À Vergèze, la tranquillité de la commune nichée à une vingtaine de kilomètres de Nîmes (Gard) est chahutée par le ballet des journalistes. À l’approche de l’été, un coup de tonnerre a perturbé le bleu azur du ciel. Le gros nuage a pour origine l’activité d’embouteillage de Perrier, propriété de Nestlé Waters, qui emploie près de 1000 personnes. Le site semble bien parti pour perdre l’appellation «eau minérale naturelle» (EMN), le 7 août au plus tard.
L'eau minérale naturelle en définition
D’après le Code de la santé publique, une eau minérale naturelle est une eau microbiologiquement saine, dont les caractéristiques essentielles ne sont pas affectées par les débits prélevés. La «pureté originelle» de la ressource est un critère décisif. Toute désinfection est interdite. Cette eau se distingue de l’eau de source par sa teneur en minéraux. Autre détail important, elle provient nécessairement d’une nappe phréatique, comme l’eau de source.
Des traitements sur les eaux à retirer d'urgence
La conséquence d’une décision prise mi-mai par le préfet du département. Jérôme Bonet a demandé à l’industriel de retirer des microfiltres déployés dans toute l’usine. Les autorités estiment que ces membranes, dont la taille de pores est de 0,2 micron, ont un effet désinfectant sur l’eau. Elles en modifient le «microbisme», c’est-à-dire les propriétés indispensables pour se prévaloir de l’appellation EMN.
Un revers pour Nestlé Waters qui aura tout tenté ces derniers mois pour faire reconnaître la légalité de ses filtres. Derrière la bataille réglementaire, se cache le juteux business des eaux minérales naturelles. «Les minéraliers peuvent vendre leurs eaux 200 fois plus cher que l’eau du robinet alors que, si elles sont filtrées et désinfectées, elles ont les mêmes caractéristiques», dénonce Antoinette Guhl, la sénatrice de Paris (Les Écologistes), auprès de L’Usine Nouvelle.

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M. Anisset / MaxPPP A Vergèze, la verrerie va mettre la clef sous la porte en raison de la chute des volumes de verre fournis à Perrier. © M. Anisset / MaxPPP
L'eau minérale, une affaire très rentable
Perrier produit 1,2 milliard de bouteilles à Vergèze. La division eaux du grand rival sur la scène nationale, Danone, propriétaire de Badoit, Volvic et Evian, présente, avec 11,5% de marge opérationnelle, un niveau de rentabilité supérieur à celui d’un constructeur automobile comme Volkswagen. Les minéraliers hexagonaux sont d’ailleurs, de loin, les premiers exportateurs mondiaux. La fiscalité les aide : le droit de bouchon, versé aux communes, ne s’applique pas aux volumes vendus au-delà des frontières. Or, une marque comme Perrier est exportée aux deux tiers !
Si Nestlé promet d’apporter une «solution technique» dans les Vosges, où des microfiltres à 0,2 micron ont aussi été déployés pour la production de Contrex et d’Hépar, et doivent être retirés à la demande de la préfecture locale, l’entreprise semble dans l’impasse à Vergèze. Un rapport d’hydrogéologues, sollicité par le préfet Jérôme Bonet, constate que la «pureté originelle» de la ressource n’est plus assurée. Dans le Gard, le changement climatique, qui rend les épisodes cévenols plus erratiques et violents, est incriminé.
Une production maintenue coûte que coûte par des traitements
À moins que la pression exercée par les minéraliers sur la ressource ne fragilise cette dernière. «Dès que l’on prélève trop dans la nappe, on fait jaillir une eau chargée en contaminants, confie, sous couvert d’anonymat, un collaborateur de longue date de l’usine d’embouteillage. La qualité de l’eau revient à chaque fois que les prélèvements sont abaissés.» Déjà épinglé à Vergèze et Vittel pour ses pratiques de filtration illicites, Nestlé Waters a également été rattrapé par la patrouille en Belgique. À Étalle, en Wallonie, une enquête a été ouverte en mars pour des traitements présumés interdits dans l’usine de sa marque Valvert. Et à Henniez, en Suisse, terre natale de la multinationale, des traitements interdits ont été déployés entre 2020 et 2022.
Pendant des mois, Nestlé a alimenté le récit d’une affaire qui le dépasse, devant une commission du Sénat dédiée aux pratiques des minéraliers. Le maintien de la qualité des ressources est un enjeu «sectoriel, car l’eau minérale naturelle est pour tous un produit vivant et sensible, soumis en particulier aux aléas climatiques et environnementaux et aux impacts de l’activité humaine», a affirmé Muriel Lienau, la PDG de la division eaux de Nestlé. Simple stratégie de défense ou début d’une affaire qui s’étend à tout le secteur ?
Le cas Nestlé révélateur des pressions sur la ressource
Si aucun autre minéralier ne semble avoir déployé des traitements à grande échelle comme Nestlé, le récit d’une contamination plus large est corroboré par certaines études. En décembre, l’association écologiste PAN Europe a révélé la présence de TFA, un membre de la famille très nombreuse des Pfas, dans 10 des 19 échantillons d’eaux minérales européennes qu’elle a testés. L’une des eaux (une source en Belgique) présentait un seuil 32 fois supérieur à la limite pour l’eau potable. La présence de TFA dans l’environnement est liée à l’épandage de pesticides. «Les Pfas sont le prochain gros scandale», alerte un expert de la désinfection des eaux.
Nombre d’études se concentrent toutefois sur les eaux embouteillées. Or ces dernières ont pu faire l’objet de traitements faisant disparaître les contaminants. Fin 2023, une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), citée par Le Monde début 2024, avait révélé la présence de bactéries coliformes, d’E. coli, d’entérocoques mais aussi de Pfas sur de nombreux forages exploités par Nestlé. Mais le forage n’est pas le sous-sol : l’ouvrage peut être devenu vulnérable sans que la nappe soit en cause. «Aujourd’hui, tous les sols sont pourris, pourquoi les points de captage des eaux minérales seraient-ils à l’abri ?», questionne un industriel de la filtration.
Un suivi des nappes aussi complexe que partiel
La mesure de leur qualité se heurte à une difficulté : le manque d’études indépendantes sur les nappes phréatiques exploitées, le suivi de la qualité étant assuré au quotidien par les industriels. Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) n’est chargé que du suivi quantitatif des nappes. La modélisation de l’impact du changement climatique sur la qualité des nappes exploitées par les industriels est une boîte noire. La complexité vient du fait que tous les sous-sols ne se valent pas. Ils peuvent varier du tout au tout, même dans un petit périmètre.
Exemple à Vittel (Vosges), où les sources locales sont tirées de gîtes hydrogéologiques bien différents : la marque Vittel Bonne Source, distribuée principalement en Suisse et en Allemagne, est puisée dans la nappe des grès du Trias inférieur, dite «GTI», dont la recharge est très lente, l’eau de pluie mettant des dizaines d’années pour rallier l’aquifère. C’est tout le contraire au gîte A, où est puisée l’eau d’Hépar. Les précipitations se retrouvent en quelques jours seulement dans l’aquifère. Ce gîte est donc plus sensible au changement climatique, comme nous l’explique un hydrogéologue local. Nestlé a déployé des traitements sur Hépar, mais pas sur Vittel Bonne Source. Dans le gîte B, une zone intermédiaire, Contrex est concernée par des filtrations contestées, mais pas Vittel Grande Source (destinée au marché français), indique l’entreprise.
Interrogations autour du cas de volvic, propriété de danone
Non loin de là, dans le Haut-Rhin, la marque Wattwiller (groupe Spadel) qui revendique le zéro nitrate, puise son eau à plus de 150 mètres au cœur du Parc naturel régional des Ballons des Vosges, un site classé Natura 2000 préservé de toute activité agricole. Alors que Nestlé met en avant le changement climatique pour justifier la présence de pollutions, Vosges Nature Environnement indique que sur l’étendue de collecte de Vittel, 30 à 40% des surfaces agricoles sont en culture conventionnelle, avec utilisation de pesticides. Des sources de contamination potentielle.
A Volvic, des prélèvements contestés © Thierry Zoccolan / AFP
Au-delà des contaminations, la pression que les minéraliers exercent sur cette ressource provoque des contestations. Chez Danone, grand concurrent de Nestlé sur la scène nationale, les prélèvements de Volvic sont considérés comme excessifs par nombre d’opposants locaux. Dans le Puy-de-Dôme, le frondeur en chef s’appelle Édouard de Féligonde. L’entrepreneur possède une ancienne pisciculture, de larges bassins de pierres alimentés par des cours d’eau situés en aval de Volvic où collectivité et minéralier puisent dans la nappe phréatique. En 2018, la pisciculture a mis la clé sous la porte, faute de flux, taris chaque été.
Danone contraint de réduire ses prélèvements plus vite que prévu
Danone – qui n’a pas donné suite à nos multiples sollicitations – a plusieurs fois argué que l’alimentation de la pisciculture dépendait en premier lieu des précipitations et se trouvait donc sans lien avec son activité. Un rapport d’hydrogéologue, commandé par Édouard de Féligonde, tend à prouver le contraire : certes, la baisse des précipitations ces dernières années est la première explication à la réduction du débit des cours d’eau. Le rapport démontre que la pluie dite «efficace» (celle qui recharge la nappe) a diminué dès les années 1990, période au cours de laquelle Danone a racheté les murs. Mais, depuis, les prélèvements du minéralier ont augmenté significativement, créant un déséquilibre.
L’argumentaire convaincra-t-il les juges locaux ? Pour le moment, la procédure traîne. En attendant, la préfecture a déjà acté une réduction de l’autorisation de prélèvements. En 2018, à l’apogée, ceux-ci ont atteint 2,8 milliards de litres. En mai, le préfet les a ramenés sous les 2,4 milliards de litres. Ils sont quasiment huit fois supérieurs à ce qu’ils étaient lors du rachat de Volvic par Danone.
Chez Nestlé, des traitements pour maintenir les prélèvements
Tandis que Danone est sommé de réduire ses prélèvements à Volvic, Nestlé a déployé des systèmes de traitement à grande échelle pour régler ses problèmes. Le 31 août 2021, lorsqu’il signale ses pratiques au gouvernement, pressé par une perquisition chez son fournisseur de traitements, il n’est pas encore question des fameux microfiltres à 0,2 micron. Non, à l’époque, le suisse s’appuie sur des systèmes à UV et aux charbons actifs pour garantir la qualité sanitaire de l’eau.
Leonard de Selva / Bridgeman Images Perrier sera fixée au plus tard le 7 août © Leonard de Selva / Bridgeman Images
Les traitements UV visent l’élimination des bactéries. Les charbons actifs, eux, suppriment des micropolluants, comme des résidus de pesticides. Installés à Vittel-Contrexéville et à Vergèze, ils sont incompatibles avec l’appellation «eau minérale naturelle». Ces traitements seront retirés progressivement entre octobre 2021 et août 2023 et remplacés par des microfiltres à 0,2 micron. Or, aux dernières annonces, les autorités estiment désormais officiellement que ces filtres sont tout aussi illicites.
Des traitements non conformes decélés aussi chez Alma... qui renvoie à Nestlé
Devant le Sénat, l’ensemble des dirigeants de Nestlé ont martelé que la situation était «héritée du passé», et donc antérieure à leur prise de fonction. Quant à Luc Baeyens, le patron d’Alma (Cristaline), le seul autre minéralier à ce jour mis en cause pour un traitement illégal en France (au sulfate de fer, à Saint-Yorre), il a laissé courir la rumeur que le filtre avait été installé par l’un des anciens propriétaires des lieux… Nestlé. Au gouvernement, une source qui a suivi le dossier de très près évoque des pratiques en cours depuis «des dizaines d’années».
Nestlé a toujours refusé d’indiquer pourquoi les traitements ont été déployés. Mais, outre la pression sur la ressource, les propos du directeur de l’usine de Vergèze laissent entendre que le sujet de la qualité ne se posait pas qu’au niveau du forage. Philippe Fehrenbach, qui a quitté ses fonctions en janvier, a, devant le Sénat, témoigné d’une infrastructure vieillissante pour Perrier, dans laquelle se formait un «biofilm». Après la révélation de ses pratiques aux autorités, Nestlé Waters a engagé un «plan de transformation» de ses usines d’embouteillage. «Ils ont installé des cuves tampons et des autonettoyants entre l’émergence et l’embouteillage», confie un salarié de l’usine.
La microfiltration permet aussi d'optimiser les nettoyages
Qu’est-ce qui différencie l’approche de Danone de celle de Nestlé ? «Dans les usines de Danone, le nettoyage est au cœur du processus. À mon sens, chez Nestlé, le plan de transformation est le tarif d’entrée pour mettre les installations en conformité. Mais ce plan ne résout qu’une partie du problème, ce qui explique aussi le recours aux filtres à 0,2 micron», selon un observateur du secteur. Chez les minéraliers, la microfiltration est une pratique courante car elle retient les éléments instables comme le fer et l’arsenic, conformément à la réglementation.
Mais tout le débat réside dans la finesse de la maille, la coupure du filtre. L’Union européenne ne fixe pas de seuil : son exigence est qu’elle ne constitue pas une désinfection. En France, les autorités considèrent que la taille de pore ne doit pas être plus fine que 0,8 micron. À Volvic, Danone en emploie avec une maille plus large, à 1 micron.
Les services de contrôle de l'Etat complètement dépassés
Nestlé est-il seul en cause dans ces traitements non conformes ? Un contrôle de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), diligentée à la suite du déclenchement de l’affaire Nestlé, révèle que 30% des sites des minéraliers français recourent à des traitements non conformes, principalement des seuils de coupure inférieurs à 0,8 micron. Problème, cette partie du rapport est couverte par le secret des affaires. Autre point d’achoppement : l’Igas alerte que «les services de contrôle ne peuvent détecter, lors des vérifications, les pratiques que les industriels souhaitent dissimuler».
Dans le Gard et dans les Vosges, c’est d’ailleurs Nestlé lui-même qui communiquera l’emplacement des traitements non conformes aux agences régionales de santé chargées des inspections, dans des armoires électriques notamment. Autrement dit, des traitements qui étaient habilement dissimulés chez Nestlé peuvent l’être ailleurs. «Rien ne m’étonne dans ce scandale, s’insurge une responsable de la politique locale de l’eau d’un territoire qui accueille un grand minéralier. Les services de l’État dysfonctionnent totalement. Les personnes chargées des contrôles n’ont pas les compétences. Et il suffit que le préfet demande à un agent de revoir sa copie pour que ce dernier le fasse. Le pouvoir exécutif est énorme.»
Un rapport des autorités réécrit par l'industriel
Dans son rapport paru le 19 mai, le Sénat révèle aussi que Nestlé a pu faire caviarder, fin 2023, avec le relais du gouvernement et du préfet Jérôme Bonnet, un rapport de l’Agence régionale de santé locale consécutif à des prélèvements sur son site de Vergèze. «La Commission européenne [qui s’est penchée sur la gestion du dossier Nestlé] a mis en avant de graves lacunes des services de l’État français, mais aussi un manque de compétences et de contrôle en bout de chaîne», abonde Ingrid Kragl, la porte-parole de Foodwatch, qui a porté plainte contre Nestlé et Alma pour pratique commerciale trompeuse.
Faut-il pour autant suspecter tous les autres minéraliers ? Plusieurs observateurs de l’affaire jugent que Nestlé était, à ce jour, le seul acteur en France à filtrer à 0,2 micron… Mais le Sénat souligne dans son rapport publié le 19 mai que plusieurs minéraliers hexagonaux souhaiteraient recourir à ces mêmes tailles de pores. Plusieurs industriels filtrent déjà à 0,45 micron, un seuil de coupure répandu en Europe, mais pas explicitement autorisé dans l’Hexagone. Jean-Claude Lacaze, le dirigeant de Mont Roucous, a reconnu lors de son audition au Sénat que son entreprise recourait à une telle filtration. Il l’a justifiée par le fait que son eau est destinée à des bébés et que l’entreprise ne veut «prendre aucun risque», notamment au sujet de «particules issues de la flore».
Clarification autour de la désinfection
Derrière l’enjeu technique des seuils de filtration, la conséquence commerciale est directe. Si, via la désinfection, les membranes modifient le microbisme de l’eau, ses propriétés, comme les vertus minérales tant vantées par les groupes agroalimentaires, n’ont plus lieu d’être. «L’Anses indique qu’entre 0,45 et 0,8 micron, il n’y a pas de changement du microbisme de l’eau», assure Antoinette Guhl, la sénatrice qui a suivi l’affaire de très près.
L’Agence nationale de la sécurité sanitaire, dans un avis rendu en janvier 2023, indique qu’un traitement avec un filtre de 0,2 micron est assimilé à une «désinfection» de l’eau. Sauf que, pendant trois ans, entre la communication de ses pratiques au gouvernement et la dénonciation publique de l’affaire par les révélations du Monde et de Radio France en janvier 2024, Nestlé a profité de la complaisance des autorités.
Une implication de l'Etat au plus haut niveau pour couvrir Nestlé
Ces trois années de silence par tant de membres du gouvernement et d’administrations trouveraient leur raison dans une implication de l’Élysée, comme l’ont démontré la Commission d’enquête sénatoriale et son rapporteur Alexandre Ouizille, parlementaire de l’Oise (Parti socialiste). Aucun contact sollicité à Bercy n’assume d’avoir couvert Nestlé, même au nom de l’importance économique de cet acteur.
Un secteur économique important
8000 emplois chez les minéraliers
2,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour l’eau minérale et l’eau de source en France
Si Nestlé est allé aussi loin dans sa quête d’arbitrage auprès des autorités, c’est qu’il est compliqué de dénicher des alternatives aux forages suspendus. «L’aquifère est fracturé, il est très difficile de trouver des ressources additionnelles sur Hépar. Cela fait plusieurs années que l’on recherche sans succès des forages supplémentaires», détaille, lors de son passage devant les sénateurs, Luc Desbrun, l’ancien directeur de l’usine de Nestlé Waters dans le Gard, devenu celui des sites de Vittel et de Contrexéville.
Derrière la quête d'arbitrage, la difficile recherche de forage alternatif
Le cas des eaux de Luchon illustre bien cette difficulté à trouver des solutions. «L’eau minérale n’est plus assurée depuis 2019 pour un problème de qualité», rembobine le maire de Bagnères-de-Luchon (Pyrénées Atlantiques) Éric Azémar. Moins d’un mois après que l’Agence de régionale de santé a été avertie de la présence de coliformes dans les prélèvements, l’exploitant a arrêté la production ! La mairie, qui possédait le captage, a cherché un nouveau forage. Sans succès. L’eau, exploitée par le groupe Ogeu, est désormais filtrée à 0,2 micron et la marque d’eau minérale Eaux de Luchon a disparu.
Nestlé, lui, aurait toutefois trouvé une porte de sortie pour continuer à faire rayonner Perrier. Sur le site de Vergèze, une partie des forages a déjà basculé sur la production de Maison Perrier. Nouvelle venue des gammes de l’industriel, Maison Perrier propose des eaux gazeuses aromatisées, mais non minérales. Fin avril, un salarié nous a indiqué que près de la moitié de la production de l’usine y est déjà consacrée. Le groupe se félicite d’un lancement en fanfare. En rayon, Perrier vogue vers de nouvelles aventures, non sans avoir dynamité la confiance dans les eaux minérales.
Bataille en coulisses entre les minéraliers
En coulisses, Nestlé a été sommé de quitter le principal lobby du secteur, la Maison des eaux minérales. Mi-2024, Cathy Le Hec, la directrice des Sources d’eaux minérales de Danone Waters, a repris la présidence de cette association à un ancien de Nestlé. Le syndicat des minéraliers, resté longtemps prudent, a finalement pris position contre la filtration à 0,2 micron, le 13 mai.
Pour se démarquer de ses concurrents, Danone a lancé une grande campagne d’affichage au printemps. Il clame la qualité préservée de ses eaux minérales. En revanche, l’industriel a reporté sine die l’invitation faite à la presse pour célébrer le cinquantième anniversaire de sa marque Volvic. Preuve encore que la vague déclenchée par Nestlé plonge tout le secteur dans l’embarras.
Par Olivier Cognasse et Pierre-Henri Girard-Claudon



