« Notre objectif est démocratiser la conception des processeurs auprès de tous les acteurs de l’électronique », lance Cyril Sagonero, directeur général et cofondateur de Keysom. Implantée à Pessac (Gironde), cette start-up née en juillet 2022 a remporté le Prix du Public à l’occasion de la 16e édition des Assises de l’Embarqué, qui se sont tenues à Paris le jeudi 11 janvier 2024.
Cette volonté de démocratisation se traduit par un logiciel d’aide à la conception de type « no code », qui ne requiert aucune connaissance en matière de langage informatique ou de hardware.
« On n’entre pas de lignes de code, ce n’est que du glisser-déposer, assure Luca Testa, cofondateur et directeur des opérations. Le client peut introduire le code informatique fonctionnel de son application et, après une analyse de quelques minutes, notre logiciel propose l’architecture de processeur la plus adaptée, en s’appuyant sur les briques que nous avons conçues. »
Combler une lacune des logiciels de conception
Ancien maître de conférences à l’école d’ingénieurs bordelaise Enseirb-Matmeca et aujourd’hui directeur technique hardware de Keysom, Jérémie Crenne apporte des précisions sur le fonctionnement du logiciel : « Il s’agit d’exploration architecturale basée sur des algorithmes génératifs. C’est une lacune des EDA (electronic desing automation, la CAO pour l’électronique, ndlr) et d’autres logiciels en électronique, avec lesquels un lent processus d’itération est nécessaire. C’est aussi une réponse à la pénurie de compétences, très prégnante dans le domaine de l’électronique, qui affecte surtout les structures les plus modestes. »
Le logiciel de Keysom produit un fichier de description du processeur (RTL, register transfer lever), qui fait office de plan. Un fichier indépendant du noeud technologique (finesse de gravure notamment) qu’un logiciel EDA (édité par Cadence, Synopsys…), outillant les concepteurs de systèmes microélectroniques, va transformer en « millions de transistors interconnectés », selon l’expression de Luca Testa.
Pour les marchés de l'automobile, de l'IoT, de l'IA...
Les clients de Keysom élaborent des systèmes sur puce (rassemblant processeur, mémoire, convertisseur, etc) à l’adresse des marchés de l’automobile, de l’IoT/Télécoms, de l’IA et de la robotique. « Notre démarche commerciale a commencé après que nous avons été lauréat du concours i-Lab en 2023 », indique Cyril Sagonero.
La genèse de Keysom s’explique par le constat de Luca Testa et de Cyril Sagonero, qui avaient créé ensemble un bureau d’études en 2018. « On développait des cartes électroniques qui employait des processeurs surdimensionnés par rapport aux besoins », raconte Cyril Sagonero.
Luca Testa enchérit : « L’essor des applications spécifiques (en particulier pour l’embarqué, ndlr) s’est accompagné, pour l’industrie des semi-conducteurs, d’un besoin croissant en performances et d’un besoin décroissant en consommation énergétique. C’est impossible à accomplir avec des architectures génériques. Mais les architectures personnalisées demandent beaucoup de temps, de ressources humaines, ce qui représente un coût faramineux. L’industrie décide alors de rester sur des processeurs génériques. »
Risc-V a le vent en poupe
D’où l’idée d’un logiciel facilitant la conception de processeurs sur mesure. Le choix est délibérément limité à l’architecture de jeu d’instructions Risc-V en 32 bits, un standard industriel dont la première version a été publiée en 2010. « Risc-V est disponible sans licence, contrairement à l’architecture Arm, laquelle est par ailleurs soumise à des contrôles d’exportation de la part des Etats-Unis », justifie Cyril Sagonero.
Surtout, Risc-V gagne en popularité. « Ses parts de marché sont actuellement minimes mais son taux de croissance annuelle atteindrait 23% d’ici à 2027, alors que celui d’Arm serait négatif, d’après une étude commanditée auprès de Yole Group », détaille Luca Testa.
L’idée pour Keysom est de « surfer sur cette vague et d’acquérir ses lettres de noblesse », sourit Cyril Sagonero. Qui ajoute que Keysom « travaille avec des centres de recherche français sur de nouvelles architectures, qui répondent plus précisément aux besoins calculatoires de l’IA et du véhicule autonome. » La start-up espère un financement à hauteur de trois millions d’euros pour continuer sur sa voie.



