La crise, quelle crise ? Malgré un trafic aérien toujours morose et un secteur aéronautique en convalescence, Airbus a dévoilé jeudi 17 février un bénéfice 4,2 milliards d’euros, après deux années dans le rouge. Jamais l’avionneur européen n’a atteint un tel niveau dans son histoire, l’incitant à proposer de nouveau le versement de dividendes. Une performance d’autant plus étonnante que l’année 2021 a été encore largement marquée par la crise liée à la pandémie mondiale, provoquant une nette baisse d'activité pour l'ensemble des acteurs de l'aéronautique.
Comment expliquer ce bénéfice historique, supérieur à celui de 2018, de 3,1 milliards d'euros ? D’abord, par la hausse significative des livraisons d’appareils en 2021, après le creux historique de 2020. Airbus a livré 611 avions en 2021, contre 566 en 2020. De quoi faire gonfler le chiffre d’affaires de la branche aviation commerciale, passant de 34,3 milliards d’euros en 2020 à 36,2 milliards d’euros en 2021, soit une hausse de 6%. Le groupe table sur 720 livraisons en 2022. Reste que ces niveaux de livraisons constituent tout sauf un record : l’avionneur avait livré 863 avions en 2019. Le niveau de 2021 renvoie Airbus près de dix ans en arrière en matière de livraisons d’appareils…
Une chasse aux coûts
Le groupe a pu, ceci dit, compter aussi sur la bonne résistance de ses deux autres activités. Les livraisons d’hélicoptères ont relevé le nez, avec 338 engins livrés l’an dernier, contre 300 en 2020 : le chiffre d’affaires de cette division est en hausse de 4%, à 6,5 milliards d’euros. Côté défense et spatial, le recul de l’activité a été contenu. Le chiffre d’affaires de la branche s’élève à 10,2 milliards d’euros, en baisse de seulement 2%. Au final, Airbus affiche en 2021 un chiffre d’affaires de 52,1 milliards d’euros, en hausse de 4%. Mais là encore, ce chiffre constitue un bond en arrière de près de dix ans pour l’avionneur européen.

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Le bénéfice record d’Airbus trouve aussi son origine dans le plan d’économies déployé par Airbus. Avec pour facette la plus visible, le départ l’an dernier de 10 000 personnes à l’échelle mondiale, sans licenciements contraints, contre un plan de réduction de 15 000 postes annoncé initialement. Mais ce n’est pas tout. L’avionneur a effectué une chasse aux coûts : réduction des déplacements, diminution du nombre d’événements, baisse des frais divers et variés… La R&D n’y a d’ailleurs pas échappé. Son montant dédié a baissé de 4% en 2021, à 2,7 milliards d’euros, malgré le sujet crucial de la décarbonation des avions.
Très peu de charges au compteur
A ces mesures, s’ajoute également la vente d’un terrain à ArianeGroup aux Mureaux (Yvelines) qui a rapporté à lui seul 122 millions d’euros. La baisse des coûts liés à des livraisons anticipées d’A380 ? Pas moins de 274 millions d’euros en plus. Les anticipations de paiement aux clients ont aussi joué. Malgré une nouvelle provision de 212 millions d’euros liée au programme A400M, Airbus a pu procéder à un ajustement comptable positif de 447 millions d'euros grâce à l’ensemble de ces initiatives.
En clair, les bénéfices de l’avionneur n’ont pas été mis à mal en 2021 par de trop lourdes charges, comme cela avait été souvent le cas ces dernières années. L’A400M a par exemple généré 1,3 milliard d’euros de charges en 2017, puis encore 1,2 milliard d’euros en 2018. Durant l’année record de 2019, au cours de laquelle le chiffre d’affaires avait été de 70,5 milliards d’euros, Airbus avait affiché une perte de 1,4 milliard d’euros en raison d’une charge exceptionnelle de 3,6 milliards d’euros pour payer l’amende liée aux affaires de corruption.
Retour aux fondamentaux
Malgré la crise du transport aérien, Airbus a bénéficié d’un bel alignement des planètes en 2021. Il n’y a guère que le conflit ouvert avec Qatar Airways pour gâcher le tableau. L’industriel peut désormais, en ce qui concerne ses activités civiles, se concentrer sur sa priorité : augmenter les cadences de production des avions. Et en particulier celles de l’A320, que la nouvelle ligne d’assemblage finale toulousaine va soutenir dès cette année. Airbus compte livrer 65 A320 par mois dès l’été 2023, contre 40 au plus fort de la crise, un niveau inédit. Il prévoit de mettre sur la table dans le courant de l’année la possibilité d’aller au-delà, c’est-à-dire à 75 appareils par mois.
Ces ambitions industrielles vont d’abord nécessiter une concertation étroite avec l’ensemble de la chaîne de fournisseurs et avant tout avec le motoriste Safran. Airbus doit les convaincre que les investissements nécessaires seront pérennes. Autre enjeu : parvenir à embaucher 6 000 personnes, rien que pour cette année. Le groupe, qui compte désormais quelque 126 000 salariés, prévoit de fournir dans les prochaines semaines le détail de ses recrutements par pays. Mais au vu de la pénurie de talents dans l’industrie, l’avionneur et ses fournisseurs vont devoir se démener pour trouver la perle rare. Au vu de ses résultats, Airbus n'échappera sans doute pas à devoir augmenter ses salaires pour maintenir et attirer de nouvelles compétences.



