Il était attendu pour le 23 mars. Il aura finalement fallu attendre jusqu’au 22 juin pour le découvrir. Le « paquet nature » de la Commission européenne est maintenant sur table, et fait d’ores et déjà énormément de vagues. Il contient une proposition de « loi sur la restauration de la nature » (qui vient fixer des objectifs juridiquement contraignants en matière de biodiversité), mais aussi et surtout une proposition de révision de la directive sur l’utilisation des pesticides (plus connue sous le nom de directive « SUD », pour « Sustainable use of pesticides directive »).
Des agriculteurs vent debout
Cette deuxième proposition entend imposer (après négociations avec le Parlement européen et les Etats membres, évidemment) de nouveaux objectifs au niveau de l'UE et au niveau national visant à réduire de 50% d'ici à 2030 l'utilisation des pesticides chimiques et les risques qui y sont associés. Cet objectif ne sort pas de nulle part : dans la stratégie « De la ferme à la fourchette » (« Farm to fork »), qui remonte à mai 2020, la Commission européenne avait déjà inscrit noir sur blanc ce chiffre.
Mais la stratégie n’avait pas de valeur législative, à la différence des textes que l’exécutif européen vient de présenter. Certains agriculteurs sont déjà vent debout contre ces propositions. L’organisation « Agriculture & progress » estime ainsi que « moins [de pesticides, ndlr], ce n’est pas toujours mieux ». Elle souligne que le nouveau système « semble, pour les agriculteurs, très rigide, avec des composantes obligatoires qui empêcheraient toute flexibilité dans le choix des instruments agricoles utilisés ».
La commissaire responsable de la Santé, Stella Kyriakides, explique que cette proposition sur les pesticides vise avant tout à « protéger notre sol, notre air et notre alimentation et la santé des citoyens ». Elle le promet : « Personne ne sera laissé de côté », et surtout pas les agriculteurs puisque « la politique agricole commune (PAC) les aidera financièrement à couvrir tous les coûts de ces nouvelles règles pendant une période de cinq ans ».

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
Une menace pour la sécurité alimentaire en Europe?
Les associations environnementales, elles, se réjouissent des propositions de la Commission, même si la branche bruxelloise de l’ONG Les Amis de la Terre pense que c’est une interdiction « pure et simple » des pesticides en Europe que la Commission aurait dû soutenir. En l’état, le texte interdit aussi l'utilisation de pesticides dans un rayon de trois mètres autour des terrains de jeux et autres jardins publics.
Les négociations entre institutions qui vont suivre s’annoncent d’ores et déjà compliquées. En effet, bon nombre d’Etats membres s’inquiètent : pour certains, réduire l’usage des pesticides risque de remettre en question la sécurité alimentaire en Europe. Alors que la guerre en Ukraine fait rage et menace la souveraineté alimentaire du Vieux continent, ils ne veulent prendre aucun risque. L’Autriche, la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie sont parmi les plus frileux. Dans une interview accordée à EU Observer le 21 juin, Frans Timmermans, le « Monsieur Environnement » de la Commission européenne, défend pour sa part une position totalement contraire : selon lui, c’est bel et bien « sans réduction des pesticides que nous allons subir une crise alimentaire en Europe ».



