Entretien

"Dans l’alimentaire, le coût du transport et de la logistique peut augmenter fortement", prévient Eric Hémar, PDG d’ID Logistics

La société ID Logistics, qui travaille beaucoup dans l’alimentaire, avec la grande distribution, mais aussi avec l’industrie adapte ses activités face à la crise du covid-19 sur ses 110 sites, certains devant même fermer. Son PDG, Eric Hémar répond aux questions de l’Usine Nouvelle.

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Eric Hémar, PDG de ID Logistics
Eric Hémar, PDG d'ID Logistics. @Colas Declercq

L'Usine Nouvelle.- Le problème des chauffeurs est en partie réglé. Comment se passe le transport routier ?

Eric Hémar.- C’est en tension dans l’alimentaire. Il faut que les entreprises s’organisent et que cela se mette en place. Nous sommes [en tant que président de l’organisation patronale TLF, Ndlr] en contact avec les autorités et le gouvernement. Ils ont levé les barrières mais il y a encore des sujets en discussion. Nous avons eu des remontées de quelques problèmes lors des livraisons en magasin mais généralement, les mesures spécifiques sont appliquées. Tout le monde est vigilant et solidaire.

Certains chargeurs se plaignent des hausses de tarifs dans le transport. Est-ce justifié ?

Bien entendu, dans l’alimentaire, le coût du transport et de la logistique peut augmenter fortement. En Espagne, il a augmenté d’environ 20% à 25% pendant cette période de crise. C’est logique dans la mesure où les transporteurs ont rarement de quoi remplir leurs camions sur le retour et font face à de grosses désorganisations. Les transporteurs ne peuvent pas perdre de l’argent en roulant pour leurs clients. Ils doivent être très vigilants sur leur trésorerie. Et il ne faut pas oublier que le prix du gazole a baissé de 4%, ce qui est automatiquement déduit des factures. A l’inverse, dans le transport de marchandises non alimentaires, c’est l’arrêt. Certaines sociétés n’ont plus d’activité, notamment dans l’automobile. Les conducteurs sont mis au chômage partiel. Les entreprises de transport et de logistique essayent de basculer des effectifs vers la chaîne alimentaire mais ce n’est pas évident.

Sur les ports européens, c’est la saturation avec la reprise de l’activité en Chine. Comment gérez-vous cet afflux de marchandises ?

Une chaîne logistique qui s’arrête et qui repart brutalement c’est compliqué, mais c’est notre métier. Nous nous retrouvons avec des stocks importants en non alimentaire à gérer. Il faut que nous soyons prêts quand l’économie repartira.

Maintenez-vous des activités sur vos 320 sites ?

Nos sites alimentaires qui représentent 40% de notre activité fonctionnent à plein régime. Pour le e-commerce, l’activité est également renforcée. Par contre, le non-alimentaire ou l’industriel qui représentent 40% de notre chiffre d’affaires sont à la peine. Certains sites sont à l’arrêt, notamment ceux qui concernent l’automobile (Espagne) et le textile. L’impact sur notre chiffre d’affaires sera différent selon la durée du confinement dans les différents pays.

Entre les sites en suractivité et les sites au ralenti, comment gérez-vous les ressources humaines ?

Le transfert de personnel entre sites se fait sur la base du volontariat. Mais une dizaine de sites sur 110 en France sont quasi à l’arrêt et des mesures de chômage partiel sont en cours. A l’inverse, nous devons faire face aux 20% à 30% d’activité supplémentaire sur les sites alimentaires et nous devons recruter des intérimaires pour augmenter les effectifs.

Est-ce que vous faites face à un absentéisme important sur vos sites ? Est-il lié à des cas de contamination ?

Habituellement, le taux est de 5-6%. Aujourd’hui il est plutôt entre 10 et 15 %. Il y a plusieurs types de cas mais notre politique est de privilégier systématiquement la sécurité de nos équipes. Dès qu’un risque est identifié, nous préférons que le collaborateur reste chez lui, même si par la suite, le risque n’est pas totalement avéré. Mais il y a peu de demandes de droit de retrait.

Quelles mesures sont en vigueur pour protéger votre personnel ?

Nous avons monté une cellule de crise avec une communication quotidienne avec l’ensemble de nos sites et des préconisations qui s’appliquent partout. Cela va de la prise de température systématique, désinfection de l’ensemble des outils de travail, lavage des mains, à l'espacement minimum dans les locaux sociaux et autres… Nous attachons une importance particulière aux échanges avec les personnes extérieures au site.

Est-ce que les cadres et vous-mêmes êtes en télétravail ?

Je vais voir un site tous les jours. Il est essentiel que les équipes qui travaillent sur site soient soutenues par leur direction sur place.

Avant l’arrivée de la pandémie, quelles étaient vos prévisions pour 2020 ?

Nous avons réalisé une très belle année 2019 [avec un chiffre d’affaires de 1,534 milliard d’euros] avec une croissance de 10%. Pour 2020, nous avons des prévisions de croissance élevées, notamment avec le rachat de l’entreprise Jagged Peak en fin d’année, mais nous ne savons pas quel sera l’impact de la crise du Covid-19 sur notre activité.

Propos recueillis par Olivier Cognasse

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