Depuis l’arrêt en 2015 de ses rejets en mer de résidus solides de bauxite, communément appelés "boues rouges", Alteo n’a cessé d’investir dans l’épuration de ses résidus liquides. La dernière étape de ces efforts évalués à 36 millions d’euros en sept ans a été franchie avec la réalisation d’une unité de traitement biologique, inaugurée le 4 septembre 2020.
L’installation a été conçue et édifiée en 14 mois avec Veolia, chargé de l’exploiter et la maintenir dans le cadre d’un contrat sur trois ans. Le leader mondial de la production d’alumines de spécialité dit respecter désormais à 100 % les exigences réglementaires qui lui étaient imposées pour la qualité de ses effluents avant leur évacuation dans la Méditerranée, à 7 km des côtes de Cassis (Bouches-du-Rhône) et 300 mètres de profondeur. L’unité d’une capacité de traitement de 300 m3 d’eau de process par heure a nécessité un investissement de près de 6 millions d’euros au total, subventionné partiellement par l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse.
"Ce type d’effluent n’avait jamais été traité auparavant. Les essais menés sur le pilote initial ont démontré qu’il était traitable avec de la biomasse. C’est une première mondiale", assure Olivier Campos, directeur de Veolia Eau dans les Bouches-du-Rhône. Grâce à cette station, Alteo résout la problématique ultime de ses effluents liquides en atteignant la conformité sur la demande biologique en oxygène (DBO5) et la demande chimique en oxygène (DCO). Une satisfaction pour son président, Frédéric Ramé : "Nous avons trouvé des solutions et développé des technologies qui nous permettent d’aller plus loin. C’est la preuve qu’on peut concilier environnement et industrie. Après cette transformation en profondeur, nous aurons besoin d’autant de soutien pour préserver l’emploi que nous en avons eu pour réduire notre empreinte environnementale."
Sept candidats repreneurs
L’avenir de l’entreprise placée en redressement judiciaire depuis décembre 2019 doit se décider d’ici octobre. Les sept dossiers déposés auprès du tribunal de commerce de Marseille sont portés par Hivest, Capza, New Day Aluminium, Tiger Hill, United Sigma Limited associée au chinois Chalco, Metalcorp Group et Alto. La majeure partie envisage d’arrêter les activités amont d’extraction de bauxite (procédé "Bayer" sur lequel fonctionne l’usine depuis 125 ans). Ce qui pourrait engendrer la perte de la moitié des 500 emplois.
Une aberration aux yeux des syndicats. Pour Bruno Arnoux, secrétaire du Comité social et économique, "les efforts d’Alteo pour son changement environnemental, ici à Gardanne, doivent payer pour permettre la continuation de l’activité". Il ne conçoit pas que les activités puissent être démantelées pour importer de l’alumine qui ne présenterait pas les mêmes critères de qualité que celui produit sur place. Harold Perillous, délégué CGT, estime de son côté que l’intégrité de l’unité doit être garantie, d’autant plus que les résidus solides, aujourd’hui entreposés sur les terrains de Mange Garri, non loin de l’enceinte, "représentent un potentiel de valorisation de 500 000 tonnes par an". Alteo souhaite valoriser depuis plusieurs années ces résidus sous forme de "Bauxaline" pour les matériaux de construction ou pour la dépollution de sites. R&D et expérimentations se poursuivent.
Une autorisation stratégique
Le 15 septembre, le nouveau Préfet des Bouches-du-Rhône, Christophe Mirmand, doit recevoir l’intersyndicale à Marseille. Mais le sous-préfet d’Aix-en-Provence, Serge Gouteyron, présent à l’inauguration de la nouvelle unité de traitement biologique, entrouvre déjà une porte pour rassurer syndicats et potentiels repreneurs sur la pérennité de ce site d’entreposage de Mange Garri dont l’autorisation arrive à échéance en juin 2021. Si elle n’est pas obtenue, la menace de fermeture s’accentuerait puisque c’est ce site-là qui permet de ne plus rejeter de "boues rouges" en mer. Un dossier de renouvellement pour 30 ans a été déposé.
"L’Etat prend en main cette procédure parce qu’il est convaincu de l’utilité et de la valeur stratégique de cette entreprise, explique-t-il, en précisant se substituer sur ce point à la métropole Aix-Marseille-Provence. Rien ne sera simple, mais nous tiendrons bon en sorte d’obtenir cette autorisation." Le député de la circonscription, François-Michel Lambert (Union des démocrates et des écologistes), va pour sa part plus loin : il réclame à l’Etat d’entrer au capital de la société dans le cadre du Plan de relance présenté le 3 septembre par le Premier ministre Jean Castex. "L’alumine qui sort d’ici, ce sont 1 000 variantes en termes d’usages, dit-il. Il faut conserver son intégrité. Si l’Etat s’implique et prend le contrôle, ça changera la donne."
Alteo emploie 500 salariés pour un chiffre d’affaires de 226 millions d’euros, réalisé à hauteur de 75 % à l’international.



