Boiron va supprimer 646 postes et fermer son usine du Loir-et-Cher

Alors que ses ventes s’écroulent en France à cause du déremboursement de l’homéopathie, le leader du secteur Boiron annonce le 11 mars la fermeture d’une de ses trois usines et de douze autres petits sites, et la suppression de 646 postes à travers l’Hexagone.

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Usine Boiron Messimy
Si l'usine de Messimy (en photo) est épargnée, Boiron va fermer son usine de Montrichard, dans le Loir-et-Cher.

La remise en cause de l’homéopathie en France touche de plein fouet le leader mondial du secteur, Boiron. Mercredi 11 mars, le laboratoire pharmaceutique basé à Messimy, dans le Rhône, a annoncé un plan social concernant 646 postes ainsi que la fermeture de treize sites, dont une de ses trois usines, située à Montrichard non loin de Tours, dans le Loir-et-Cher.

69 postes disparaîtront donc au sein de ce site qui devrait fermer ses portes au second semestre 2021, les deux autres usines du groupe se trouvant à Messimy (Rhône), le siège historique de Boiron, et à Montevrain, en Seine-et-Marne. Montrichard avait été acquise lors de la reprise de la filiale homéopathique de Pierre Fabre en 2004. L’usine adapte ses productions en fonction des besoins du complexe de Messimy et est spécialisée aussi dans le conditionnement.

Quant aux autres postes, ils se trouvent au sein des différents sites de préparation et de distribution, chargés de préparer les commandes passées par des pharmacies suite aux prescriptions de médecins.Douze seront appelés à fermer (à Avignon, Belfort, Brest, Grenoble, Limoges, Niort, Paris-Bois d’Arcy, Paris-Ivry, Pau, Rouen, Strasbourg et Toulon) sur les vingt-sept que compte Boiron en France.

134 postes créés en parallèle

En parallèle, Boiron annonce la création de 134 postes dans une toute autre catégorie de métiers : il s’agira de fonctions au siège pour renforcer les forces commerciales et les affaires réglementaires. L’entreprise se réorganise pour avoir un maillage territorial plus offensif, et être au plus près des professionnels de santé, confie-t-on au sein du groupe.

Il n’y aura donc que peu de possibilité de transfert pour les salariés voyant leur poste supprimé. "Nous ferons tout pour limiter l’impact social de ce projet de réorganisation dans le respect de l’héritage social qui est le nôtre", assure Boiron dans un communiqué de presse, qui promet un accompagnement des personnes concernées pour les aider à retrouver un emploi au sein de leur région, et accompagner les nombreux salariés de plus de 55 ans. La procédure d’information-consultation avec les organisations syndicales s’ouvre le 12 mars.

Ecroulement des ventes depuis 2017

Que se passe-t-il qui justifie une telle annonce au sein de cette entreprise familiale comptant 3 600 salariés dans le monde, dont 2 300 en France ? Boiron a vu son chiffre d’affaires s’écrouler, passant de 618 millions d’euros en 2017 (dont 378 millions en France) à 604 millions en 2018 (dont 359 millions en France), puis 557 millions en 2019 (dont 313 millions en France). Si l’entreprise n’est pas en pertes - son résultat net a fondu de 29,3% en 2019 pour atteindre 40,6 millions d’euros et son résultat opérationnel a chuté de 37% pour tomber à 67 millions d’euros) -, ses ventes et résultats se sont largement amoindris depuis les débats survenus sur l'efficacité et le remboursement de cette médecine dans l’Hexagone depuis deux ans. Et elle sait que les choses ne vont pas aller en s’arrangeant. "Alors que notre production est 100 % française et que nous y réalisons 56 % de notre chiffre d’affaires, la décision brutale du ministère des Solidarités et de la Santé de dérembourser les médicaments homéopathiques au 1er janvier 2021, constitue une véritable rupture qui conduit notre entreprise à annoncer le projet de réorganisation", justifie-t-elle. "Cette organisation projetée devra permettre de préserver notre qualité de service aux professionnels de santé et aux patients". 

"Dans un contexte d’activité en forte baisse en France, nous devons réagir sans attendre et prendre des décisions, certes très difficiles, mais qui seront à même d’assurer la pérennité de notre entreprise", justifie Valérie Lorentz-Poinsot, la directrice générale de Boiron nommée en janvier 2019 pour succéder à Christian Boiron. Groupe familial fondé en 1967, Boiron est depuis lors dirigé pour la première fois par une personne extérieure à la famille.

L'inquiétude de toute la filière française

En mai 2019, les trois syndicats représentatifs des laboratoires Boiron (CFDT - CFE-CGC – FO), inquiets, avaient interpelé "solennellement le Président de la République" et lui avaient déposé "les 2 600 lettres signées de tous les salariés de l’entreprise", s’inquiétant du "désastre annoncé" en cas de déremboursement de l’homéopathie. Le gouvernement avait néanmoins décidé de suivre l’avis de la Haute Autorité de Santé.

La filière française de l'homéopathie avait alors estimé que de 600 à 1 000 emplois directs seraient menacés dans l'Hexagone, sur un total d’environ 3 000. Chez les concurrents de Boiron, le français Lehning compte 330 collaborateurs dans le monde, basés essentiellement en France où se situe sa seule usine, et n’est pas spécialisé qu’en homéopathie mais également en phytothérapie ; tandis que le suisse Weleda recense 390 salariés en France, sur un total de 2500 dans le monde, et détient une seule usine à Huningue (Haut-Rhin).

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