Alors que les projecteurs sont braqués sur Perrier, le site de Vittel-Contrexéville (Vosges), espère voir le bout du tunnel dans l’affaire des traitements interdits déployés sur les eaux minérales. Nestlé Waters, propriétaire des lieux, où sont produites les eaux Hépar, Contrex et Vittel, a été sommé par la préfecture des Vosges de retirer lesdits traitements d’ici fin juin, nous a indiqué l’entreprise – les services de l’Etat en revanche n’ont pas répondu à nos demandes. Les traitements illicites ne concernent que Hépar et Contrex - pas Vittel (voir encadré). Nestlé a déployé une grande campagne de communication dans les rayons des supermarchés ces derniers jours indiquant que l'entreprise se met actuellement en conformité.
Des membranes à 0,45 micron en remplacement
Supprimer ces traitements, des microfiltres à 0,2 micron, est indispensable au maintien de l’appellation "eau minérale naturelle" sur ces marques. L’entreprise a opté, à la demande des autorités locales, pour un remplacement des traitements interdits par des filtres à 0,45 micron, un seuil de coupure auquel recourent déjà un certain nombre de minéraliers européens, comme Mont Roucous en France. «Des essais ont effectués, nous sommes plutôt sereins, confie Yannick Duffner, délégué syndicat CFDT du site. Nous avons cependant très peu de recul : qu’adviendra-t-il en cas de sécheresse ou de pluie intense ?» A Vergèze (Gard), où est exploité Perrier, des lots d’eau embouteillés ont été retenus à l’usine ces derniers mois en raison de contaminations comme l'a révélé Franceinfo. Le représentant syndical assure que rien de tel n’est survenu ces dernières années sur le site de Vittel-Contrexéville.
Le processus de changement des filtres ne va pas entrainer de gros chambardement à l’usine : «Nous n’avons pas d’arrêt de production important prévu, poursuit Yannick Duffner. La mise en place des nouveaux filtres est une opération rapide : c’est un peu comme changer une passoire. En revanche, il nous faut évaluer le microbisme de l’eau (ses propriétés intrinsèques, indispensables pour l’appellation "eau minérale naturelle", NDLR) en fonction de ces nouveaux filtres. Le dernier filtre à 0,2 micron à retirer est sur l’un des forages Hépar : il ne sera enlevé qu’à la dernière minute car il faudra des opérations de nettoyage importantes sur cette partie.»
Des travaux plus larges dans l'usine prévus pour 2026
Des propos qui font écho à ceux, tenus devant le Sénat ces derniers mois, par les directeurs des usines d'embouteillages françaises de Nestlé Waters. Ces derniers ont laissé entendre que la difficulté d'exploitation des eaux minérales ne se limitaient pas à la ressource : les microfiltres permettent d’optimiser les processus de nettoyage et de pallier des difficultés liées à une installation vieillissante. Aussi, le changement sur le site de Vittel-Contrexéville ne se limite pas au déploiement des filtres à 0,45 micron.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Le délégué syndical indique aussi que la direction de l’usine a choisi d'aller plus loin dans le plan de "transformation" du site Vittel-Contrexéville, où des travaux sont conduits depuis fin 2021. «Certaines canalisations doivent avoir 50 ans, elles ne sont plus adaptées à notre tirage, détaille Yannick Duffner. Or, il faut absolument éviter d’avoir de l’air dans la canalisation. Des canalisations, qui s’étendent parfois sur 10 kilomètres doivent être redessinées en fonction de nos besoins réels.» Lors de son passage au Sénat, Luc Desbrun, le directeur du site, avait indiqué qu'un investissement de 17 à 20 millions d'euros était prévu. Notre source syndicale nous indique que la fourchette serait désormais de 30 à 35 millions d'euros.
Un plan suffisant ? L'Anses avait alerté sur la qualité de la ressource
Est-ce que cette "transformation" suffira à tourner la page des difficultés sur le site ? Un rapport de l'Anses, détaillé notamment par Médiapart, indique qu'au moins certains forages sur Hépar et Contrex présentent régulièrement des contaminations bactériologiques. Un rappel à ce stade : alors que les autorités estiment que les filtres à 0,2 micron ont un effet désinfectant sur l'eau, ce n'est pas le cas des filtres à 0,45 micron. Jusqu'ici, si Nestlé a fraudé sur la réglementation des "eaux minérales naturelles", appliquant des traitements interdits, l'entreprise peut se targuer de n'avoir mis aucun produit dangereux pour la santé des consommateurs sur le marché, ayant bloqué à l'usine les lots contaminés. Sa communication déployée en rayons en cette mi-juin défend la sécurité de ses produits. Reste à savoir si les nouveaux filtres conduiront à des blocages de lots plus réguliers ou simplement à des arrêts de production en cas de précipitations par exemple.



