Échanges de bons procédés entre le géant et le petit poucet. Airbus et Aura Aero ont indiqué, mardi 28 mai, avoir signé un accord de coopération visant à aider le second à certifier son avion régional, dénommé ERA (Electric Regional Aircraft). Un appareil hybride électrique de 19 places, lancé en 2021, qui devrait effectuer son premier vol en 2026 et dont la certification est attendue pour 2028. Un parcours du combattant annoncé pour un nouveau venu tel qu’Aura Aero, basé au niveau de l’aéroport de Toulouse-Francazal (Haute-Garonne). Mais Airbus – via sa filiale Airbus Protect – pourrait lui faire éviter nombre d’embûches, tout en acquérant pour ses propres besoins de précieuses connaissances.
«Cet accord va permettre à Aura Aero d’avancer plus vite et d’avoir du crédit auprès des autorités de certification», résume le porte-parole de l’entreprise toulousaine, créée en 2018 par un ex-salarié d'Airbus, Jérémy Caussade. Car le constructeur compte frapper à la porte de l’Agence de l'Union européenne pour la sécurité aérienne (AESA) en présentant un avion issu d’une feuille blanche. Certes, la jeune entreprise s’est déjà frottée au développement de biplaces thermiques pour la voltige et la formation avec les Integral R et S, ainsi que leur version électrique, l’Integral E. Cette dernière s’apprête à effectuer son premier vol. Les demandes de certifications sont en cours pour tous ces engins. Mais l’ERA, bien plus ambitieux, constitue une marche de complexité supplémentaire.
Après Thales et Safran, Airbus entre dans la danse
Avec une envergure de 20 mètres environ, l’ERA sera équipé de huit moteurs électriques. Ils seront alimentés, suivant les phases de vol, par des batteries ou des turbogénératices, ces dernières produisant de l’électricité via du kérosène ou des carburants d’aviation durable (CAD, ou SAF en anglais). De quoi porter son rayon d’action à 1500 km environ. Un profil d’engin encore rarissime pour l’AESA, exception faite de l’appareil Velis Electro du slovène Pipistrelle. Ce petit avion tout électrique dédié à la formation a obtenu sa certification en 2020, marquant au passage un jalon historique pour l’aviation décarbonée.
Aura Aero peut s’enorgueillir de posséder deux cartes maitresses qui l’aideront sans aucun doute à décrocher le précieux sésame. La start-up de 250 salariés s’est déjà entourée de Thales, pour l’avionique, et de Safran, pour le système propulsif. Elle a aussi en poche, depuis l’an dernier, l’approbation par l’AESA, de concevoir et de développer des avions (le DOA) ainsi que celle pour produire des avions (le POA). En avril dernier, elle a en outre signé avec l’AESA un contrat de PAC (Pre-Application Services Contract), permettant de préparer le cadre dans lequel l’ERA sera certifié et marquant l’ouverture des discussions techniques avec l’autorité de certification.

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Airbus aussi y trouve son compte
Pour Airbus Protect, il s’agit là d’une première. Cette filiale de 1700 collaborateurs a été créée en 2022 en tant qu’entreprise de conseil – pour la maison mère, mais aussi des clients extérieurs – dans les domaines de cybersécurité, de la sécurité et du développement durable. Cette entité spécialisée, dans la gestion des risques, accompagne pour la première fois un autre avionneur, en vue de faciliter les étapes dans la certification de son appareil. Matériaux, équipements, connectivité… «Nous avons une certaine expertise en la matière que nous allons pouvoir décliner pour la première fois dans le segment de l’aviation générale», résume un porte-parole du groupe.
Sur fond de décarbonation du transport aérien, Airbus défriche lui aussi le terrain des technologies décarbonées, lesquelles passent pour partie vers une électrification croissante des appareils. C’est le cas en particulier de son projet d’avion à hydrogène qui pourrait voir le jour en 2035. L’utilisation d’une pile à combustible pour ce futur appareil, sans doute un avion de 100 places, fait partie des scénarios privilégiés.
Une usine dans le collimateur
Les connaissances que l’avionneur européen pourra accumuler sur les exigences de certification au niveau de la propulsion hydride et des systèmes tout électriques des avions ne pourront lui être que bénéfiques. «Demain, Airbus Protect pourrait d’ailleurs soutenir d’autres petits avionneurs porteurs de projets du type de celui d’Aura Aero, glisse un porte-parole d’Airbus. Cet accord nous ouvre des perspectives.» D'autant plus bienvenu pour les acteurs peu rodés à l'exercice que les exigences en matière de certification se sont accrues depuis les crashs du Boeing 737 MAX, intervenus en 2018 et 2019.
Avec ce troisième mousquetaire à son service, Aura Aero se donne le maximum de chances de parvenir à ses fins. À savoir : une entrée en service d’ERA avant 2030, dans la foulée de sa certification. Alors que le jeune avionneur a lancé en avril dernier les premiers appels d’offre des grands lots de son futur avion régional, l’appareil cumule à ce jour quelque 500 commandes pour une valeur d’environ 8 milliards d’euros.
En parallèle de la levée de fonds en cours, dont le montant s'élève à une centaine de millions d’euros, Aura Aero est en train de boucler le financement de sa future usine, annoncée par L’Usine Nouvelle en mars 2023. Avec un investissement total de 150 millions d’euros, la start-up espère faire sortir de terre dès 2027 une installation de quelque 40000 m² capable d’assurer à termes l’assemblage d’une centaine d’ERA par an. De quoi générer des centaines d'emplois, Aura Aero tablant sur un effectif à termes de 2000 à 3000 salariés.



