« Le rebond de la production des papiers et cartons en 2024 ne doit pas masquer la multiplication des entraves à la croissance de l’industrie papetière » : dans son bilan de l’année 2024, l’Union française des industries des cartons, papiers et celluloses (Copacel), présidée par Christian Ribeyrolle, fait état d’une progression de la production de 6,3% à 6,5 millions de tonnes. Sachant que la France fait mieux que l’Union européenne qui affiche un taux moyen de 5,2%, cette bonne nouvelle n‘efface pas, pour autant, la baisse de 13,5% enregistrée en 2023. D’autant que la faible progression en valeur de 1% à 5,7 milliards d’euros traduit une réelle érosion des prix de ventes et des marges.
Alternatives aux plastiques
Est-ce une surprise ? À lui seul, l’emballage tire, une fois de plus, la profession. Par rapport à 2023, la hausse atteint 6,5% à 4,5 millions de tonnes. Ce segment représente désormais très exactement 70% des débouchés de l’industrie papetière française. L’hygiène (12,7%) et les applications graphiques (12%) arrivent très loin derrière.
Spectaculaire, un chiffre retient l’attention. Les emballages souples réussissent un bond « significatif » de 24,3% à 220 000 tonnes. La course aux alternatives aux plastiques à usage unique est bien engagée. Avec une progression de 2,9% à 485 000 tonnes, le carton plat confirme cette tendance. Poids lourd de la filière, les papiers pour ondulé (PPO) progressent de 6,1% à 3,9 millions de tonnes.
Demande modérée
Un point s’impose néanmoins sur le très stratégique marché du PPO. En dépit d’une « demande modérée », la production de PPO a progressé en Europe (4,3%) et en France (6,1%), notamment portée par la capacité de 450 000 tonnes mise en service par VPK à Alizay (Eure) en 2023. Selon Copacel, la question qui se posera demain est « de savoir comment » de nouvelles capacités influeront « sur l’équilibre entre l’offre et la demande de PPO ». La France a perdu deux petites unités en 2024 avec Papeteries Saint-Michel en Charente et Alfa dans le Vaucluse, mais voit les 550 000 tonnes du norvégien Norske Skog à Golbey (Vosges) arriver sur le marché à partir de 2025. Quant à la décision concernant le financement de la relance de Chapelle-Darblay à Grand-Couronne (Seine-Maritime), elle reste en suspens. Des investissements, portés par exemple, par Heinzel à Laakirchen (Autriche) à hauteur de 470 000 tonnes et Mondi à Duino (Italie) à hauteur de 420 000 tonnes sont déjà bouclés. En négociations exclusives avec International Paper pour reprendre cinq usines en France, au Portugal et en Espagne, l’allemand Palm a mis en service à Aalen la machine la plus importante au monde : 750 000 tonnes ! C’était en 2021…
Beaucoup de prudence
Alarmée par la possibilité d’une « guerre commerciale » intense avec ses risques de « ricochets », l’industrie papetière, toujours en quête de « talents » pour faire face à la vague de départs à la retraite, envisage 2025 avec beaucoup de prudence. Si la production de papiers graphiques a enregistré une progression en 2024 de 3,3% à 786 000 tonnes, le sort réservé aux prospectus et catalogues publicitaires inquiètent. Entre 400 000 et 900 000 tonnes sont en jeu. Les cours des matières premières – bois, pâte et papiers et cartons à recycler (PCR) – sont sous tension. En dehors de la « fiscalité » et de la « complexité administrative », plusieurs points de vigilance en matière de compétitivité : les redevances sur la consommation d’eau qui peuvent exploser à hauteur de 300%, les quotas de CO2 ainsi que les prix du gaz et de l’électricité avec le rôle déterminant joué par le mécanisme de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh). Baptisé Contrats d'allocation de production nucléaire (CAPN), le dispositif proposé par Électricité de France (EDF) en remplacement de l'Arenh « ne répond en rien aux attentes de l'industrie papetière ». La décarbonation passe notamment par l'électrification afin de réduire les énergies fossiles à la portion congrue. Quant au tsunami des droits de douane, il ajoute de l’incertitude à l’incertitude. La concurrence intracommunautaire – les acteurs nordiques – et mondiale – Brésil, Canada et Indonésie – pourrait s'accentuer. Évoqué en novembre 2024 par Paul-Antoine Lacour, délégué général, le risque d’un nouveau « choc » est toujours d’actualité.



