Analyse

Les déchets, maillon critique de la chimie verte des biocarburants et bioénergies

L'analyse d'Aurélie Barbaux, grand reporter à l'Usine Nouvelle.

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Total - raffinerie de Grandpuits
Total pourait être confronté au problème d'approvisionnement en déchets verts de sa futur bioraffinerie de Grandpuits.

Faire du neuf avec du vieux à une échelle industrielle est un pari écologique ambitieux, mais pas forcément durable.

EDF peut en témoigner. Anticipant l’arrêt de la centrale électrique à charbon de Cordemais (Loire-Atlantique), les équipes locales ont imaginé de la convertir à la production de pellets de biomasse densifiée à partir de déchets verts et de bois déclassés de classe B provenant d’un rayon de 150 km autour du site. Ces black pellets doivent remplacer jusqu’à 80 % du charbon dans la centrale et ce jusqu’à sa fermeture, vers 2026. Sauf que 150 km, c’est peu, et l’Autorité environnementale, qui vient de rendre son avis sur ce projet Ecocombust, reste sceptique, demandant un engagement explicite de ne pas utiliser de bois brut. 

Total pourrait être confronté au même type de problème avec son projet de conversion à la chimie verte de la raffinerie de pétrole de Grandpuits (Seine-et-Marne). Outre une centrale photovoltaïque et une unité de production de bioplastiques à base de sucre et d’amidon, Total y construira une unité de recyclage chimique capable de traiter 15 000 tonnes de déchets plastiques par an. Deux collecteurs de déchets lui ont assuré pouvoir les lui fournir durablement.

L’approvisionnement s’annonce plus critique pour la bioraffinerie de Grandpuits, qui devrait produire 170 000 tonnes par an de biocarburant aérien durable à partir d’huile végétale (colza), de graisses animales et d’huile usagée, mais sans huile de palme, contrairement à sa grande sœur de La Mède (Bouches-du-Rhône). La production française de colza a ses limites, celles de déchets gras aussi. Total le sait. Il dit mener des discussions avec ses fournisseurs et assure que, "le moment venu, on aura accès à des gisements en quantité suffisante". Reste à savoir d’où ils proviendront. 

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