Ce que changerait un rachat de GlobalFoundries par Intel dans les puces

Des rumeurs prêtent à Intel l’intention de racheter le fondeur de puces américain GlobalFoundries. Une opération qui propulserait rapidement le numéro un mondial des puces dans les services de fonderie, rebattant les cartes sur ce marché dominé aujourd’hui par le taïwanais TSMC.

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GlobalFoudries Dresde
L'usine de puces de GlobalFoundries à Dresde, en Allemagne.

Et si Intel rachetait GlobalFoundries, le plus gros fondeur américain de puces ? Selon le Wall Street Journal, l’idée serait explorée par le numéro un mondial des puces. Pat Gelsinger, le nouveau patron d’Intel, en discuterait directement avec le fonds émirati souverain Mubadala, qui détient 100% du capital de GlobalFoundries. Il serait prêt à débourser environ 30 milliards de dollars pour conclure l’affaire, ce qui en ferait la plus grande acquisition de l’histoire d’Intel. Si l’opération se confirmait, elle bouleverserait le paysage mondial des semi-conducteurs et rebattrait les cartes dans les services de fonderie de puces, c’est-à-dire de fabrication de circuits des autres.

Avec sa stratégie IDM 2.0, Pat Gelsinger, qui a pris les rênes d’Intel en février 2021, réaffirme le maintien du groupe américain, roi des microprocesseurs des PC et serveurs, dans la production et décide de faire son entrée dans les services de fonderie de puces. Un marché de plus de 82 milliards de dollars en 2020, dominé à près de 60% par le taïwanais TSMC selon le cabinet Counterpoint. L’ambition est d’utiliser cette activité comme levier d'innovation pour revenir aux avant-postes des technologies de production, une place qu’Intel avait perdue depuis cinq ans au profit de TSMC et Samsung.

Intel met les grands moyens

A cet effet, Intel prévoit de mettre les gros moyens : un investissement de 20 milliards de dollars dans un nouveau site de production en Arizona, aux Etats-Unis, et autant dans un site en Europe continentale. Le rachat de GlobalFoundries lui offrirait le chemin le plus court pour faire son entrée sur le marché de fonderie de puces, tout en lui donnant la base technologique pour se relancer dans la course de la loi de Moore.

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Selon Counterpoint, GlobalFoundries fait figure de quatrième fondeur mondial de puces, avec 7% du marché en 2020, derrière TSMC (59%), Samsung (15%) et le taïwanais UMC (8%). Parmi ses clients figurent AMD, IBM et STMicroelectronics. Devant l’inflation des coûts de développement à chaque nouvelle génération de puces, il a été contraint en 2018 de se retirer de la course à la loi de Moore, en s’arrêtant à la technologie de 12 nanomètres, alors que TSMC et Samsung en sont aujourd’hui à la génération de 5 nanomètres. Avec les ressources d’Intel, il aurait les moyens de relancer le développement de la technologie de 7 nanomètres, qu’il a suspendu en 2018.

Frémissement de la Bourse

Les rumeurs de discussion en vue de son acquisition ont fait frémir l’action d’Intel en Bourse. Preuve que les investisseurs y voient de l’intérêt. "C'est une évidence pour quiconque pense stratégiquement à l'échiquier des semi-conducteurs, souligne Dan Hutcheson, analyste au cabinet VLSI Research. À tel point que nous nous sommes sentis obligés de faire profil bas pour ne pas bouleverser le marché. Nous avons mentionné, pour la première fois, qu'il s'agissait du prochain mouvement stratégique évident lorsque Pat Gelsinger a annoncé l’entrée dans les services de fonderie de puces, avec la volonté d’effacer plusieurs décennies d’échec d'Intel sur ce marché. L'achat de GlobalFoundries résoudrait certains obstacles critiques à son succès, comme avoir une entreprise commerciale et marketing viable de fonderie et une technologie de base compétitive."

Le projet d’Intel interviendrait à un moment opportun, où le fonds Mubadala cherche à récupérer au moins une partie de son investissement au moyen d’une introduction en Bourse de GlobalFoundries d’ici à la fin de l’année. Dans le contexte actuel de pénurie de puces, les perspectives du fondeur américain, qui a retrouvé pour la première fois en 2020 la rentabilité du point de vue de l’exploitation, paraissent plus que jamais favorables. Preuve de sa confiance dans l'avenir: la reprise de ses investissements d'expansion de ses capacités de production aux Etats-Unis, en Allemagne et à Singapour.

Dans le viseur de l'Europe?

GlobalFoundries n’intéresserait pas qu’Intel. Leo Saint-Martin, analyste au cabinet français Decision, recommande à la Commission européenne son rachat pour donner rapidement et sans risques à l’Europe une fonderie de puces, un objectif cher à Thierry Breton, le commissaire européen au Marché intérieur. D’autant que GlobalFoundries dispose à Dresde, en Allemagne, d’une base importante de production qui joue un rôle clé dans la promotion et la diffusion de la technologie française de puces FD-SOI, dont l’isérois Soitec est le porte-étendard mondial.

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