Airbus Helicopters va-t-il effectuer une percée historique dans le militaire dans les prochaines années ? C’est l’ambition de cette division du groupe Airbus, qui a dévoilé ses résultats commerciaux mercredi 25 janvier. Alors que les budgets des gouvernements dédiés à la défense connaissent une hausse généralisée dans le monde, sur fond de conflit en Ukraine, le constructeur d’hélicoptères vise un retour en force sur le marché de la défense via notamment les versions militarisées de ses programmes civils.
Pour autant, Airbus Helicopters a été plutôt en mode stationnaire en 2022, après une année 2021 marquée par un fort rebond commercial après une année 2020 marquée par la crise de l'aéronautique. L’hélicoptériste a été confronté à une baisse de commandes : l’entreprise a engrangé 362 commandes nettes l’an dernier (374 hors annulations), contre 414 commandes nettes en 2021 (419 hors annulations). Les livraisons sont en revanche en légère hausse, passant de 338 à 344 hélicoptères livrés entre 2021 et 2022. «Au vu du contexte d’incertitudes et des tensions dans la chaîne d’approvisionnement, c’est une vraie performance», a résumé Bruno Even, PDG d’Airbus Helicopters.
Vers un doublement des parts de marchés dans le militaire
Si le secteur gazier et pétrolier – premier client dans le civil – a repris des couleurs, Airbus Helicopters cherche avant tout à bénéficier des vents porteurs dans le militaire. En 2022, le marché civil a baissé de 13% en raison des inquiétudes macroéconomiques mais le marché militaire a quant à lui progressé de 29%, comme l’a précisé Bruno Even. Or le marché de la défense est bien plus lucratif que celui du civil avec des appareils vendus plus chers car plus complexes et des contrats signés à plus long terme : il représente environ 80% du marché total des hélicoptères en valeur. Le ratio des commandes aujourd’hui équilibré entre le civil et la défense au sein d'Airbus Helicopters pourrait évoluer dans les prochaines années en faveur du second.
Déjà numéro un mondial dans le civil avec 52% de parts de marché – devant notamment Leonardo (16%), Bell (16%) et Russian Helicopters (10%) – , Airbus Helicopters pourrait dans le courant de la décennie décrocher la première place dans le militaire. En 2021, il se trouvait sur ce dernier segment à la troisième place – ex aequo avec Boeing – avec 13% de parts de marché, derrière Russian Helicopters (14%) et l’américain Sikorsky (15%). En prenant en compte NHIndustries, société commune qui représente 5% du marché et que le groupe partage avec l’italien Leonardo et le néerlandais Fokker, Airbus Helicopters se verrait bien passer de 18 à 30% de parts de parts de marché d’ici 2030.

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Le H175M et le H160M à l'offensive
L’atout que le groupe compte mettre plus que jamais à profit : sa capacité à décliner les versions militaires de ses engins civils. Une recette qui a donné le jour par le passé au H225M Caracal, version du H225, et plus récemment au H145M, issu du H145. Aujourd’hui, c’est la déclinaison militarisée du H175, le H175M, qui cristallise toutes les attentions. Airbus Helicopters attend cette année le résultat de l’appel d’offres du ministère de la défense britannique dans le cadre du programme NMH (New Medium Helicopter). En jeu : un marché de 44 nouveaux appareils visant à remplacer des Puma vieillissants. En cas de succès, l’industriel compte installer à Broughton une nouvelle ligne d’assemblage qui générerait au passage plus d’un millier d’emplois. De quoi fournir, dans un second temps, une rampe de lancement pour des contrats à l’export.
Autre appareil qui pourrait contribuer à concrétiser les ambitions militaires d’Airbus Helicopters : le H160M, développé à partir du H160, le dernier-né du groupe. En 2022, alors que les livraisons de sa version civile ont démarré (au Brésil et au Japon), la marine française a réceptionné le premier Guépard, sa version militaire, promis à un bel avenir pour les forces armées françaises. Au total, le programme d’hélicoptère interarmées léger (HIL) prévoit la commande de 169 appareils afin de remplacer pas moins cinq types d’hélicoptères légers ou de moyen tonnage en service dans les trois armées : les Gazelle de l’armée de Terre, les Alouette III, Panther et Dauphin de la Marine nationale, ainsi que les Fennec de l’armée de l’air. De quoi constituer une belle vitrine à l’export alors que le groupe table sur un potentiel de 400 machines vendues sur la période 2025-2030.
Le drone VSR700 en embuscade
C’est sur le terrain des drones militaires qu’Airbus Helicopters compte également faire la différence, malgré le retard français en la matière. Le groupe développe depuis 2017 le VSR700, un drone hélicoptère de 700 kilos qui pourraient fournir aux futures frégates de taille intermédiaire (FTI) françaises un appui visuel déterminant. Alors que des tests en mer d’appontage et de décollage autonomes ont été réalisés en 2022, le groupe a été nommé en juin coordinateur du projet européen de recherche et de technologie "EU Next Generation Rotorcraft Technologies Project" (ENGRT), financé par le Fonds européen de la défense. La Marine nationale pourrait bientôt passer commande pour remplacer les hélicoptères traditionnels utilisés pour les missions de surveillance. Une vitrine idéale pour séduire des clients étrangers.
Au-delà des nouveaux programmes et des commandes d’appareils, Airbus Helicopters ne parviendra à réaliser ses ambitions dans la défense qu’à la condition d’améliorer le taux de disponibilité de ses appareils. Le groupe a toujours pour objectif d’atteindre un taux de 50%, mais ne livre pas de détails sur son actuelle progression. Le NH90 de NHIndustries a en particulier souffert de pénuries de pièces de rechange au cours des dernières années : le contrat signé en mai 2022 avec la NAHEMA (l’agence de gestion de l’OTAN pour les hélicoptères) pour les engins français et allemands devrait améliorer leur disponibilité opérationnelle. La marge de progression d’Airbus Helicopters en la matière est encore importante.



