[Covid-19] "Chez Airbus, tous les postes de travail ne sont pas sécurisés", selon la coordinatrice CFE-CGC

Alors qu’Airbus a relancé sa production et annoncé une série de mesures pour maintenir ses finances à flots, de nombreuses questions de santé et de sécurité sont en suspens. L’adaptation de l’outil de travail en pleine pandémie de coronavirus n’est pas si simple, comme l’explique Françoise Vallin, coordonnatrice CFE-CGC chez Airbus.

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Assemblage A350Airbus Toulouse
L'adaptation de chaque poste de travail chez Airbus en pleine épidémie du coronavirus représente un travail méticuleux... mais possible, selon Françoise Vallin, coordinatrice CFE-CGC.

L’Usine Nouvelle. - Quel est le climat social actuellement chez Airbus ?

Françoise Vallin
Françoise Vallin Françoise Vallin

Françoise Vallin. - Le sentiment partagé, c’est l’inquiétude. D’abord pour soi-même, avec tout ce que l’on entend à propos de l’épidémie de coronavirus pour laquelle personne n’est à l’abri. Plusieurs salariés d’Airbus sont d’ailleurs directement concernés, voire touchés, par le virus, c’est le cas en Espagne mais aussi ici, à Toulouse. L’inquiétude concerne aussi ce qui va se passer pour la maison Airbus. On espère qu’elle va survivre grâce aux compagnies aériennes qui seront toujours en capacités de reprendre leurs activités. Mais lesquelles, alors qu’un certain nombre vont vraisemblablement faire faillite ? La reprise ne dépendra pas que de nous.

Peut-on dire aujourd’hui que tous les postes de travail peuvent être assurés chez Airbus en toute sécurité ?

Non, absolument pas.

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Tous les postes de travail ne sont pas sécurisés. La semaine dernière, des études ont été effectuées avec la médecine du travail et des médecins extérieurs pour mettre en place des normes et des conditions de travail satisfaisantes. Mais c’est sur le papier. Depuis le lundi 23 mars, nous sommes davantage dans une phase de test que de retour à la production. Car il faut s’assurer que ce qui a été mis sur le papier peut être reproduit sur le terrain. On ne peut même pas parler de reprise du travail, nous en sommes à l’adaptation de l’outil de travail. Parler de retour à la production est vraiment prématuré. On en est loin. De nombreux postes ne sont pas réouverts et certaines chaînes d’assemblage sont à l’arrêt.

Pourra-t-on trouver des solutions pour chaque poste de travail ou risque-t-on de se trouver confronté à des points de blocage ?

Il est possible que nous fassions face à des situations de blocage, en effet. Comment travailler dans des secteurs très confinés, au niveau par exemple des tronçons d’avions ? Tout le monde souligne que le port du masque protège, et c’est vrai. Mais peut-on vraiment travailler six heures durant avec un tel équipement sur le visage ? A cela, la direction répond que l’on peut sans doute travailler trois heures avec un masque. Mais nombreux sont ceux qui l’enlèvent momentanément pour parler, qui le touchent sans arrêt… Il faut tout vérifier, poste par poste. Et tout cela reste à faire pour une grande part.

Est-il vraiment possible d’assurer la production d’avions en respectant les nouvelles consignes de sécurité ?

Cela peut paraître fastidieux en effet. Mais c’est possible. La direction du groupe s’inspire directement de ce qui a déjà été fait en Chine, au niveau de la ligne d’assemblage final de Tianjin. Au début, on a été surpris de voir dans quelles conditions ils envoyaient travailler les salariés… Mais grâce à cela, quand ils ont redémarré la production, ils ne l’ont pas fait à partir de zéro, à partir d’un outil de travail totalement à l’arrêt. C’est ce qu’explique la direction d’ailleurs. Redémarrer un outil de travail arrêté est très compliqué. La volonté est de soutenir une certaine dynamique dans l’optique d’une reprise ultérieure et progressive.

Pour autant, l’assemblage d’avions ne constitue pas à proprement parler une production essentielle pour le pays…

Oui, mais le groupe est très regardé à l’échelle nationale et même européenne. Airbus contribue à faire vivre des régions entières et tout un réseau industriel de fournisseurs, des plus petits aux plus grands groupes. Je comprends que ce maintien de la production soit perçu comme une contrainte, j’entends les critiques de certains collègues qui demandent un arrêt total. Mais est-ce vraiment la meilleure des solutions pour préparer l’étape après, qui sera longue et compliquée ?

Ceci dit, il y a des vraies disparités entre ce que disent officiellement certains syndicats et ce qui est dit sur le terrain. Ils sont comme nous, dans l’expectative, dans la crainte, mais pas dans l’opposition frontale.

Le clivage cols blancs en télétravail contre cols bleus dans les usines est-il vraiment en train d’apparaître ?

Oui, c’est vrai. J’entends ce discours. Mais c’est une vision émotionnelle de la situation. Reste que le télétravail ne doit pas devenir un élément de division dans de telles circonstances. C’est d’abord un élément de protection. Mais Guillaume Faury, le président exécutif d’Airbus, l’a aussi rappelé, il y aura besoin du retour progressif de certains managers aujourd’hui en télétravail pour reprendre leurs activités, y compris dans le tertiaire. Car l’activité repartira.

Faut-il s’inquiéter de l’avenir d’Airbus ou le groupe est-il au-dessus de toute défaillance possible ?

On pourrait penser qu’Airbus est au-dessus du lot et qu’à l’image de Boeing aujourd’hui, le groupe serait de toute façon aidé par les Etats si cela était nécessaire. Mais je ne crois pas que ça soit le cas, le contexte est différent. Je ne ferai que citer Guillaume Faury qui vient de rappeler qu’on ne pourra s’aider que nous-mêmes. Il y a aura forcément des conséquences à ce que nous vivons aujourd’hui, mais je ne sais pas encore dire lesquelles.

Propos recueillis par Olivier James

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