Boeing, et non Spirit, serait à l’origine de l'incident ayant affecté le 737 MAX 9 d’Alaska Airlines

Boeing serait bien à l’origine d’une erreur industrielle ayant provoqué l’arrachage brutal de la porte du 737 MAX d’Alaska Airlines. L’information, révélée par le journal américain Seattle Times, accule encore davantage l’avionneur.

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AFP NE PAS REUTILISER porte Boeing
Spirit Aerosystems serait-il hors de cause concernant la porte d'un 737 MAX 9 qui s'est arrachée en plein vol début janvier? Boeing pourrait en effet en être directement responsable. (Photo par Handout / NTSB / AFP)

L’information, qui doit encore être confirmée, promet de déstabiliser encore un peu plus Boeing. L’avionneur serait directement responsable de la porte arrachée en plein vol d’un 737 MAX 9 d’Alaska Airlines vendredi 5 janvier, d’après un article publié mercredi 24 janvier sur le site internet du média américain Seattle Times. Réputé en particulier pour sa couverture consciencieuse de Boeing, le journal basé à proximité du fief industriel du groupe met donc hors de cause le sous-traitant pointé du doigt depuis l’incident : Spirit Aerosystems. De quoi enfoncer davantage l’avionneur dans la crise, sous le feu des critiques concernant ses contrôles qualité.

«Le panneau de fuselage d’un avion d'Alaska Airlines qui a explosé a été retiré pour réparation puis réinstallé de manière incorrecte par les mécaniciens de Boeing sur la chaîne d'assemblage final de Renton», soutient le Seattle Times, citant une source connaissant dans les détails les procédés de production de l’avionneur. Et de conclure : si ces faits étaient confirmés par l'agence américaine chargée de la sécurité des transports (NTSB), chargée de l’enquête sur les circonstance de l’incident, cela ferait de Boeing le principal responsable, en lieu et place de Spirit Aerosystems. Réponse de Boeing, transmise à L'Usine Nouvelle: «En tant qu'agence de sécurité aérienne chargée d'enquêter sur cet accident, seul le NTSB peut divulguer des informations sur l'enquête».

Les boulons n'auraient pas été installés

Pour rappel, la porte qui s’est arrachée au-dessus de Portland six minutes après le décollage n’est pas une porte d’évacuation standard. Il s’agit d’un panneau obturateur qui comble un éventuel accès – situé à l’arrière des ailes – uniquement nécessaire dans certaines configurations du 737 MAX 9. Si ce panneau est visible de l’extérieur, il est totalement invisible de l’intérieur. C’est Spirit Aerosystems qui fabrique cet équipement sur son site de Wichita (Kansas). Il peut être ôté durant la production de l’appareil ou des opérations de maintenance, offrant ainsi un accès complémentaire à la cabine.

Spirit Aerosystems a déjà rencontré de nombreux problèmes techniques sur le 737 MAX ces derniers mois. Contribuant sans aucun doute à ce que l’incident de la porte arrachée lui soit aussi attribué. Mais peut-être à tort. Le Seattle Times cite un lanceur d’alerte anonyme qui livrerait, lui aussi, de manière crédible, des informations très défavorables à Boeing, via des commentaires sur le site spécialisé en aéronautique, très réputé, Leeham News. D’après lui, les quatre boulons qui auraient dû maintenir le panneau obturateur en place n’ont pas même été installés au moment de la livraison. Une éventualité que le NTSB avait évoquée. Le panneau aurait donc été retiré puis réinstallé sans que cela ne soit enregistré dans le système informatique de la production, n’entraînant donc pas de besoins de contrôle qualité suivant l’opération.

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Deux systèmes informatiques différents

Une autre personnalité enfonce le clou : Ed Pierson, ancien directeur de la chaîne de production du 737 MAX. il avait lui-même fait figure de lanceur d’alerte avant le premier crash de l’appareil en 2018, s’inquiétant déjà des contrôles qualité effectués sur le site de Renton, à quelques encablures de Seattle. L’absence d’enregistrement de l’opération de retrait puis de remise en place de la porte «est tout à fait conforme à ce que j’ai vu personnellement à l’usine», a-t-il assuré au Seattle Times.

Dans le détail, Boeing mettrait en œuvre deux systèmes informatiques distincts tout au long des lignes d’assemblage de ses 737. D’une part le CMES (Common Manufacturing Execution System) où est enregistrée formellement chaque action pour l’Autorité fédérale de l'aviation américaine (la FAA). Et d’autre part, le SAT (Situation Action Tracker), un forum où peuvent discuter de manière informelle les mécaniciens, les ingénieurs et la direction. C’est lorsqu’un événement est enregistré dans l’un des systèmes mais pas l’autre que des erreurs peuvent survenir. L'intervention concernant la porte arrachée aurait d'ailleurs bien été enregistrée, sans pour autant avoir donné lieu à une inspection.

Alors que 392 événements non-conformes auraient été découverts en 2023 rien qu’au niveau des panneaux obturateurs des 737 MAX, Boeing a fait appel à un amiral de la marine à la retraite pour remédier à ses problèmes industriels. Bon connaisseur des sous-marins nucléaires, Kirkland Donald a la lourde tâche de monter une équipe d'experts externes pour auditer le système de gestion de la qualité de Boeing puis émettre des recommandations. Alors que United Airlines, parmi les principaux clients du 737 MAX 9 anticipe une perte financière, en raison de l'immobilisation au sol de ses appareils, il est peu dire que Boeing est attendu au tournant pour redresser la barre.

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