« Un grand bravo à toutes les équipes de Carbios ». C’est par ces mots que Philippe Pouletty, président de Carbios, a lancé la cérémonie de pose de la première pierre de la première usine de biorecyclage au monde. La PME a débuté, le 25 avril dernier, la construction d’une installation qui recyclera par voie enzymatique du PET (polyéthylène téréphtalate). C’est à Longlaville, en Meurthe-et-Moselle, que Carbios a choisi de l’implanter, sur un ancien site d’Indorama Ventures, l’un des leaders mondiaux de la production de PET. Et ce choix n’est pas anodin. « Nous avons un partenariat avec eux. En effet, notre technologie permet de dépolymériser le PET en ses monomères de base que sont l’acide téréphtalique et l’éthylène glycol, et nous fournissons une partie de notre production à Indorama Ventures qui les re-polymérise ensuite en PET », a expliqué Emmanuel Ladent, directeur général de Carbios. D’ailleurs, les deux partenaires ont annoncé, plus tôt, cette année, un accord de fourniture de 15 000 tonnes par an de PET postconsommation. Soit l’équivalent de 30 % de la capacité de l’unité qui sera en mesure de traiter 50 000 t de déchets par an, et qui livrera ses clients, dès 2026.
Et pour mener à bien ce projet, représentant un investissement total évalué à 230 millions d’euros, Carbios a pu compter sur des aides publiques. « Nous avons reçu des soutiens de la part de l’État qui s’élèvent à 50 M€, dont 30 M€ de la part de l’Ademe, dans le cadre du plan France 2030, et 12,4 M€ de la part de la région Grand Est », a détaillé Emmanuel Ladent. Avant de poursuivre : « La première pierre est toujours un moment symbolique : on regarde d’où l’on vient et où l’on va. Nous ouvrons, aujourd’hui, un nouveau chapitre de l’histoire de l’industrie du plastique. Et nous espérons, d’ici à 2035, devenir le leader mondial du recyclage du PET ». Pour atteindre cet objectif, la PME peut compter sur sa technologie. En effet, là où un recyclage mécanique ne traite que des déchets monomatières, sans pigments et lavés afin de reproduire un PET transparent, le recyclage enzymatique s’affranchit complètement de la qualité des déchets. « Notre objectif est de traiter le moins de bouteilles possible pour nous concentrer sur des flux qui n’ont, pour l’instant, pas de voie de recyclage », explique Emmanuel Ladent. Un espoir donc, pour recycler, à terme, les 400 000 t de déchets PET émis tous les ans, dans un rayon de 300 km à 500 km, autour du futur site.
L'Oréal, Un partenaire de premier choix
Mais pour arriver à la concrétisation de ce projet, Carbios a été soutenu par bien d’autres partenaires, notamment le groupe L’Oréal. « Nous sommes des innovateurs optimistes », a pointé Jacques Playe, directeur général Packaging & Développement chez L’Oréal. Avant d’ajouter : « En 2017, nous avons créé un consortium pour avoir de nouveaux partenaires dans la recherche de nouveaux matériaux, jusqu’au lancement de nouveaux produits ». En 2019, L’Oréal a concrétisé ce partenariat en entrant au capital de Carbios. Avec des résultats concrets : en 2023, la Fondation Solar Impulse a récompensé un flacon mis au point à partir de PET issu du recyclage enzymatique pour la marque Biotherm. « Dès la mise en service de l’unité, nous utiliserons le PET de Carbios pour produire tous les flacons de notre marque Biotherm », a précisé Jacques Playe.
Outre L’Oréal, des acteurs du Food & Beverage (Suntory), de l’équipement sportif (Salomon) ou encore du textile (On, Puma) travaillent de concert avec Carbios. Si le PET se retrouve partout, les emballages et le textile génèrent des déchets PET parmi les plus difficiles à recycler, ouvrant de nouveaux horizons pour l’industrialisation de la technologie de Carbios.



