Reportage

Aux Chantiers de l’Atlantique, la force vélique entre dans l’ère industrielle

La venue de deux ministres pour signer le contrat stratégique de la filière, le pacte vélique et assister à la découpe de la première tôle du premier paquebot à voile, marque une nouvelle étape dans la décarbonation du transport maritime.

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Inauguration première tôle paquebot Orient express
Les deux ministres, Roland Lescure et Hervé Berville, lors de la découpe de la première pièce du futur paquebot à voiles, aux Chantiers de l'Atlantique

Ils ont bien choisi leur journée. Pour leur visite sur les Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) sur le thème de la propulsion vélique, Roland Lescure, ministre délégué à l’Industrie et à l’énergie, et Hervé Berville, secrétaire d’Etat à la mer et la biodiversité, ont été accueillis par une tempête avec des rafales proches de 100 km/h. Ce jeudi 28 mars 2024, ils assistent à la découpe de la première pièce de tôle du futur paquebot à voile Orient Express Corinthian – nom de code A36 – qui en comptera 80000. 

Il s'agit du premier de la flotte Orient Express Silenseas, qui comptera deux paquebots (plus deux en option) de très grand luxe, commandée par le groupe Accor. Livraison prévue en mars 2026. L’Orient Express Corinthian, qui battra pavillon français, est le premier paquebot du monde avec une propulsion vélique de nouvelle génération. Ce voilier géant voguera grâce à trois voiles rigides de 1 500 m², comparables au prototype de Solid Sail qui trône depuis trois ans à Saint-Nazaire – et qui rejoindra la Turquie en septembre prochain pour équiper le navire cargo Neoline.

«C’est rare d’avoir un projet d’envergure, où tous les acteurs sont français», s’est félicité Sébastien Bazin, PDG du groupe Accor. En quelques années, le projet est passé «de la démonstration à l’excellence maritime», renchérit Hervé Berville. Ce partenariat «exceptionnel et emblématique» entre les entreprises, les banques et l’Etat, donne lieu à «une nouvelle révolution industrielle», ose même Roland Lescure. «Voyager c’est rêver, dit-il. Pour rêver il n’y a rien de plus beau qu’un bateau à voile.»

Voile SolidSailOlivier Cognasse
Voile SolidSail Voile SolidSail

La voile géante SolidSail sera démontée en avril pour être livrée en Turquie pour équiper le cargo à voile Neoline.

Nouvel atelier de préfabrication

Inauguré dans la foulée, le Pôle sud intégré (PSI) illustre les besoins grandissants des Chantiers de l’Atlantique, dont le carnet de commandes reste bien rempli pour quelques années encore. L'atelier de préfabrication de 11 000 m² comprend 12 ponts roulants, 10 semi-portiques et deux lignes de soudage robotisé répartis dans quatre nefs. Il a nécessité un investissement de 40 millions d'euros. 

Là, le circuit des pièces a été optimisé pour améliorer les flux et réduire de 30% les déplacements. «Un paquebot c’est 500000 pièces, dont le poids moyen est 100 kilos. Il faut donc éviter de les déplacer», indique Laurent Castaing, le directeur général des Chantiers de l’Atlantique. Qui rappelle que son entreprise a investi plus de 300 millions d’euros sur les dix dernières années. Preuve du verdissement du site, il a équipé le toit de 3500 m² panneaux solaires pour rendre l'atelier autonome en consommation électrique. Seul souci : les goélands qui les endommagent.

Cette inauguration d’un nouvel atelier était l’occasion pour Roland Lescure de rappeler que «l’an passé, en France, 201 usines et extensions ont été créées.» L’industrie créée à nouveau des emplois. Les Chantiers de l’Atlantique ont recruté 500 personnes en 2023 et prévoient de garder le même rythme cette année. Le secteur pèse aujourd’hui pour 120000 emplois et 33 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Double signature pour le gouvernement

Les deux ministres ont profité du déplacement pour signer deux engagements majeurs du secteur. D'abord, en début d'après-midi, le contrat stratégique de la filière des industriels de la mer – construction navale, ports, énergies marines renouvelables, offshore pétrolier et gazier, nautisme – qui porte sur 22 projets structurants autour «de l’innovation, de la transition énergétique et écologique, de la compétitivité et de l’attractivité des métiers, ainsi que de la réindustrialisation et de l’autonomie stratégique», indique le ministère de l’Industrie et de l’Energie.

Dans le cadre du Conseil d’orientation de la recherche et de l’innovation de la filière des industriels de la mer (CORIMER), l’Etat a versé 62,5 millions d’euros à 12 lauréats d'appels à projets du plan France 2030, ce qui doit déclencher 162 millions d’euros d’investissements privés. Le Fonds d’intervention maritime, lui, a été doté à nouveau en 2024 de 15 millions d’euros pour accompagner le développement durable des activités maritimes.

Lors des Assises de l’économie de la mer, en novembre dernier, le président de la République avait annoncé un fonds pour la décarbonation des activités maritimes, qui serait financé à hauteur de 500 millions d’euros par l’Etat et pour 1 milliard d’euros par les acteurs privés. La somme n‘est pas encore réunie, mais CMA-CGM s’est engagé à abonder le fonds de 300 millions d’euros.

Certains industriels se demandent si ces promesses seront tenues, alors que le gouvernement cherche à réduire drastiquement le déficit de la France. Laurent Castaing, qui a obtenu 22 millions d’euros d’engagement de l’Etat pour la construction du paquebot à voile, rappelle à L’Usine Nouvelle, qu’il «a fallu se battre pour obtenir ces aides. C’est compliqué et certaines PME abandonnent en cours de route».

signature de contrat stratégique de la filière des industries de la merOlivier Cognasse
signature de contrat stratégique de la filière des industries de la mer signature de contrat stratégique de la filière des industries de la mer

Signature du Contrat stratégique de la filière des industriels de la mer, jeudi 28 mars à Saint-Nazaire.

La dernière étape de la tournée concernait la signature d’un pacte entre l’Etat et les acteurs pour la propulsion des navires par le vent. Aucun engagement financier n’a été donné, mais les dispositifs publics d’aide à l’innovation seront activés sur certains projets. Et le gouvernement va étudier l’intégration de la propulsion vélique dans les commandes publiques. Les acteurs du secteur vélique, qui ont déjà investi 1 milliard d’euros, s’engagent, eux, à réinvestir la même somme au cours des cinq prochaines années et à réaliser 70% de la valeur des systèmes véliques en France. 

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