Après l’aviation commerciale, c’est au tour de l’aviation d’affaires de subir une forte pression sociétale et politique quant à son empreinte écologique. Et pas seulement sur les réseaux sociaux où sont fustigés les déplacements de stars du show business, hauts dirigeants de grandes entreprises et autres milliardaires. Le ministre des Transports, Clément Beaune, a fait savoir dimanche 21 août, dans Le Parisien, qu’il souhaitait mettre en œuvre une régulation des vols des avions privés. Julien Bayou, secrétaire national d'Europe Écologie-Les Verts, parle même de la nécessité de « bannir » ces avions.
Les vols en jets d’affaires sont-ils si polluants ?
Tout dépend de l’échelle que l’on choisit. Prise dans son ensemble, l’aviation d’affaires – et ses quelque 22 000 appareils exploités dans le monde – représente environ 2% des émissions de CO2 du transport aérien, pesant lui-même environ 2% des émissions totales, d’après l’association qui représente le secteur, l'European Business Aviation Association (EBAA). Soit au final 0,04% des émissions générées par l’homme : en 2019, cela a conduit à 2,2 millions de tonnes de CO2 émises. L'aviation d'affaires en Europe représente 15% du trafic mondial (contre 70% pour les Etats-Unis), soit 0,006% des émissions mondiales de CO2. Totalisant 2,6% du trafic mondial des jets d'affaires, la France génère 0,001% des émissions mondiales de CO2.
Un "bureau volant" énergivore
Au regard d’un vol effectué par passager et par kilomètre, le jet d’affaires est bien le moyen de transport le plus polluant. Et de loin. Le rapport publié en mai 2021 par l’ONG Transport & Environnement, souvent cité depuis en référence, affirme que pour un passager, un jet d’affaires est entre 5 à 14 fois plus polluant qu’un avion commercial, et même 50 fois plus que le train. Pour le vérifier simplement, on peut sortir la calculette et comparer les spécifications techniques d’un Falcon 7X de Dassault avec un Airbus A320. Résultat : le premier consomme bien 5 fois plus de carburant, par passager-kilomètre. Les constructeurs, tels que Dassault Aviation et Daher tiennent à le rappeler: à l'instar des avions commerciaux, leurs appareils peuvent déjà faire le plein avec 50% de carburant d'aviation durable.

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Mais la polémique ne concerne pas tant l’impact écologique réel de l’aviation d’affaires que la nature de sa clientèle. Le ministre des Transports évoque d’ailleurs «le symbole d’un effort à deux vitesses». Transport et Environnement met en avant cette donnée : le propriétaire moyen d'un jet privé dispose d'une fortune de 1,3 milliard d'euros. «Cela laisse entendre qu’il s’agit exclusivement d’ultra-riches qui se déplacent pour leurs loisirs, or c’est très loin d’être justifié », commente Bertrand d’Yvoire, président d'EBAA France. Or ces profils restent minoritaires, nombre d'appareils appartenant à des états, des entreprises ou des compagnies aériennes. Selon les données de l'EBAA, 80% des vols sont assurés pour raisons d’affaires (individus et entreprises), 10% pour des besoins gouvernementaux, sanitaires et humanitaires, et 10% effectivement pour des clients fortunés.
Quelle forme pourrait prendre la régulation voulue par le ministre des Transports, si toutefois elle aboutissait ? De l’incitation à la règlementation, en passant par la taxation, plusieurs pistes sont sur la table. Les entreprises pourraient être amenées a minima à rendre publics leurs déplacements en jets privés. Dans le secteur, on affûte déjà ses arguments contre une régulation trop sévère. Avec l'idée que comparer le jet à un avion commercial a peu de sens : le service rendu n’a rien à voir, avec un gain de temps substantiel, la possibilité de se rendre directement dans des villes peu desservies, la facilité de communiquer pour une équipe au travail…



