[Covid-19] Un collectif d'industriels et de chercheurs d'Auvergne-Rhône-Alpes met au point des masques réutilisables 100 fois

Des acteurs économiques de la région Rhône-Alpes, dont Michelin à Clermont-Ferrand, ont annoncé mardi 8 avril la fabrication d'un masque réutilisable 100 fois pour un coût de moins de 30 euros. Les porteurs du projet assurent pouvoir produire 5 millions d'exemplaires d'ici fin juin.

 

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Masques OCOV réutilisables avec filtres
Le masque OCOV sera livré avec 5 filtres utilisables 20 fois, ce qui équivaut à 100 masques jetables.

De la crise sanitaire que nous traversons naissent de beaux projets. C'est le cas en région Rhône-Alpes où, sous l'impulsion du collectif VOC-COv (Volonté d'Organiser Contre le Covid-19), réunissant des individus issus de la recherche et de l'industrie, des industriels et des scientifiques – dont Michelin à Clermont-Ferrand et le CEA (Commission française de l'énergie atomique) de Grenoble - ont annoncé la mise sur le marché d'un masque réutilisable 100 fois grâce à des filtres lavables et interchangeables. Une protection pensée pour le grand public dont le prix sera de 28 euros.

"L'idée est née très simplement au début du confinement, explique Pierre Emmanuel Frot, un des membres du VOC-COv. En discutant avec des internes de médecine, nous nous sommes rendus compte que la crise n'était pas seulement sanitaire, mais aussi logistique, ce qui est notre domaine de compétence. Pour soulager les soignants, nous avons activé nos réseaux auprès des industriels et de centres de recherche pour les mettre en relation avec pour objectif la fabrication rapide de masques."

"Le principe de notre masque est de minimiser au maximum la quantité de matériau filtrant et de réduire la surconsommation de masques jetables, poursuit-il,. Distribué avec cinq filtres lavables et réutilisables 20 fois, notre dispositif équivaut à 100 masques jetables pour 28 euros.Le prix de revient par utilisation est donc de 28 centimes, contre 3 euros pour les masques jetables FFP2. Autre innovation, une fois les filtres utilisés, il suffira d'en racheter sans avoir à jeter le masque.

"Un filtre peut durer toute une journée pour une utilisation standard hors milieu hospitalier, explique Pierre-Emmanuel Fret, nous fournissons 5 filtres avec le masque en pensant aux employés de PME qui l'utiliseront, ils n'auront qu'à changer chaque jour de filtre et ils seront nettoyés le weekend". 

Masque OCOV réutilisable CEA
Masque OCOV réutilisable Masque OCOV réutilisable (DECROIX Camille)

Des masques de type FM P1 et P2

"Appelé "OCOV", entièrement développé et produit dans la région Auvergne-Rhône-Alpes en un temps record, ce masque est économique, durable et peut être fabriqué en grande quantité" décrivent les porteurs du projet dans un communiqué. A la différence des masques jetables de "type FF (Face filter) P1 et P2, constitués uniquement d’une matière filtrante, "OCOV" est un masque de type FM (Face Mask) P1 ou P2 qui comprend une pièce faciale souple (…) qui épouse la forme du visage et minimise donc le taux de fuite, ainsi que des filtres remplaçables et réutilisables." Par ailleurs, la norme FM induit un taux de fuite cinq fois inférieur à la norme FF. "Il assure une bonne étanchéité entre l’atmosphère ambiante et le visage du porteur", affirme le CEA.

Michelin et le CEA main dans la main pour une industrialisation rapide

La conception du masque est le fruit des efforts conjugués du CEA Grenoble et de Michelin à Clermont-Ferrand, qui ont mobilisé leur technologie 3D pour fabriquer rapidement le prototype, ce qui "a permis d'initier l'industrialisation en moins de trois semaines" indique VOC-Cov. "Le CEA a mis à disposition ses infrastructures et ses moyens de recherche et d’essais", poursuit le collectif.

Michelin s'est occupé du design, "en apportant ses capacités de conception 3D, confie Pierre-Emmanuel Frot, et en trouvant des injecteurs". Les injecteurs doivent servir à la production en grande quantité des masques, en introduisant dans des moules la matière permettant la fabrication du dispositif. Par ailleurs, l'équipementier automobile a commandé les 130 000 premiers exemplaires.

Une PME lyonnaise en première ligne

La production en grande quantité des masques a été confiée à Ouvry, une PME lyonnaise spécialisée dans les équipements de protection individuels NRBC (nucléaire, radiologiques, biologique et chimique). Les 5 000 premiers exemplaires sont en cours de production dans ses usines.

Des acteurs de la santé publique et des collectivités mobilisés

A côté des industriels, des acteurs de la santé et des collectivités sont mobilisés. L'Agence régionale de santé, le CHU de Grenoble Alpes, l'ordre des médecins et la Société française de médecine catastrophe ont annoncé soutenir l'initiative. La mairie de Grenoble, la région Rhône Alpes et la préfecture de l'Isère font également partie du projet.   

5 millions de masques d'ici fin juin

Le consortium assure être en mesure de produire 1 million de masques par semaine courant mai, soit plus de "5 millions d'exemplaires fabriqués d'ici la fin juin." "Avec 100 utilisations pour un kit standard de 5 filtres, la production totale équivaudra à 500 millions de masques jetables", abonde PIerre-Emmanuel Fret.  

"La production se fera en fonction des commandes, souligne-t-il, en plus des 130 000 masques commandés par Michelin, la mairie de Grenoble nous a également sollicité et des CHU nous ont fait part de leur intérêt". "Nous songeons associer un réseau de distributeurs pour le grand public, poursuit-il, en attendant, les PME peuvent en commander quelques dizaines pour leurs employés. Nous sommes par ailleurs en relation avec les autorités sanitaires pour savoir si nos masques pourront être utilisés en milieu hospitalier" .

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