L’industrie papetière sauvée par l’emballage

Selon le bilan 2024 de Copacel, la quête des alternatives aux plastiques à usage unique tire une filière qui enregistre un fragile rebond en 2024. L’inconnue en 2025 ? Un risque de surcapacité dans les papiers pour ondulé (PPO) et de fortes tensions sur les papiers et cartons à recycler (PCR).

Réservé aux abonnés
Papiers et cartons à recycler (PCR)
De nouvelle capacités de papiers pour ondulé (PPO) en France et en Europe pourraient déstabiliser le marché des papiers et cartons à recycler (PCR).

« Le rebond de la production des papiers et cartons en 2024 ne doit pas masquer la multiplication des entraves à la croissance de l’industrie papetière » : dans son bilan de l’année 2024, l’Union française des industries des cartons, papiers et celluloses (Copacel), présidée par Christian Ribeyrolle, fait état d’une progression de la production de 6,3% à 6,5 millions de tonnes. Sachant que la France fait mieux que l’Union européenne qui affiche un taux moyen de 5,2%, cette bonne nouvelle n‘efface pas, pour autant, la baisse de 13,5% enregistrée en 2023. D’autant que la faible progression en valeur de 1% à 5,7 milliards d’euros traduit une réelle érosion des prix de ventes et des marges.

Alternatives aux plastiques

Est-ce une surprise ? À lui seul, l’emballage tire, une fois de plus, la profession. Par rapport à 2023, la hausse atteint 6,5% à 4,5 millions de tonnes. Ce segment représente désormais très exactement 70% des débouchés de l’industrie papetière française. L’hygiène (12,7%) et les applications graphiques (12%) arrivent très loin derrière.

Spectaculaire, un chiffre retient l’attention. Les emballages souples réussissent un bond « significatif » de 24,3% à 220 000 tonnes. La course aux alternatives aux plastiques à usage unique est bien engagée. Avec une progression de 2,9% à 485 000 tonnes, le carton plat confirme cette tendance. Poids lourd de la filière, les papiers pour ondulé (PPO) progressent de 6,1% à 3,9 millions de tonnes.

Demande modérée

Un point s’impose néanmoins sur le très stratégique marché du PPO. En dépit d’une « demande modérée », la production de PPO a progressé en Europe (4,3%) et en France (6,1%), notamment portée par la capacité de 450 000 tonnes mise en service par VPK à Alizay (Eure) en 2023. Selon Copacel, la question qui se posera demain est « de savoir comment » de nouvelles capacités influeront « sur l’équilibre entre l’offre et la demande de PPO ». La France a perdu deux petites unités en 2024 avec Papeteries Saint-Michel en Charente et Alfa dans le Vaucluse, mais voit les 550 000 tonnes du norvégien Norske Skog à Golbey (Vosges) arriver sur le marché à partir de 2025. Quant à la décision concernant le financement de la relance de Chapelle-Darblay à Grand-Couronne (Seine-Maritime), elle reste en suspens. Des investissements, portés par exemple, par Heinzel à Laakirchen (Autriche) à hauteur de 470 000 tonnes et Mondi à Duino (Italie) à hauteur de 420 000 tonnes sont déjà bouclés. En négociations exclusives avec International Paper pour reprendre cinq usines en France, au Portugal et en Espagne, l’allemand Palm a mis en service à Aalen la machine la plus importante au monde : 750 000 tonnes ! C’était en 2021…

Beaucoup de prudence

Alarmée par la possibilité d’une « guerre commerciale » intense avec ses risques de « ricochets », l’industrie papetière, toujours en quête de « talents » pour faire face à la vague de départs à la retraite, envisage 2025 avec beaucoup de prudence. Si la production de papiers graphiques a enregistré une progression en 2024 de 3,3% à 786 000 tonnes, le sort réservé aux prospectus et catalogues publicitaires inquiètent. Entre 400 000 et 900 000 tonnes sont en jeu. Les cours des matières premières – bois, pâte et papiers et cartons à recycler (PCR) – sont sous tension. En  dehors de la « fiscalité » et de la « complexité administrative », plusieurs points de vigilance en matière de compétitivité : les redevances  sur la consommation d’eau qui peuvent exploser à hauteur de 300%, les quotas de CO2 ainsi que les prix du gaz et de l’électricité avec le rôle déterminant joué par le mécanisme de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh). Baptisé Contrats d'allocation de production nucléaire (CAPN), le dispositif proposé par Électricité de France (EDF) en remplacement de l'Arenh « ne répond en rien aux attentes de l'industrie papetière ». La décarbonation passe notamment par l'électrification afin de réduire les énergies fossiles à la portion congrue. Quant au tsunami des droits de douane, il ajoute de l’incertitude à l’incertitude. La concurrence intracommunautaire – les acteurs nordiques – et mondiale – Brésil, Canada et Indonésie – pourrait s'accentuer. Évoqué en novembre 2024 par Paul-Antoine Lacour, délégué général, le risque d’un nouveau « choc » est toujours d’actualité. 

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs