ArianeGroup a repris progressivement ses activités depuis le 23 mars en France et en Allemagne, avec une montée en puissance ce lundi 30 mars. Chez les syndicats, la décision du constructeur européen de fusées suscite des interrogations et des critiques en pleine crise sanitaire du coronavirus Covid-19. Les organisations militent pour que le fonctionnement des sites industriels se limite aux activités critiques.
700 salariés présents contre 7 000 en temps normal
Entre le 18 mars et le 23 mars, ArianeGroup avait fermé tous ses sites français pour réaliser des opérations de nettoyage et de désinfection. La semaine du 23 mars, selon le syndicat CFDT, environ 700 personnes ont travaillé sur le terrain contre 7 000 habituellement dans les 13 sites de l’entreprise (dont 9 en France et 4 en Allemagne).
“L’ensemble des postes ouverts à compter du 23 mars ont été analysés individuellement dans le cadre d’une évaluation des risques sanitaires liés au Covid-19, justifie ArianeGroup dans une déclaration transmise à L’Usine Nouvelle. Au fur et à mesure de l’aménagement des postes de travail, de nouveaux salariés vont pouvoir reprendre leur activité.”

- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 103.97-7.81
31 Mars 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
“Théoriquement, la direction a tout mis en place pour que les salariés puissent revenir avec toutes les barrières sanitaires demandées (gels hydroalcooliques, lingettes, gants et masques, etc.)”, salue Jean-Marc Lavoix, délégué syndical central à la CFDT ArianeGroup, interrogé par L’Usine Nouvelle. La décision suscite tout de même des inquiétudes chez les représentants des salariés, alors que les syndicats rapportent plusieurs cas de Covid-19 chez les employés.
La reprise de toutes les activités ? Un scénario “difficilement envisageable”
“Si nous montons en puissance, est-ce que l’entreprise aura tout le matériel requis pour 6 000 à 7 000 employés ?”, s’interroge Jean-Marc Lavoix. Le délégué syndical pointe également du doigt “un paradoxe” dans le discours du gouvernement, entre la mise en place des mesures de confinement et l’appel à la poursuite de l’activité économique.
“Il faut que l’entreprise soit pérenne et pour qu’elle soit pérenne, il faut effectivement que les salariés y travaillent, concède Jean-Marc Lavoix. Mais il faut que toutes les conditions soient remplies et qu’il y ait bien toutes les barrières sanitaires pour l’ensemble des salariés dans les établissements. Nous serons intransigeants sur cette question.”
“Venir sur site, c’est faire prendre des risques aux salariés quelles que soient les mesures de protection prises”, dénonce de son côté dans un communiqué du 27 mars la CFE-CGC. Le syndicat “demande à la direction de s’en tenir aux seules activités critiques”.
Un point de vue partagé par l’intersyndicale CFDT, CFE-CGC, CGT et FO : “Il est parfaitement admissible que certaines fonctions ou opérations ne puissent pas s’arrêter y compris en ce moment mais il paraît difficilement envisageable de reprendre la totalité des activités à court terme, en garantissant la sécurité de tous les salariés, même en généralisant le télétravail”.
“Nous avons une responsabilité particulière au service des clients étatiques”
“Nos syndicats ne s’opposent pas, ils souhaitent une prise d’activité maîtrisée”, interprète Gilles Fonblanc, secrétaire général d’ArianeGroup et directeur de la cellule de crise “corporate” liée au Covid-19”, interrogé par L’Usine Nouvelle.
“Nous avons absolument besoin de sécuriser notre personnel, et c’est notre priorité, mais nous avons aussi une obligation de poursuivre une activité pour nos clients. Nous avons une responsabilité particulière au service des clients étatiques, qu’ils soient national pour la défense ou européen au titre du spatial”, ajoute le secrétaire général.
Quelles sont les activités prioritaires d’ArianeGroup ?
ArianeGroup reste relativement discret sur la nature des activités redémarrées en priorité, des opérations qualifiées de “critiques”. “Ce sont principalement les activités pour la défense”, indique Gilles Fonblanc. “Nous avons des activités avec l’armée, nous nous devons d’être opérationnel 24 heures sur 24”, glisse également Jean-Marc Lavoix. Le secrétaire général évoque d’autres fonctions critiques “qui touchent à la continuité de l’entreprise : mise en sécurité de notre site et la continuité digitale.”
Pour des raisons techniques, d'autres opérations ne peuvent s’interrompre. “Nous avons une station de retraitement des propergols où nous avons besoin de faire des analyses. Tous les jours, des personnes sont obligées de regarder si elle fonctionne correctement. Dans le cas contraire, elles doivent ajouter des produits ou en enlever”, détaille Jean-Marc Lavoix. Baptisée Licorne (ligne industrielle de collecte des objets pyrotechniques et de réduction naturelle des effluents), cette station est située à Saint-Médard-en-Jalles (Gironde).
À l’inverse, ArianeGroup a décidé de suspendre “certaines activités longs cycles” et des “process complexes et longs”. “Ce sont des campagnes de production qui durent plusieurs semaines, sur lesquelles nous ne pouvons pas engager une production avec la visibilité actuelle, sans connaître les évolutions possibles de la réglementation”, décrit Gilles Fonblanc sans donner le nom des chantiers concernés. Certaines de ces activités ne pourront pas être reprises avant la fin du confinement selon l’entreprise.



