Bataille d'experts autour de Chapelle-Darblay

Alors qu'Emballages Magazine évalue à quelque 3 millions de tonnes les nouvelles capacités en France et en Europe, la viabilité économique de la reconversion de la papeterie normande dans les PPO semble incertaine aux yeux de plusieurs investisseurs potentiels.

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À l'arrêt depuis plusieurs années, la papeterie de Grand-Couronne (Seine-Maritime) pourrait se reconvertir dans les papiers pour ondulé (PPO) issus de papiers et cartons à recycler (PCR).

Le sursis du mois de mai est expiré, mais le suspense se poursuit au mois de juin. C'est désormais le modèle économique de la relance de Chapelle-Darblay qui bloque le bouclage financier du dossier. Selon le quotidien économique Les Échos, pouvoirs publics, experts et investisseurs potentiels ne seraient pas tous totalement alignés sur la viabilité du projet de reconversion de le papeterie de Grand-Couronne (Seine-Maritime) dans les papiers pour ondulé (PPO) issus de papiers et cartons à recycle (PCR). Sans le concours de la Banque publique d'investissements (Bpifrance) comme prévu initialement, l'Etat pourrait alors investir en fonds propres. Il est vrai que les chiffres compilés par Emballages Magazine indiquent clairement une surcapacité des marchés français et européen :

si les estimations varient, elles tourneraient autour de 15 à 20%. Dans la grande bascule de l’industrie papetière européenne des applications graphiques vers l’emballage, les PPO recyclés font en effet office de locomotive.Quelques chiffres significatifs donnent une idée de l’ampleur du phénomène. En Italie, Mondi Group a mis en service une capacité de 420 000 tonnes. En Autriche, Heinzel Group, 470 000 tonnes. En Allemagne, Palm Gruppe, 720 000 tonnes sur une seule machine. En France à Alizay (Eure), VPK Group, 450 000 tonnes. A Golbey (Vosges), Norske Skog table sur 550 000 tonnes. La première bobine est justement sortie à la fin du mois de mai. Le papetier norvégien prévoit également une capacité de 210 000 tonnes à Bruck en Autriche. La calculette s'impose : plus de 2,8 millions de tonnes. À Chapelle-Darblay, le projet porte sur 425 000 tonnes.

Regain de tensions

A titre de comparaison, un indépendant comme Gemdoubs à Novillars (Doubs) produit 85 000 tonnes. A Sault-lès-Rethel (Ardennes), Smurfit Westrock exploite une machine de 66 000 tonnes. A quelques kilomètres de Grand-Couronne, le britannique DS Smith produit à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) 285 000 tonnes. Premier acteur français, l’espagnol Saica exploite trois papeteries pour un total d’un million de tonnes. Selon l’Union française des industries des cartons, papiers et celluloses (Copacel), les PPO représentaient en France 3,6 millions de tonnes en 2024 sur un total de 4,5 millions de tonnes. Ces nouvelles capacités laissent notamment « présager un regain de tensions sur le marché des PCR à moyen terme », indique pudiquement l’organisation professionnelle. Percuté de plein fouet par une consommation atone, avec pour conséquence une collecte des flux ménagers et professionnels de PCR en berne, l’emballage constitue désormais 70% de l’activité de l’industrie papetière française.

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