parts de marché, l’entreprise fait face à une défiance généralisée depuis l’invasion en Ukraine qui pourrait encore amoindrir sa position.

- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 17093.18-0.23
Mars 2026
Cours mensuel du nickel - settlement$ USD/tonne
Le H145 caracole en tête
La plupart des différents programmes d’Airbus Helicopters étant déclinés dans le civil et le militaire, le groupe a assuré l’an dernier une belle moisson de commandes touchant la plupart de ses programmes. «Nous sommes encore en-dessous de 20% par rapport au niveau de 2019», a précisé Bruno Even, le PDG de la division hélicoptères d’Airbus.
L’an dernier, Airbus Helicopters a surtout pu compter sur la dynamique commerciale de son milieu de gamme. Et en particulier sur le H145, plus grand représentant de ses hélicoptères légers : il a cumulé à lui-seul 186 commandes grâce notamment au contrat passé en décembre avec l’armée allemande (62 H145 militaires), mais aussi avec la sécurité civile et la gendarmerie française (42 hélicoptères).
Le dernier-né d’Airbus Helicopters, le H160, a représenté pour sa part 26 commandes pour des clients positionnés dans différentes activités. L’appareil a en outre décroché l’an dernier des certifications de la part de l'autorité fédérale de l'aviation américaine (FAA) et de la Transport Canada civil aviation (TCCA). De bon augure pour l’avenir, ces deux marchés constituant un important potentiel.
Mis en service en 2021, le H160 entre en concurrence frontale avec l’AW139 de Leonardo. Quant au H175, il profite à plein de la reprise dans le secteur pétrolier et gazier, avec 14 commandes. L’engin a pour sa part obtenu sa certification en Chine, lui ouvrant grand les portes d’un nouveau marché.
Les hélicoptères légers à la peine
Pour les autres programmes d’Airbus Helicopters, l’année 2023 a été moins porteuse. C’est le cas en particulier des engins les plus légers de l’industriel, notamment les membres de la famille Ecureuil, englobant les H125 et H130, qui totalisent malgré tout 147 commandes. «Ce marché subit l’impact macro-économique, ayant des conséquences sur l’aptitude de certains clients à financer ce type d’investissement», a affirmé Bruno Even, tout en précisant que cet hélicoptère conserve 75% de parts de marché sur son segment. Quant au H135, un biturbine léger, il concentre 29 commandes.
Du côté des hélicoptères lourds, là encore, l’année 2023 aura été nettement moins marquante. Alors que l’hélicoptère militaire de transport NH90 n’a été vendu qu’à 8 exemplaires, le H225 Super Puma n’a engrangé l’an dernier aucune commande. Il faut dire que le contrat de la police allemande pour 40 engins, qui devait être signé en 2023, ne le sera sans doute qu’en 2024. Quant à la commande attendue des pays-Bas pour 14 H225M, elle n'a pas été finalisée.
Ce programme a été marqué par un crash en Norvège en 2016, mettant en cause sa boîte de transmission. Alors qu'un nouvel équipement a été mis au point, Bruno Even se veut confiant dans la dynamique de ce programme, en particulier dans le domaine civil, concurrent du S-92 de Sikorsky.
Plus en retrait dans le militaire
Airbus Helicopters compte bien enfoncer le clou dans les activités civiles pour les prochaines années. Dans quelques semaines, le groupe procèdera au premier vol du Racer, un démonstrateur technologique d’hélicoptère à grande vitesse dévoilé en 2017 et successeur du X3. Pour le civil comme le militaire, l’engin qui sera capable de voler à 400 km/h préfigure sans doute un nouveau membre de la famille, qui entrera sans doute en concurrence avec le programme américain FARA (Future Attack Reconnaissance Aircraft). L’industriel compte aussi faire la différence sur le terrain des taxis volants : l’assemblage du CityAirbus NextGen à Donauwörth (Allemagne) a débuté, ainsi que sa mise sous tension.
Si Airbus Helicopters mise gros sur le civil, l’industriel cherche aussi à prendre du poids dans le militaire. En 2021, il se situait sur ce segment à la troisième marche du podium, ex-aequo avec Boeing, avec 13% de parts de marché, derrière, derrière Russian Helicopters (14%) et l’américain Sikorsky (15%). Un marché qui intéresse d’autant plus que les hélicoptères sont vendus plus chers que dans le civil et que les contrats s’effectuent à plus longs termes.
Aujourd’hui, si plus de 80% des commandes d’Airbus Helicopters sont liées au civil, le ratio en valeurs avec la défense reste bien plus équilibré. Le détail du carnet de commandes d'Airbus Helicopters sera dévoilé le 15 février prochain à l'occasion de la présentation des résultats du groupe. Sa valeur devrait avoisiner l'équivalent de trois années de chiffre d'affaires.



