Le ton monte entre Bruno Le Maire et Carlos Tavares au sujet de la production de la 208 électrique en France. Cela fait des mois que le ministre de l'Economie demande une relocalisation de la production. Le patron de Stellantis a encore fermé la porte cette semaine. Dans une interview donnée au Figaro, Carlos Tavares a rappelé ses arguments. «L’équation économique liée à la relocalisation forcée de ce projet ne serait ni dans l’intérêt de l’entreprise, ni dans celui du pays.» Bruno Le Maire n’est évidemment pas de cet avis. Bravache, le ministre de l’Economie lance au patron de Stellantis : «je souhaite qu’il relève le gant et relève ce défi». On n’est pas loin du très attendu match de MMA entre Elon Musk et Mark Zuckerberg le patron de Facebook. Plus sérieusement le gouvernement a besoin de ce symbole. Emmanuel Macron a promis lors de sa campagne un leasing social pour les voitures électriques. Ce serait un comble de devoir subventionner une voiture produite hors de France. Aujourd’hui en Slovaquie et demain a priori en Espagne. Un véritable camouflet.
Stellantis refuse cette relocalisation avec un raisonnement purement économique. On peut le résumer ainsi : si vous voulez que le groupe reste dans la course face aux constructeurs chinois nous devons appliquer les mêmes méthodes et donc produire là où ça coûte moins cher. Sinon la bataille est assurément perdue sur les petits modèles ! Un argument qui tient la route. Les chinois se préparent à déferler sur l’Europe avec des voitures à des prix défiant toute concurrence…
Produire en Espagne coûterait 30% moins cher qu'en France. Mais ce seul argument financier ne saurait suffire à Bercy. Les conseillers du ministre ont eux aussi sorti la calculatrice. Oui, produire de l'autre côté des Pyrénées est moins cher. Mais la productivité y est plus faible. Il y a beaucoup moins de main-d'œuvre pour une voiture électrique que pour une voiture thermique. Et puis surtout comme le confesse Bruno Le Maire, le gouvernement est prêt à regarder ligne de coût par ligne de coût pour trouver des solutions. Et ça Stellantis le sait. Si vraiment il devait se résoudre à produire en France ce serait au prix fort pour l’Etat. Pour obtenir ce symbole, le gouvernement est à peu près à tout… comme jouer la guerre entre frères ennemis. Renault va bien produire sa future R5 en France pourquoi Stellantis n’en serait pas capable ?
Stellantis est devenu un groupe très rentable et surtout mondial. C’est aujourd’hui un géant qui va de Fiat à Chrysler. Pas question de remettre en cause le modèle. Surtout que Stellantis estime déjà jouer le jeu. Il va développer en France les modèles électriques les plus rentables. Renault lui, avec la R5, n’a pas décidé de se lancer dans la guerre des prix. Cela restera un modèle cher. Surement aux alentours des 25 000 euros. En tout cas, le dossier n’est pas clos. Des discussions existent : une rencontre est même prévue mi-juillet entre Carlos Tavares et Bruno Le Maire.
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