Bouygues défend à nouveau le report des enchères 5G et le recours aux équipements de Huawei

Dans une audition au Sénat, Martin Bouygues a réitéré sa demande de reporter les enchères des fréquences 5G, donnant la priorité à l’amélioration de la couverture 4G dans le cadre d’un nouveau New Deal entre les opérateurs et l’Arcep. Concernant Huawei, le PDG du groupe Bouygues a prévenu, qu’en cas d’interdiction, il se retournerait contre l’Etat pour exiger un dédommagement.

 

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Bouygues Telecom
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Martin Bouygues persiste et signe. Dans une tribune sur la 5G, publiée le 23 mai 2020 dans le Figaro, le PDG du groupe Bouygues, demandait de reporter à la fin de 2020 ou au début de 2021 les enchères des fréquences 5G, estimant que, compte tenu de la crise sanitaire du Covid-19, la 5G n’était plus une priorité pour la France.

Dans une audition au Sénat le 10 juin 2020 devant la commission d’aménagement du territoire et développement durable présidée par Hervé Maurey, sénateur UC de l’Eure, il a réitéré sa demande et ce malgré la réponse négative d’Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finance, cinq jours plus tôt.

Pas de retard pour la France

En avril 2020, les quatre opérateurs (Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free) ont acquis chacun un bloc de fréquence de 50 MHz dans la bande de 3,5 GHz pour un montant de 350 millions d’euros. Les fréquences restantes sont à attribuer sur enchères par bloc de 10 MHz pour un prix plancher de 70 millions d’euros.

C’est cette seconde phase qui fait aujourd’hui polémique. Au départ, l’Arcep, l’autorité de régulation des télécoms, l’envisageait au printemps 2020. Mais à cause de la crise sanitaire, elle prévoit son report à juillet ou septembre 2020. Agnès Pannier-Runacher plaide pour des enchères en septembre pour "éviter de mettre la France en retard dans la 5G".

"Reporter la 5G de quelques mois ne mettra pas la France en retard, justifie-t-il. Nos réseaux 4G ne sont pas saturés et la technologie 5G n’est pas encore mature pour apporter tous ses bénéfices. Ce n’est qu’à partir de 2023 que ses promesses en termes de compétitivité pour l’industrie deviendront une réalité." Si les enchères se déroulent en septembre 2020 comme le veut le gouvernement, Bouygues Telecom se portera malgré tout acquéreur.

Le patron de Bouygues dégaine un autre argument, celui de l’acceptation des consommateurs. "Ils expriment au mieux de l’indifférence au pire de la méfiance vis-à-vis de la 5G, relève-t-il. Ils s’interrogent sur les effets des ondes des fréquences 5G sur la santé. C’est important d’avoir un débat public sur le sujet. "

Etude sur les effets sanitaires de la 5G

Le gouvernement a commissionné l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) pour mener une étude sur le sujet. Les résultats sont attendus au second semestre 2021. Bouygues Telecom se tient prêt à collaborer avec l’agence sur le dossier.

Pour Martin Bouygues, la priorité doit être donnée à l’amélioration de couverture de la 4G qui a pris du retard compte tenu de la crise du Covid-19. Il appelle de ses vœux un New Deal 2 en référence au New Deal, un plan donnant-donnant conclu en 2018 entre l’Arcep et les opérateurs télécoms pour couvrir les zones blanches avec environ 5 000 antennes radio en contre-partie d'un renouvellement gracieux des licences. "Les Français sont insatisfaits de la couverture de la 4G, déplore-t-il. Il reste encore beaucoup à faire avec le New Deal. Il faut aller plus loin et plus vite. Les opérateurs devront construire plus de 2000 sites en plus de ce qui a été prévu dans le New Deal. Ce qui représente un investissement de quelques centaines de millions d’euros. Le report de la 5G nous permettrait de répondre à cette demande des territoires. "

Le patron de Bouygues a été mitraillé de questions des sénateurs sur le sujet sensible de Huawei. Bouygues Telecom utilise dans son réseau 4G les équipements du constructeur chinois en complément de ceux d’Ericsson. Un partenariat historique qui l’oblige techniquement à reconduire ses deux équipementiers dans la 5G. Il en a demandé l’autorisation en décembre 2019 à l’Anssi, l’agence nationale de sécurité des systèmes d’information. Il attend toujours sa réponde. "Pour des questions techniques et de normes, nous ne pouvons pas changer d’équipementier, affirme Martin Bouygues. Il faudrait pour cela retirer les équipements 4G de Huawei de notre réseau et les remplacer par ceux d’un autre équipementier, ce qui poserait un problème important de coût et délais. Nokia et Ericsson affirment pouvoir faire tourner leurs équipements 5G sur les équipements 4G de Huawei. Nous leurs avons demandé les détails. A ce jour, nous n’avons reçu aucune réponse."

A l'Etat d'assumer les conséquences d'une interdiction de Huawei

Une loi, adoptée en juillet 2019, instaure un régime d’autorisation préalable d’utilisation d’équipements de réseaux auprès de l’Anssi. L’objectif est de limiter le recours à Huawei dans des configurations soulevant des problèmes de sécurité.

" L’Etat a le droit d’interdire Huawei pour des questions de souveraineté, concède Olivier Roussat, président du conseil d’administration de Bouygues Telecom, présent également à l’audition par le Sénat. S’il le faisait, nous respecterions sa décision. Mais nous lui demanderions de nous dédommager car cela bouleverserait l’économie de notre entreprise. Tous les équipements Huawei dans notre réseau 4G ont été approuvés par l’Anssi. Beaucoup disent que Huawei est moins cher. C'est faux. C'est Nokia qui est le moins cher car il est en retard sur les autres. Huawei a une avance de un à deux ans du fait de sa capacité R&D quatre fois supérieure. L’Etat a le droit de changer d’avis. Mais c’est à lui d’en assumer les conséquences, pas à nous. "

Bouygues relève l'exemple des Etats-Unis où Trump a interdit l'utilisation des équipements 5G de Huawei et ZTE. "Mais il a été logique dans sa politique en proposant en compensation un fonds d'indemnisation de 1 milliard de dollars, estime Didier Casas, directeur général adjoint en charge des affaires publiques chez Bouygues Telecom, également présent à l'audition par le Senat. Car si les grands opérateurs télécoms comme AT&T, Verizon ou Sprint ne font pas appel à Huawei, ce n'est pas le cas des petits opérateurs. Leurs locaux sont truffés d'équipements de Huawei."

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