D’ici à 2030, la construction des lignes et gares du Grand Paris Express (GPE), le futur métro automatique d’Île-de-France, génèreront 47 millions de tonnes de déblais. Caractériser ces terres, les suivre du chantier jusqu’à leur destination finale, les évacuer et si possible les valoriser : tels sont les objectifs de la politique de gestion des déblais de la Société du Grand Paris (SGP), l’Etablissement Public en charge de la réalisation de ce projet pharaonique nécessitant de construire 200 km de voies nouvelles, en majorité sous terre, et 60 gares.
« Le sujet des déblais a été pris en compte dès le début et en allant au-delà des obligations réglementaires. Aujourd’hui l’intégralité de ce que nous excavons est caractérisé et tracé », a souligné Jean-François Monteils, président du directoire de la SGP, mercredi 25 mai lors d’un point presse au siège de l’Etablissement Public à la Plaine-Saint-Denis.
Des matériaux hétérogènes sortis du sous-sol
98% des déblais ne sont pas pollués. Les matériaux extraits du sous-sol francilien présentent, en revanche, une grande hétérogénéité avec des propriétés chimiques et physiques qu’il faut analyser afin d’identifier le dispositif de valorisation ou les sites de stockage (les exutoires, ndlr) les mieux adaptés. « Les terres sont systématiquement analysées tous les 200 mètres cubes pour les ouvrages et tous les 500 mètres cubes pour les tunneliers », explique Bernard Cathelain, membre du directoire de la SGP. Pour accélérer le processus de caractérisation les entreprises de génie civil peuvent désormais utiliser la solution Diagnosol qui fournit un résultat en quelques heures.
Pour suivre ses terres à la trace, la SGP a conçu et mis en place T-Rex, un outil collaboratif de traçabilité. Utilisés par tous les groupements constructeurs et par les gestionnaires de site recevant les déblais, T-Rex permet de suivre les origines, la qualité et les destinations des déblais.
Selon Bernard Cathelain, « 400 sites ont été agréés par la SGP pour recevoir des déblais et 169 ont déjà été utilisés ». Bien que 80 % de ces sites soient en Île-de-France et la plupart des autres dans les régions adjacentes, la SGP met, aussi, l’accent sur les transports alternatifs : 16,2 % des terres ont été évacués par voie fluviale, ferroviaires ou bandes transporteuses. C’est mieux que l’objectif initial de 15 %.
Cinq fois la pyramide de Khéops
Depuis le début des travaux 24,7 millions de tonnes de remblais ont été extraits soit un volume équivalent à cinq fois la pyramide de Khéops. « La SGP s’est engagée à valoriser 70 % de ses terres excavées », rappelle Thomas Gaudron, responsable de la valorisation des déchets. Le contrat n’est pas encore rempli et seulement 49,4 % de ce tonnage a pris le chemin de la valorisation. Mais les progrès sont manifestes : 54,49 % des terres ont été valorisées en 2021 contre, par exemple 38,55 % en 2019. Sur ces quantités, la quasi-totalité (96%) est utilisée en valorisation volume (comblement de carrières, projets d’aménagement).
Pour aller plus loin la SGP a identifié plusieurs filières comme la réutilisation des terres sur des chantiers du GPE. Autre piste : la valorisation matière qui a représenté 2,3% du tonnage valorisé. «La valorisation matière est plus difficile à mettre en œuvre car les capacités industrielles ne sont pas comparables à la cadence de nos chantiers», a estimé Bernard Cathelain. Cette valorisation est toutefois vertueuse. Aussi, la SGP soutient-elle différentes expérimentations tel le projet Cycle Terre de fabrication des matériaux de construction en terre crue avec les terres excavées. Elle a aussi créé un catalogue des produits issus de cette valorisation matière.



