L’incinérateur qui se dresse déjà dans le ciel du site industriel de Chalampé (Haut-Rhin) est bientôt achevé. Les premiers tests démarreront en août, la mise en service est prévue en décembre. L’installation, dans laquelle le groupe allemand de valorisation de déchets B+T Environnement a investi 115 millions d’euros, sera alors la première en France à produire de l’énergie issue de combustibles solides de récupération (CSR) pour une entreprise de chimie, Alsachimie. Elle couvrira environ 40% de ses besoins en énergie, auxquels s’ajouteront encore 40% de gaz et 20% de fioul. Actuellement, le gaz naturel représente 80% du mix énergétique qu’utilise Alsachimie. « Nous avons été visionnaires lorsque nous avons lancé le projet avec B+T en 2018, alors que le contexte sur les prix et la disponibilité du gaz était moins tendu qu’aujourd’hui », se félicite Frédéric Fournet, le directeur général d’Alsachimie.
L’installation réceptionnera entre 150 000 et 170 000 tonnes de déchets à l’année, pour une capacité maximale de 200 000 tonnes. Les fumées de combustion seront traitées par des filtres absorbants à base de chaux et de charbon actif, pour les débarrasser des métaux lourds, des acides, des dioxines. Elles chaufferont l’eau dont la vapeur permettra une production de 80 MWh thermiques par heure. La chaufferie d’Alsachimie est reliée à l’unité de valorisation énergétique (UVE) pour être directement alimentée par cette vapeur.
Moins de déchets enfouis
Pour fournir Chalampé en combustible, B+T a financé dans le même temps un site de transformation de déchets industriels en CSR à hauteur de 5 millions d’euros, dont l’installation s’achève sur le site de l’entreprise de recyclage Schroll à Pfastatt, à environ 20 kilomètres de Chalampé. Sur une chaîne automatisée, broyeur et trieur permettront de produire des granulats de CSR exploitables sur l’UVE déployée sur le site d’Alsachimie. Pour cela, B+T, qui emploie 350 salariés et réalise un chiffre d’affaires de près de 320 millions d’euros, a créé une nouvelle structure avec Schroll, B+S Recyclage. « Nous partageons un intérêt commun. B+T a besoin de CSR pour fournir de l’énergie et pour nous, cela représente une solution alternative à l’enfouissement », souligne Hugues Bapst, directeur commercial de Schroll. La loi de transition énergétique pour la croissance verte prévoit en effet une réduction de 50% des déchets enfouis d’ici à 2025.
La transformation de déchets en CSR se fera avec les 20% de déchets collectés par Schroll qui ne peuvent pas être valorisés. Des "recettes" seront appliquées pour mélanger certains types de déchets qui permettront de donner aux granulats de CSR des caractéristiques calorifiques précises. « Notre premier métier n’est pas de brûler des déchets, mais de fournir un combustible au site de Chalampé, avec un certain pouvoir calorifique », souligne Jean-Luc Weber, directeur général de B+T Group en France. Cette transformation présente aussi un intérêt économique. « En expurgeant les déchets de leurs matières plastiques, cela augmente leur contenu biogénique et fait baisser les taxes sur le carbone », souligne Jean-Luc Weber. L’UVE de Chalampé fait partie des deux très importants projets de CSR dans le Grand-Est, avec l’unité de Dombasle-sur-Meurthe, pilotée par Solvay et Veolia, qui sera mise en service en 2024 et aura une capacité de traitement de 350 000 tonnes de déchets.



