«Le 28 mars sera le dernier jour travaillé à l’usine», lance Damien Olry, délégué syndical CGT de l’usine Solvay Salindres (Gard). Après une première vague de 50 licenciements, une quinzaine de salariés procèdera au nettoyage des ateliers jusqu’en octobre 2025. Cela fait plus de 40 ans que l’usine gardoise produisait de l’acide trifluoroacétique (TFA) et ses dérivés, composés organiques fluorés classés PFAS selon la définition de l’OCDE. Cet acronyme désigne les substances per et polyfluoroalkylées, une famille chimique dont certaines molécules atteignent le corps humain. Elles peuvent alors provoquer des maladies de la thyroïde, du cholestérol ou encore des «cancers du rein ou des testicules», selon l’Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris).
Repreneur du site en 2011, le groupe chimique belge Solvay a annoncé fin septembre 2024 sa fermeture, pour manque de compétitivité malgré les «efforts de diversification et d’investissements» et en soulignant le «durcissement des réglementations européennes sur les PFAS». L’explication économique n’a pas convaincu les syndicats, qui s’interrogent désormais sur les conséquences sur la santé des salariés de l’exposition au TFA. L’inquiétude a été nourrie par le rapport de février 2024 de l’association Générations futures, dénonçant des concentrations «inquiétantes» dans les eaux autour de la plateforme chimique de Salindres.
Solvay réfute tout danger
«C’est l’élément déclencheur de l’étude commandée par le CSE en mars au cabinet d’expertise Cidecos», assure Eric Rios, délégué syndical CFDT. Le cabinet lyonnais a visité avant l’été 2024 les ateliers, étudié les conditions de travail, audité les salariés... L’expertise pour risque grave a été rendue en octobre et les syndicats souhaitaient qu’un suivi renforcé des salariés soit mis en place avec des examens annuels ou une mesure d’accompagnement du PSE. «Nous demandions un «point zéro», mais la direction a rejeté cette demande», affirme Eric Rios. Le PSE a été signé fin 2024 par les trois syndicats (CGT, CFDT et CFE-CGC), puis validé. Aujourd’hui, les syndicats évoquent un collectif de salariés en cours de constitution sur l’hypothèse d’une plainte pour «préjudice d’anxiété». Ce préjudice d’anxiété a été abordé pour l’exposition à l’amiante, avec des règles de réparation établies en avril 2022 par le Conseil d'Etat.
Questionné par L’Usine Nouvelle, Solvay indique prendre «la question des PFAS très au sérieux». Pour le groupe, les activités de l'usine de Salindres sont «soumises à des réglementations strictes» et «au contrôle permanent des autorités locales». Concernant le rapport Cidecos, l’industriel l’estime «entaché par un parti-pris méthodologique et par de nombreuses erreurs et approximations tant sur les plans scientifique, réglementaire que juridique». Enfin, l’entreprise explique que «le TFA n’est pas bioaccumulable, ayant une demi-vie de 24 heures et étant éliminé par voie urinaire en environ une semaine». Pour elle, il est difficile de relier l’observation de TFA dans les analyses à une exposition des ouvriers à l’usine. Solvay indique en effet que les sources d’émission sont multiples pour ce «sous-produit de la dégradation de certains produits, notamment les fluides réfrigérants (HFC) et les produits phytosanitaires».
Pendant ce temps, l’Agence régionale de santé (ARS) Occitanie a livré le 5 mars les résultats de son observation - «tous inférieurs aux seuils sanitaires» - d'une campagne sur 32 points de captage, en aval du site industriel de Salindres. Ils devaient déterminer l’exposition aux PFAS et TFA des usagers du réseau d’eau potable. Mais l’institution compte continuer son suivi avec des analyses mensuelles de TFA sur les sites de captage les plus sensibles.



