[Covid-19] Pourquoi la biotech franco-autrichienne Valneva veut vendre ses vaccins sans passer par la Commission européenne

Le développement du vaccin de Valneva progresse mais les négociations avec l’Europe patinent. Faute d’accord avec la Commission européenne, la biotech franco-autrichienne souhaite négocier directement avec les États pour vendre son produit contre le Covid-19.

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Stella Kyriakides, commissaire européenne à la santé
Stella Kyriakides, commissaire européenne à la Santé.

Valneva navigue à contre-courant. Désormais, le laboratoire franco-autrichien veut négocier en priorité avec les États pour fournir son vaccin contre le Covid-19. Dévoilée mardi 20 avril, cette décision inhabituelle concerne directement la Commission européenne. Jusqu’à présent, l’exécutif européen se chargeait de négocier avec les entreprises au nom des pays membres.

Dans un communiqué, Valneva précise « qu’elle se focaliserait maintenant sur des discussions bilatérales, pays par pays ». En conséquence, le laboratoire « ne donnerait plus la priorité aux discussions de fourniture centralisée actuellement en cours avec la Commission Européenne. »

Pas de progrès dans les négociations

Pourquoi un tel choix qui peut sembler radical pour une entreprise franco-autrichienne ? « Nous avons consacré beaucoup de temps et d'efforts à essayer de répondre aux exigences du processus d'achat centralisé de la Commission européenne. Malgré nos récents résultats cliniques, nous n’avons pas, à ce jour, fait des progrès significatifs ni conclu un accord d'approvisionnement », justifie Thomas Lingelbach, président du directoire de Valneva. La biotech veut désormais parlementer directement avec les pays, dans l’Union européenne ou ailleurs. « Nous concentrons désormais nos efforts vers des États membres de l’Union Européenne et des parties intéressées en dehors de l’Union Européenne qui souhaitent inclure notre approche inactivée dans leur stratégie vaccinale », laisse entendre Thomas Lingelbach.

Deux semaines plus tôt, Valneva annonçait des résultats prometteurs dans les premières phases d’essai clinique de son vaccin. L’entreprise souhaite débuter le test de phase 3 avant la fin du mois d’avril, dans l'espoir de commercialiser son produit fin 2021. Baptisé VLA2001, le composé de la biotech est le seul à utiliser une technologie de vaccin inactivé et adjuvanté en Europe. Les laboratoires chinois Sinopharm et Sinovac utilisent des procédés similaires.

Polémique sur le manque de soutien français

Les déclarations de Valneva risquent de susciter de nombreux commentaires dans un contexte de tensions entre le Royaume-Uni et l’Union européenne sur l’approvisionnement en vaccins. Car même si le laboratoire est implanté à Saint-Herblain (Loire-Atlantique), la production de son vaccin contre le Covid-19 se déroule à Livingston (Écosse) et à Solna (Suède) pour la mise en flacon. Le laboratoire rappelle dans son communiqué que le gouvernement britannique a déjà commandé 100 millions de doses. L’entreprise avait dévoilé des « discussions avancées » avec l’UE portant sur 60 millions de doses. Mais ces négociations semblent donc au point mort.

La France et l’Europe ont-elles laissé passer une opportunité avec Valneva ? « C'est un véritable gâchis de voir les vaccins Valneva partir au Royaume-Uni. Les Britanniques ont déroulé le tapis rouge à cette pépite, ce que la France n'a pas fait ! », dénonçait en février la présidente de la région des Pays de la Loire, Christelle Monrançais. Réponse de la ministre déléguée chargée de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher : « Il est faux de dire que Valneva n’a pas eu de réponse de l’État français : nous avons eu des discussions nourries avec le laboratoire dès le 6 mai 2020. Mais Valneva a pris la décision d’avancer au Royaume-Uni, où ils disposaient par ailleurs de leur unité de production. »

Une approche commune européenne contournée

Au-delà du gouvernement français, la Commission européenne a plusieurs fois été critiquée pour sa stratégie de centraliser les achats de vaccins contre le Covid-19. Selon l’exécutif européen, cette approche commune représente plusieurs avantages : interlocuteur unique pour les laboratoires et donc négociations simplifiées, réduction des coûts, éviter la concurrence entre les États membres… Certains parlementaires ont toutefois critiqué la lenteur de la Commission et le manque de transparence dans les négociations.

Valneva n’est pas le seul laboratoire à contourner ce dispositif. Pays membres de l’Union européenne, la Hongrie et la Slovaquie ont déjà commandé des doses du vaccin russe Spoutnik V. La Hongrie s’était également démarquée en réservant plusieurs millions de doses auprès du laboratoire chinois Sinopharm. Des accords parallèles qui ne plaisent guère à la Commission européenne. « Permettez-moi de rappeler qu'en signant l'accord [déléguant les négociations à l'UE], vous avez tous confirmé votre participation à la procédure et accepté de ne pas lancer vos propres procédures d'achat de ce vaccin », rappelait à l’ordre la commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, en janvier, lors d'une visioconférence avec les ministres européens de la Santé.

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