« Tout le monde nous disait que c’était impossible », se rappelle Damian Py, le cofondateur de Daan Tech. Malgré le scepticisme des fonds d’investissement face à son projet de produire en France de l’électroménager, cette start-up estime avoir réussi son pari. Son mini lave-vaisselle Bob s’est fait un nom et se vend bien : 35 000 unités en 2021, 50 000 prévues en 2022, 100 000 attendues en 2023. Créé en 2016, Daan Tech a dû démarrer avec quelques subventions, mais sans investisseurs. Restait la dette contractée auprès de Bpifrance et les clients.
« En octobre 2018, nous avons recueilli 6 000 précommandes, raconte Damian Py. Cet acompte de 1,2 million d’euros nous a permis de nous lancer. »
Tout a commencé à Paris, dans une cave. Avec l’apport d’un prêt bancaire, l’ingénieur et l’expert en marketing Antoine Fichet ont fabriqué leurs premiers prototypes, avant de louer, en 2018, une zone de production chez S20 Industries (ex-Fagor-Brandt).
Dans ce qui était alors la « dernière usine de lave-vaisselle de France », Daan Tech est accompagné par un consultant, une demi-journée par semaine, pour développer un produit industrialisable. Puis patatras ! En 2019, S20 Industries dépose le bilan. S’ensuivent six mois d’attente pour la start-up, qui finit par recruter l’équipe avec laquelle elle travaillait et par investir une ancienne usine textile en Vendée. C’était « une semaine avant le premier confinement », précise Damian Py.
Malgré les déconvenues, Daan Tech sort son mini lave-vaisselle en septembre 2020. Il finance l’industrialisation avec 3,5 millions d’euros, cumul de la dette, des précommandes et d’une levée de fonds de 700 000 euros réalisée auprès d’industriels de la région. « La Vendée est historiquement un lieu de production de l’électroménager», souligne le dirigeant. Le lave-vaisselle est assemblé en trente-deux minutes sur une ligne de production à 150 000 euros. Seul investissement majeur, un moule, du même montant, permet au fournisseur plasturgiste de fabriquer la cuve en une seule pièce. « Nous avons dû être créatifs pour réduire les coûts, en nous inspirant du concept d’innovation Jugaad, celle de rupture faite avec peu de moyens », résume Damian Py.
Convaincre les fonds privés
Rentable, l’entreprise affiche 200 000 euros de bénéfices en 2021 pour 10 millions d’euros de chiffre d’affaires. Et ne manque pas de projets, comme racheter le site qu’elle loue pour l’agrandir et y intégrer la fabrication des moteurs ou l’injection plastique. Son prochain produit, un robot cuiseur multifonction, devrait débarquer en 2023. Tout cela nécessite une levée de fonds de 5 à 10 millions d’euros, dont le bouclage est prévu en 2022. Daan Tech espère cette fois-ci convaincre des fonds privés. Mais développe d’autres stratégies pour sécuriser son financement. « Nous allons commercialiser un jumeau numérique de Bob pour équiper des appartements virtuels dans le metaverse, annonce l’entrepreneur. Et nous avons créé notre cryptomonnaie, le Daan Coin, dans le cadre de notre programme fidélité. »
Damian Py l’assure, ce projet, pour lequel il monte une équipe, ne détournera pas Daan Tech de sa vocation première : fabriquer en France de l’électroménager innovant. Un troisième produit devrait sortir avant 2025 et la start-up – qui réalise plus de la moitié de ses ventes en Europe – compte s’exporter en Chine et aux États-Unis, où elle anticipe d’installer des centres de production. « Nous visons une introduction en Bourse aux États-Unis ou à Hongkong courant 2027 », avance le dirigeant, qui regrette le manque de dynamisme du marché français. D’ici là, la start-up espère avoir quintuplé son chiffre d’affaires.
Chiffres clés
- 10 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2021
- 200 000 euros de bénéfices en 2021
- 50 salariés
(Source : société)

Vous lisez un article du numéro 3706 de L'Usine Nouvelle - Mai 2022



