L’arrivée massive de nouvelles recrues peu expérimentées dans l’aéronautique va-t-elle provoquer une hausse des problèmes de qualité, voire porter atteinte à la sécurité aérienne ? Une question prise très au sérieux au sein de la filière : la forte augmentation des embauches – qui fait suite à la réduction des effectifs, notamment les plus expérimentés, lors de la pandémie de covid-19 – est loin d’être anodine, dans un secteur où la patte humaine est encore très présente…
«Lorsque nous avons commencé à relancer les cadences de production en 2021, nous avions déjà identifié ce point comme un risque», confirme Guillaume Faury, le président exécutif d’Airbus, lors de la présentation des résultats du groupe le 15 février. Même attention côté Safran, confirmée le lendemain même : «Lors d’une forte vague de recrutement, il faut veiller à ce que les processus de formation et de qualification aient lieu avant de mettre les collaborateurs en responsabilité», insiste Olivier Andriès le directeur général du motoriste français.
15 000 embauches d'alternants en 2024
La menace d’un manque de compétences, d’un point de vue qualitatif, est tout sauf théorique. Elle est déjà observée sur le terrain. «Nous constatons une augmentation des problèmes de qualité chez nos fournisseurs, mais aussi sur nos lignes, nous obligeant à passer plus de temps qu’auparavant pour y remédier», confiait récemment à L’Usine Nouvelle le directeur général de Daher, Didier Kayat. Un consultant aéronautique, sous couvert d’anonymat, l’assure : il faut aujourd’hui 15% de personnel en plus pour assembler un avion chez Airbus, en raison de l’encadrement supplémentaire à fournir.
Reste que la vague de nouvelles recrues ne cesse de prendre de l’ampleur. En France, le secteur aéronautique compte recruter en 2024 autant qu’en 2023, soit 50 000 personnes (dont quelque 15 000 alternants) sur un effectif total d’environ 200 000 salariés. Des bataillons de débutants qu’il va falloir suivre de près.

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Un problème majeur chez Boeing
De l’autre côté de l’Atlantique, le risque s’est mué en péril. Car les déboires de Boeing ne sont pas étrangers à cette problématique. «A l’usine de Renton, où sont assemblés les 737 MAX, seulement 40% des employés ont plus de quatre ans d’expérience dans l’entreprise», assure Michel Merluzeau, expert aéronautique au sein du cabinet AIR.
Alors que Safran maintien plus que jamais le long travail d’accueil des nouvelles recrues, Airbus dit avoir procédé à des embauches en avance de phase afin de laisser le temps aux novices de se former. Le groupe a par ailleurs inauguré à Toulouse, en février 2023, un Centre de promotion de la sécurité. Des efforts qui ont un coût humain et financier. Mais dont la filière ne peut faire l’économie.



