L’usine Michelin de Golbey (Vosges), près d’Epinal, annonce avoir atteint le seuil de zéro émission nette de CO2 cette fin d’année 2024. Le site pressenti pour reprendre une partie de la production de Vannes (une des deux usines du groupe qui doit fermer en 2026) a inauguré le mardi 3 décembre les installations techniques lui permettant d’éliminer 2600 tonnes de gaz à effet de serre par an, sans recourir à des mécanismes de compensation.
Pour atteindre cette performance, le fabricant de renforts métalliques à destination des pneumatiques de la marque a remplacé sa consommation annuelle de gaz de 14 gigawattheures (GWh) par trois sources : la récupération de chaleur fatale, l’électricité décarbonée et le biométhane.
Bertrand de Solages, directeur de la tréfilerie de 400 salariés et 20 intérimaires, rappelle que ce projet de transition énergétique «s’inscrit dans le cadre d’un plan d’investissement pluriannuel de 25millions d’euros sur la période 2021-2024». Le directeur évoque une enveloppe de 3,5 millions d’euros «qui a permis d’atteindre zéro émission nette sur le scope 1 (émissions directes de gaz à effet de serre) et le scope 2 (émissions indirectes résultant de la production d'énergie achetée et consommée sur place)».
Dans le détail, l’industriel a supprimé deux anciennes chaudières vapeur de 7 bars alimentées en gaz naturel. Celles-ci répondaient aux besoins en chauffage de l’usine, mais couvraient aussi les besoins des procédés industriels : maintien en température de bains et nettoyage et séchage de fils métalliques. Christophe Leplat, référent énergie du site, explique que l’emploi de vapeur comme fluide caloporteur était «un luxe dont nous n’avions pas besoin», les procédés requérant 95°C au maximum.
Proximité avec le fabricant de PAC
L’entreprise a donc substitué à ses chaudières gaz par deux pompes à chaleur (PAC), des équipements fabriqués à 30 kimomètres, sur le site du groupe Trane à Charmes (Vosges). Cette proximité géographique avec son fournisseur correspond à un choix volontariste de l’industriel destiné à simplifier ses problématiques de réglages et de maintenance.
Une pompe à chaleur de 1500kW assure désormais le chauffage de l’usine, une seconde de 635kW réchauffe l’eau de process. «Nous avons la chance de bénéficier à Golbey d’une boucle d’eau de refroidissement de nos procédés. En sortie d’atelier, l’eau à 25°C transite par des tours aéroréfrigérantes afin que sa température soit abaissée à 20°C. Dans les tours, nous récupérons maintenant 15 à 20% de la chaleur disponible, ce qui suffit à nos besoins», détaille le référent énergies. Reste à savoir si la chaleur fatale résiduelle pourrait encore être exploitée dans des activités extérieures au site Michelin…
A partir de cette ressource, les pompes à chaleur assurent la production d’énergie nécessaire au site. L’installation est complétée par trois réchauffeurs électriques en vue d’atteindre les 95°C nécessaire aux opérations de nettoyage et le séchage des fils métalliques. Enfin, trois chaudières à condensation de 650kW chacune, alimentées via un contrat de fourniture en biométhane, répondent aux besoins pendant les phases d’arrêt, de maintenance, etc.
50 recrutements potentiels
Lors de cette inauguration, le directeur de la tréfilerie vosgienne n’a pas souhaité revenir sur l’actualité du groupe Michelin, après les annonces de fermeture des sites de Vannes et de Cholet (Maine-et-Loire). Lors d’un CSE extraordinaire convoqué le 18 novembre à Golbey, Bertrand de Solages avait annoncé aux représentants des personnels qu’une partie de la production de la tréfilerie de Vannes serait reprise à terme par l’usine. Grégory Peltier, délégué Sud, le syndicat majoritaire sur le site, évoque «une cinquantaine d’embauches potentielles» qui ne devraient pas intervenir avant 2026. L’élu anticipe cependant des difficultés de recrutement liées au bassin d’emploi et à la perte d’attractivité des métiers de l’industrie.



