Il y a de l’électricité dans l’air ! Très peu présents lors de l’édition 2019, les avions électriques et à hydrogène se font remarquer cette année au salon du Bourget, organisé du 19 au 25 juin. C’est le cas en particulier des aéronefs et autres taxis volants tricolores, arrivés en escadrille, qui démontrent au passage que la décarbonation du transport aérien passera aussi par les start-up. Ces jeunes acteurs qui ont pour nom VoltAero, Aura Aero, Beyond Aero, Elixir ou bien encore Ascendance Flight Technologies, rêvent de secouer le transport régional. Elles ont d’ailleurs été mises en lumière, vendredi 16 juin, dans le cadre des mesures annoncées par Emmanuel Macron en faveur de l’aviation verte.
Sur le statique du tarmac, on peut apercevoir le Cassio 330 hybride électrique de VoltAero, qui devrait entrer en service en 2025 et dont une version fonctionnant à l’hydrogène est désormais prévue. Juste à côté, se trouve l’Integral E d’Aura Aero, dont les essais devraient débuter en 2024. La jeune pousse prévoit d’investir 150 millions d’euros pour sa future usine, qui ouvrira en 2025.
S’ils ne volent pas encore, les projets d’avions électriques et à hydrogène français ont visiblement fait des pas de géants en quelques années. La plupart présentent des prototypes et des démonstrateurs déjà très avancés, laissant entrevoir une nouvelle façon d’appréhender le transport aérien local et sanitaire, voire l’aviation d’affaires.
Un coup de pouce que certains nuancent
Reste que le chemin qui reste à parcourir pour ses francs-tireurs est encore long, entre développement, financement, certification et industrialisation. Le coup de pouce de l’Etat de 50 millions d’euros à destination de neuf projets, dans le cadre de France 2030, sera-t-il de nature à les aider ? «Cela va nous fournir des capacités d’investissements supplémentaires en matière de R&D. Cet argent public va avoir un effet levier», s’enthousiasme Jean-Christophe Lambert, le dirigeant d’Ascendance Flight Technologies, qui prévoit un premier vol de son appareil fin 2024 puis une entrée en service en 2027. La start-up a d’ailleurs annoncé le doublement de son carnet de commandes à l’occasion du salon, passant de 245 à 505 intentions d’achats.

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Guittet Pascal L'Atea d'Ascendance Flight Technologies pourrait entrer en service en 2027 (Photo : Pascal Guittet)
Même son de cloche chez Blue Spirit Aero, qui développe Dragon Fly, un appareil de quatre places 100% hydrogène équipé de 12 petits systèmes propulsifs indépendants. «Cet apport nous aidera à mettre au point un jumeau numérique de l’appareil pour son développement ainsi qu’un démonstrateur», souligne Olivier Savin, le dirigeant de la start-up, ex-salarié de Dassault Aviation. Et de préciser que son aéronef pourrait décrocher sa certification fin 2026. Dragon Fly pourrait aussi servir à la formation des pilotes, y compris ceux qui se destinent à l’aviation commerciale. Face aux projets internationaux concurrents, certains parvenant à attirer des sommes impressionnantes, les porteurs de projets français voient d'un bon oeil l'initiative de l'Etat.
La production industrielle de moteurs électriques approche
Malgré tout, certains nuancent l’importance de l’aide annoncée par Emmanuel Macron. «Cela va nous aider, c’est incontestable, mais il s’agit d’aides conditionnées, obtenues dans la mesure où l’on parvient aussi à lever des fonds privés, regrette Jean Botti, à la tête de VoltAero. Ce système est très contraignant pour les start-up». Pour Jérémy Caussade, c’est plutôt l’absence de fonds privés qui est à blâmer : «l’Etat a fait le job, mais c’est surtout le manque d’investissements privés qui est dommageable». Un autre dirigeant, préférant garder l’anonymat, regrette le peu d’entraide au sein de la filière tricolore, les grands groupes ayant tendance à prendre ces projets de haut.
Guittet Pascal Aura Aero compte produire son Integral E dans sa future usine, qui ouvrira en 2025 (crédits: Pascal Guittet)
Certains acteurs historiques de l'aéronautique n'hésitent pas en revanche à se rapprocher de ces jeunes pousses. C'est le cas de Daher qui a profité du Bourget pour annoncer, mardi 20 juin, un partenariat avec Ascendance Flight Technologies dans l'objectif de muscler son projet d'avion hybride électrique, qui doit entrer en service en 2027. «C'est bien d'être bousculés par des plus jeunes, cela va nous permettre d'aller plus vite», concède Didier Kayat, directeur général de Daher, qui a par ailleurs lancé l'appareil expérimental EcoPulse avec Airbus et Safran. Car Ascendance Flight Technologies cherche, outre le lancement de son propre engin, à proposer son système propulsif pour d'autres appareils. Dénommé Sterna, cet équipement modulaire comprend des batteries électriques, un moteur thermique et un système de gestion intelligente de l'énergie.
Il est aussi un grand acteur dont le sort est désormais en partie lié directement à ces nouveaux aventuriers de l’aviation : Safran. L’industriel a profité du premier jour du salon pour officialiser l’emplacement de ses futures usines dédiés à la production de ses nouveaux moteurs électriques, une famille de systèmes propulsifs dénommés ENGINeUS. Aura Aero et VoltAero en sont déjà clients. Safran a décidé d’implanter l’usine d’assemblage final ultra automatisée à Niort (Deux-Sèvres), avec en renfort un deuxième site, basé quant à lui à Pitstone (Royaume-Uni) et chargé des pièces tournantes. Alors que le motoriste envisage une certification fin 2023, la fabrication des moteurs devrait intervenir en 2025. La production devrait atteindre 1000 moteurs par an dès 2026.



