Plus d’un an après le début de la fronde agricole, l’instable gouvernement actuel peine encore à apporter les solutions qui permettraient le retour au calme. Mi-janvier, dans son discours de politique générale, François Bayrou a fustigé la «pyramide des normes» et les contrôles qui pèsent sur l’agriculture, tout en restant peu disert sur les actions à mener.
Coup d'arrêt pour les "surtranspositions" ?
En cette fin janvier, une proposition de loi promet toutefois de mettre le feu au Parlement : celle portée notamment par le sénateur (LR) Laurent Duplomb, qui milite par exemple pour revenir sur certaines interdictions de pesticides où la France a devancé ses homologues européens. L'acétamipride, un des fameux néonicotinoïdes, pourrait aussi revenir en grâce. Et alors que les associations environnementales s’époumonent, l’argument, rebattu depuis des mois par le syndicalisme majoritaire, selon lequel l’agriculture française est victime de «surtranspositions», pourrait enfin avoir fait mouche.
Reste qu’au moment du bilan, plus d'un an après le début de la fronde agricole, un sentiment d’insatisfaction prédomine. Il y a certes eu quelques mesures : suspension de la hausse de la taxe sur le GNR, avances de trésorerie, annonces autour de la simplification des contrôles… Un ensemble de dispositions qu’on est tenté de ranger dans la catégorie «réforme paramétrique». Ces derniers mois se sont souvent réduits à des prises de positions souvent peu nuancées autour de la question des normes environnementales. En ce sens, les dégradations d’antennes locales de l’Office français de la biodiversité (OFB) – selon toute vraisemblance – par des agriculteurs, et les propos d’un agent qualifiant ces derniers de «dealers» révèlent une grande impasse sur le sujet.
Peser sur les débats de la PAC
Quid du débat de fond ? Alors que s’ouvrent les concertations autour de la nouvelle PAC, qui prendra le relais de la très décriée mouture actuelle en 2027, la France serait bien inspirée d’avoir un véritable «dialogue stratégique» autour de l’avenir de son agriculture, à l’image de ce qui a été initié à Bruxelles à l’échelle communautaire. C’est la condition pour éviter que ne reviennent éternellement les questions de la rémunération des agriculteurs et de la valorisation des services environnementaux que ces derniers peuvent rendre à la société. Notamment autour du stockage carbone et de la préservation de la biodiversité. Autrement dit : quelle est la juste rémunération des exigences imposées à la production agricole ?
Le rapport du Shift projet paru fin 2024 a montré que la transition des pratiques dans les champs était avant tout verrouillée par la question du revenu. Au regard de la faible valeur de la production agricole dans notre société (1,6% du PIB) et de son fort impact carbone (19% du total des émissions du pays), une application stricte du principe bénéfice-coût plaide pour une allocation des fonds de décarbonation à l’agriculture en priorité.



