Avec "Lead the future", Christel Heydemann serre les boulons d'Orange et esquisse une nouvelle stratégie

Annoncé comme le grand plan stratégique d'Orange par la nouvelle directrice générale, Christel Heydemann, "Lead the future" a été présenté à la presse et aux analystes financiers jeudi 16 février. Si d'un point de vue stratégique, on ne compte pas d'annonces vraiment stupéfiantes, le plan devrait avoir des conséquences financières importantes.

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Lead the future le plan d'orange pour 2025
La nouvelle directrice générale d'Orange a présenté son plan stratégique à horizon 2025.

Attendu depuis plusieurs mois, le plan stratégique d’Orange a été présenté jeudi 16 février. S’il est baptisé "Lead the future" ("Mener le futur" en bon français, la langue officielle du groupe), il faut entendre un avenir proche, puisque le plan annoncé initialement pour couvrir une période allant jusqu’à 2030, a été ramené à un horizon plus modeste : 2025.

600 millions d'euros de réduction de coûts

Moins modeste est l’ambition de réduction des coûts du groupe. Sur un total de 11,8 milliards de dépenses, Orange prévoit une réduction de 600 millions d’euros d’ici à 2025, sachant que la phase précédente de coupes avait été de 700 millions entre 2019 et 2022. Les investissements passeront eux de 18 % du chiffre d’affaires en 2022 à 15 % dans le cadre de Lead the future.

Peu de surprises par rapport à ce qui était attendu. Le retrait des activités éloignées des métiers du réseau et d’opérateur est confirmé, comme l’a montré la sortie récente de la production et de la distribution de contenus audiovisuels avec la vente d'OCS et Orange Studio. Pour Orange Bank, la situation est moins claire, l’opérateur semblant vouloir y garder un pied. La directrice générale du groupe ne s'est pas étendue sur l’avenir précis de cette activité.

Quatre piliers stratégiques 

Le cœur du plan stratégique repose sur quatre piliers : valoriser le cœur de métier (les réseaux), capitaliser sur les infrastructures, transformer Orange Business Services et renforcer la présence en Afrique et au Moyen-Orient.

Sur les deux premiers points, Orange se félicite de sa position sur la fibre optique (FTTH) avec 46 millions de prises installées en Europe. D’ici à 2025, Orange prévoit 5 millions de prises supplémentaires en Europe et 2 millions en Afrique Moyen Orient. L’opérateur s’enorgueillit de la taille et de la qualité de ses réseaux fixes et mobiles pour offrir une expérience de qualité à ses clients. Une nouvelle offre par satellite, en partenariat avec Eutelsat, sera lancée, à destination des personnes et des entreprises les plus isolées. Comme on est en 2023, et que le "buzzword" du moment est l’intelligence artificielle, Orange assure «renforcer l’usage de la data et de l’intelligence artificielle afin d’offrir à ses clients une expérience personnalisée et sans couture entre ses canaux digitaux et physiques», selon les termes du dossier de présentation du plan stratégique.

Le réseau au coeur de la stratégie

Ces deux outils (la data et l’IA) serviront aussi pour définir ce que l’opérateur nomme un nouveau modèle industriel de gestion des réseaux, à même d’améliorer leur qualité et leur résilience. Michaël Trabbia, le chief of technology and innovation officer d’Orange, a ainsi précisé que «le rétablissement du réseau mobile devrait pouvoir se faire en moins d’une heure et la détection d’anomalies ne plus prendre plus que 3 minutes au lieu de 5 heures». Toujours pour améliorer le fonctionnement des réseaux, la création de "network integration factories" est aussi évoquée, pour «accélérer l’automatisation et la virtualisation des réseaux».

OBS devient OB

Le gros morceau concerne Orange Business Services, qui changera de nom et devient avec une forte audace... Orange Business. L’accélération du recours aux solutions en ligne pendant le confinement a fortement ébranlé le métier d’opérateur télécoms B to B qui a vu son activité et son résultat chuter. Désormais Orange Business (OB) va se réorganiser et passer de huit business units à trois pour être au plus près des besoins des clients et réduire les coûts. L’un des axes de développements - on le savait – avec «le cloud et la connectivité nouvelle génération» est la cybersécurité. Le plan stratégique affiche l’ambition de devenir un leader du secteur en Europe d’ici à 2025 avec «un chiffre d’affaires de 1,3 milliard d’euros» à cette date. OB devrait renouer avec la rentabilité en 2025 au plus tard et procèdera pour cela soit à de la croissance interne, soit à des opérations de rachat. La nouvelle organisation de cette entité doit être présentée aux partenaires sociaux courant mars, a indiqué Aliette Mousnier Lompré. Interrogée sur d’éventuels mouvements de personnel dans ce cadre, Christel Heydemann a confirmé qu’il y aurait «des réductions de coûts» (sic).

Rendre Orange "plus agile"

La directrice générale en a profité pour préciser un peu quelle pouvait être sa singularité dans la manière d’appréhender ces différents chantiers. «Mon parcours industriel fait que je me concentre sur l’exécution […] Par exemple, les coûts de non-qualité on les mesure dans l’industrie. Pas dans le métier d’opérateur . Or les coûts de la non-qualité existent aussi. Ce sont des coûts cachés, a affirmé Christel Heydeman. C’est cela l’approche de l’excellence de l’exécution ». Si elle a reconnu la qualité industrielle du déploiement rapide de la fibre, la directrice générale a semblé agacée des lenteurs de l’organisation et n’a cessé de parler de résilience et d’agilité, comme si elle voulait rendre le groupe Orange plus réactif aux changements décidés en Comex.

Le dernier pilier concerne la poursuite des développements en Afrique et au Moyen-Orient, un héritage de Stéphane Richard. Aujourd’hui, Orange affirme être l’opérateur d’un Africain sur dix et prévoit d’atteindre un taux de croissance annuel moyen de 7 % entre 2022 et 2025. Le service Orange Money devrait être transformé suivant le modèle de plateforme de services, ouverte aussi aux non-clients d’Orange. Interrogée sur ses projets concrets d’investissements, la directrice générale est restée plutôt vague, indiquant que le groupe pourrait s’implanter dans de nouveaux pays ou en quitter certains, et, selon les situations, construirait un réseau ou travaillerait avec des tower co, des opérateurs d'infrastructures.

Des objectifs RSE accentués

Christel Heydemann a intégré à sa présentation ce qu’elle a appelé un nouveau modèle d’entreprise, pour indiquer l’accent qu’elle entend mettre sur la RSE. Réduction supplémentaire des émissions de CO2 de 45 % pour les scope 1 2 et 3 avant 2030, recyclage de 30 % des mobiles en 2030... Le groupe entend aussi développer le facteur humain, en investissant dans la formation de ses personnels. «Le groupe facilitera l’évolution des salariés vers les nouveaux métiers de la data, du cloud, de la cybersécurité ou de l’IA », explique le communiqué de presse.

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