C’est un rayon de soleil dans un ciel tourmenté. Alors que le trafic aérien connaît une crise inédite en raison de la propagation du coronavirus à l’échelle de la planète, Boeing s’apprêterait à relancer la production de son 737 MAX au mois de mai. Un objectif non officiel mais qui aurait été confirmé par plusieurs sources internes auprès de l’agence de presse Reuters. Pour rappel, la production de cet appareil, impliqué dans deux crashs ayant causé la mort de 356 personnes, a été suspendue depuis le 1er janvier 2020.
Un calendrier en ligne avec les dernières déclarations du nouveau patron de Boeing, David Calhoun, qui prévoit toujours une remise en service pour le milieu de l’année. "Ce sera une approche très lente, méthodique et systématique pour gérer la file d’attente et remettre les équipes en place", a résumé Greg Smith, le directeur financier de Boeing, à Reuters. La production pourrait démarrer au rythme de 20 appareils par mois, correspondant à ce que Safran et General Electric - qui fournissent le moteur Leap-1B - ont établi. Pour rappel, le niveau d’avant crise était de 52 appareils par mois et aurait dû courant 2019 grimper à 57…
Les fournisseurs également touchés par le coronavirus
Mais Boeing va-t-il vraiment parvenir à tenir ses objectifs en pleine crise du transport aérien dans le monde ? Après avoir dans un premier temps cloué au sol les avions, l’épidémie de coronavirus est en train de faire tourner l’industrie aéronautique au ralenti. Boeing a d’ailleurs annoncé lundi 23 mars qu’il allait suspendre ses activités d’assemblage des avions long-courriers dans ses usines basées près de Seattle, durant 14 jours.
Le groupe américain est en effet directement touché par le coronavirus. "Boeing a signalé des dizaines de cas dans ses installations de la région de Seattle, dont beaucoup se trouvaient dans son hub d'Everett au nord de Seattle, précise l’agence Reuters. Un travailleur est décédé des suites du coronavirus, selon l'hommage rendu par un ami sur Facebook lundi" 23 mars. Et de préciser que l’avionneur a demandé à ses fournisseurs de suspendre les livraisons vers ses installations présentes dans la région de Seattle.
Et Boeing doit également affronter un autre obstacle pour la reprise du 737 MAX : la capacité de ses fournisseurs eux-mêmes à produire les différents éléments de l’avion. Là encore, c’est l’inconnu. Car nombreuses sont les organisations syndicales à demander aux industriels du secteur de cesser provisoirement leurs activités. C’est le cas justement chez Safran : la CFDT a appelé le 21 mars à un arrêt de tous les sites, pour assurer la sécurité des salariés.
Un besoin de faire rentrer du cash
Quand bien même Boeing parviendrait à relancer la production de son monocouloir, embarquant avec lui toute sa chaîne d’approvisionnement, les compagnies aériennes seront-elles présentes pour réceptionner des appareils avec des trésoreries au plus mal ? Comme c’est le cas pour Airbus, les avionneurs risquent bien dans les prochains mois de subir moult reports et annulations de commandes de la part de compagnies aux abois, cherchant coûte que coûte à réduire leurs dépenses.
Si Boeing cherche tant à redémarrer l’assemblage de son monocouloir, c’est que le groupe se trouve dans une situation périlleuse. Pris à la gorge financièrement à cause des déboires du 737 MAX et touché par le ralentissement du segment des long-courriers, l’avionneur souhaite livrer le maximum d’avions pour renflouer ses caisses. Car une grande partie de la valeur des appareils est payée à livraison. Boeing a d’ailleurs demandé une aide publique d’au moins 60 milliards de dollars pour lui et ses fournisseurs.



