A la veille de la systématisation du port du masque en entreprise dans les espaces clos et partagés, à partir du 1er septembre, le secteur des masques en France a profondément changé depuis le début de l’année. En premier lieu pour les masques sanitaires, de type chirurgical et FFP2, indispensables aux professionnels de santé.
Production de 50 millions d’unités par semaine, 100 millions à la fin de l’année
Début 2019, la production hebdomadaire de masques sanitaires s’établissait à 3,5 millions d’unités. D’ici la fin de l’année, la France aura multiplié cette capacité nationale par plus de 30, soit 100 millions. C’est ce qu’a affirmé Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’industrie, lors d’une intervention sur CNews le 25 août. La France sera en capacité de produire 60 millions de masques sanitaires par semaine en octobre, et devrait atteindre 100 millions par semaine "en décembre", selon la ministre. Au ministère, un porte-parole indique que la "barre des 50 millions par semaine a été atteinte dans le courant de l’été", alors que cet objectif était initialement prévu pour la fin 2020.
De quatre à une quinzaine de producteurs en France
En tout début d’année, avant l’arrivée de l’épidémie de Covid-19, quatre producteurs historiques produisaient des masques sanitaires en France. En l’occurrence : Kolmi-Hopen, Macopharma, Paul Boyé Technologies et Valmy. Ils sont aujourd’hui une quinzaine, de source ministérielle. En mai dernier, quatre nouveaux producteurs (Celluloses de Brocéliande, Bioserenity, Savoy International et BB Distribe) avaient reçu la reconnaissance et le soutien direct de l’Etat. La commande du gouvernement pour des masques sanitaires made in France avait alors atteint 1 milliard d’unités, passée auprès de ces quatre entrants ainsi qu’aux quatre acteurs historiques, et valable jusqu’à la fin de l’année. En dehors de cette commande nationale, une dizaine d’autres unités de production ont été déployées en France, à l’image des constructeurs automobiles PSA et Renault qui ont mis en service des unités cet été.
Fin des réquisitions, export autorisé
La France peut exporter des masques sanitaires depuis juin. Le 3 mars, un décret avait réquisitionné les productions françaises jusqu’au 31 mai, ce qui avait concerné les quatre producteurs historiques. Même si l’accord trouvé avec l’Etat leur garantissait un prix plancher pour leurs productions, leur évitant un manque à gagner, ces acteurs historiques avaient toutefois été pénalisés sur les marchés à l’export. D’autant qu’en Europe, en dehors de la France, seuls trois pays disposaient début 2019 de capacités de production de masques sanitaires : l’Allemagne, la République tchèque et la Pologne.
4 milliards de masques importés
La Direction générale de la Santé (DGS) indique que 4 milliards de masques sanitaires ont été acquis depuis le début de la crise sanitaire, pour équiper les professionnels de santé et reconstituer le stock stratégique de masques chirurgicaux et FFP2. A ce jour, ces commandes n’ont pas encore été totalement livrées. Fin mars, un pont aérien a été mis en place entre la Chine et la France pour les importations de matériel de protection, dont ces masques sanitaires. Ce pont aérien, initialement prévu jusqu’à fin juin a en réalité été prolongé jusqu’à fin juillet. En parallèle, depuis le 20 mai, une liaison maritime a été ajoutée et se poursuit. Un porte-parole de la DGS précise qu’actuellement "deux cargaisons d’équipements de protection en moyenne arrivent en France chaque semaine".
Près de 3,7 milliards d'euros d’importation depuis mars
Ces commandes ont évidemment fait exploser la valeur des importations de masques sanitaires. Selon les données des douanes françaises, ces importations françaises de masques ont atteint, en valeur, un record de 3,68 milliards d’euros entre mars et juin 2020. En 2019, la moyenne mensuelle d’importation s’établissait à 34 millions d’euros. Dès mars 2020, elle atteignait 61 millions d’euros avant de bondir à 727 millions en avril et d’exploser à 1,78 milliard d’euros en mai. Soit une augmentation de 4947% ! En juin, les importations ont toutefois fléchi, se limitant à 1,12 milliard d’euros.
Les douanes notent que ces chiffres sont "sans commune mesure" avec les importations de masques sanitaires engendrées avec deux précédentes épidémies. En 2006, lors de la grippe aviaire, les importations françaises avaient atteint 74 millions d’euros au premier trimestre, pour 200 millions de masques. En 2009, avec la grippe H1N1, elles avaient atteint un record de 96 millions d’euros entre septembre et novembre, pour 1 milliard d’unités commandées. En termes de provenance, les douanes notent que 88% des masques importés l’ont été de Chine pour le mois de mai, lors du record d’importations.
Des prix en nette baisse
Depuis le 1er mai dernier, le prix unitaire des masques sanitaires à usage unique de type chirurgical est plafonné en France à 95 centimes d’euros TTC. Ce qui établissait alors le prix d’une boîte standard de 50 unités à 47,50 euros. Un prix habituellement trouvé lorsque les masques chirurgicaux ont été accessibles au grand public, début mai, que ce soit en pharmacie ou dans la grande distribution. Ce prix plafond visait à éviter toute marge indue à un moment de très forte tension du marché mondial, entraînant l’explosion des prix et des phénomènes de spéculation, note-t-on au ministère en charge de l’Industrie. Par ailleurs, les coûts logistiques avaient alors bondi en raison des acheminements de masques par avion plutôt que par bateau en raison de la crise.
Au moment du déconfinement, avec la montée en puissance des capacités de production dans le monde et en France, le prix unitaire était plutôt descendu autour de 60 centimes l’unité, et aujourd’hui la "grande distribution, qui vend à prix coûtant, annonce des prix aux alentours de 30 centimes l’unité", affirme un porte-parole du ministère. Soit un niveau trois fois moindre que le plafond fixé, rendu possible par le retour à de l’acheminement par bateau pour les masques importés et la détente du marché mondial.
Selon le ministère, les niveaux de prix actuels ne pénalisent pas les producteurs de masques sanitaires en France, lesquels restent compétitifs à ces niveaux de prix, notamment grâce à des frais logistiques bien moindres. En revanche, le ministère s’inquiète d’offres sur internet avec des boîtes de 50 unités qui seraient disponibles aux alentours de 5 euros, soit 10 centimes l’unité. Ce niveau de prix est aujourd’hui jugé impossible et pose des questions sur la qualité des produits proposés à de tels tarifs.
Un stock stratégique de 1 milliard de masques fin septembre
Entre les 4 milliards de masques commandés à l’étranger et 1 milliard de commandes d’unités pour les productions françaises jusqu’à la fin de l’année, l’Etat a pu reconstituer sa réserve stratégique. En début de crise, le stock stratégique se limitait à seulement 117 millions de masques chirurgicaux et aucun masque FFP2. Aujourd’hui, la DGS affirme que le "stock de masques à usage des professionnels de santé atteint actuellement plus d’un demi-milliard d’unités". D’ici à fin septembre, ce stock national devrait atteindre 1 milliard d’unités, réparti entre 800 millions de masques chirurgicaux et 200 millions de masques FFP2.
Toujours selon la DGS, ce stock de 1 milliard d’unités correspondrait à 10 semaines de consommation en temps de crise sanitaire par les soignants. Soit 100 millions d’unités par semaine. Ce qui est cohérent avec la projection attendue des productions françaises de masques sanitaires à partir de décembre.
Est-ce suffisant ? Et jusqu’à quand ? Ni la DGS, ni le ministère chargé de l’Industrie ne sont aujourd’hui en mesure de répondre. Tout dépendra des besoins, du renforcement ou de l’atténuation de la circulation du virus. A moyen et long terme, il est ainsi impossible de déterminer si les productions actuelles de masques sanitaires en France seront suffisantes et, autre question d’importance : seront-elles aussi pérennes ?



