Les acteurs de la recherche sur les batteries respirent : leurs laboratoires toucheront bien les financements qui leur avaient été promis pour 2024. Car depuis la décision de la Cour constitutionnelle allemande mi-novembre, ce sont des pans entiers de l’industrie et de l’innovation qui craignent de devoir se serrer la ceinture. Les Sages de Karlsruhe ont en effet interdit le transfert de 60 milliards d’euros d’un fonds créé pendant la pandémie de Covid vers un fonds pour le climat et la transformation de l’économie (KTF), obligeant le gouvernement à combler un trou budgétaire de 17 milliards d'euros pour cette année.
De fait, le ministère fédéral de la recherche avait annoncé des économies de 156 millions d’euros, soit 75% des fonds initiaux, aux instituts travaillant sur les batteries. «Le monde entier, à commencer par les Etats-Unis, la Chine, la Corée du Sud, est lancé dans une course aux nouvelles batteries et aux technologies de rupture, tandis que le gouvernement allemand fait tout l’inverse en coupant les subventions», avait pointé du doigt Dirk Uwe Sauer, professeur de conversion électrochimique à l’université RWTH de Aix-la-Chapelle lors d’une conférence le 2 février. Une situation selon lui d’autant plus incompréhensible que les projets d’intérêt commun (IPCEI) sur les batteries, dotés eux de 510 millions d’euros, restaient épargnés par les économies. Des arguments qui ont fait mouche, puisque les instituts de recherche conserveront leurs budgets. Mais pour les années suivantes, la négociation devra reprendre.
De même, l’inquiétude était grande parmi les industriels engagés dans des projets de décarbonation, qui n’étaient plus certains de toucher des subventions, comme l’aciériste Stahl Holding Saar, basé à Völklingen (Sarre). Pour atteindre la neutralité climatique en 2045, celui-ci s’est engagé dans la transformation de son outil de production, avec l’installation d’une unité de réduction directe du fer (DRI) à base d’hydrogène et de deux fours à arc électrique pour un montant de 3,5 milliards d'euros. Finalement, l’industriel, plus gros employeur du Land, touchera bel et bien 2,6 milliards d’euros d’aides, au deux tiers payés par l’Etat fédéral.
Suppressions des avantages
Pour autant, la cure d’austérité budgétaire imposée par les juges de Karlsruhe se fait aussi au prix d’une priorisation des secteurs, certains moins bien lotis que d’autres. Ainsi, la fin des avantages fiscaux sur le diesel agricole à partir de 2026, qui a fait couler beaucoup d’encre et jeté les agriculteurs en colère dans les rues, devrait apporter entre 500 millions et un milliard d’euros. Alors que la prime à l’achat d’un véhicule électrique pouvant aller jusqu'à 6750 euros a été brutalement supprimée en décembre, obligeant les constructeurs automobiles à réagir en baissant leurs prix, le secteur de l’industrie photovoltaïque redoute des coupes claires dans les aides à l’acquisition de panneaux solaires. Enfin, l'Agence fédérale pour l'emploi devra rembourser 1,5 milliard d'euros de subventions touchées à l'époque du Covid, faisant craindre une hausse des cotisations.
Les prix de l’électricité, du gaz et des carburants sont également attendus à la hausse, affectant tant les particuliers que les entreprises. Afin de renforcer les recettes du KTF, le prix du CO² sera en effet majoré plus rapidement que prévu, passant de 30 euros la tonne en 2023 à 45 euros en 2024 au lieu de 40 euros. En parallèle, la suppression d'une aide de 5,5 milliards qui était accordée aux gestionnaires des réseaux de transport d'électricité pour financer les travaux de renforcement de l’infrastructure risque de faire doubler les prix de la taxe d'acheminement de l'électricité. La Chambre allemande du commerce et de l'industrie a calculé qu’une entreprise consommant 10 gigawattheures d'électricité par an pourrait voir sa facture grimper de 9 à 17%, alors que les prix de l’électricité sont déjà parmi les plus élevés d’Europe.



