Cela commence à être une tradition malheureuse à chaque annonce des résultats du groupe Airbus : la révélation de nouvelles pertes liées à l’A400M, son avion de transport militaire. Et l’exercice 2019 n’a pas dérogé à la règle avec une nouvelle charge d’un montant de 1,2 milliard d’euros. Dans la foulée, un plan de suppression d’emplois a donc été annoncé par Dirk Hoke, le chef de la division Airbus Defence and Space. Un plan dévoilé mercredi 19 février à l’issue d’une rencontre de son Comité d’entreprise européen à Taufkirchen, en Allemagne... mais qui n'épargne pas la France.
Sur les 134 000 salariés d’Airbus, 34 000 travaillent pour Airbus Defence and Space (Airbus DS), dont environ 7 200 en France et près de 13 000 en Allemagne. "Le projet présenté aux représentants du personnel prévoit une suppression de 2 362 postes, dont 829 en Allemagne, 357 au Royaume-Uni, 630 en Espagne, 404 en France et 142 dans les autres pays, détaille Airbus dans un communiqué. Ces mesures seront soutenues par un programme de rentabilité renforcé ainsi que par des mesures visant à augmenter la compétitivité à long terme de la division et à assurer son avenir."
Une déclinaison pour chaque pays sera faite la semaine prochaine, avec un comité central organisé pour la France le 27 février selon nos informations.

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Tous les sites et activités potentiellement concernés
Production, R&D, fonctions supports… Impossible de savoir encore quelles activités seront les plus touchées ni quel site, les salariés d’Airbus DS dans l’Hexagone se trouvant principalement à Toulouse (presque 5 000 salariés, en Haute-Garonne) et Elancourt (environ 2 200 salariés, dans les Yvelines). Aucun poste n’est sanctuarisé, confie un porte-parole d’Airbus à L’Usine Nouvelle. "Ce ne sera pas focalisé sur une activité plutôt qu’une autre", le principe étant plutôt de grignoter ça et là des opportunités d’économies. "Dernièrement nous avons beaucoup embauché, en anticipation de nouveaux contrats. Ces contrats ne sont pas arrivés ces trois dernières années". Alors que l'A400M n'est pas parvenu à se vendre à l'étranger, le marché des satellites - sur lequel Airbus DS est bien positionné - a connu en parallèle un ralentissement ces dernières années. Conséquence, "nous sommes obligés d’agir et de prendre quelques mesures correctives", se justifie-t-on chez Airbus.
Qu’en pensent les syndicats ? "La direction a beaucoup de mal à nous convaincre de la justification de ces suppressions d’emplois en France, car ces derniers n’ont pas d’impact sur l’A400m et l’Eurofighter", réplique Michel Molesin, le coordinateur CGT du groupe Airbus, interrogé par L’Usine Nouvelle. L’A400M est en effet principalement fabriqué dans les usines du groupe en Allemagne et en Espagne.
Privilégier les départs volontaires
Ces suppressions de postes devraient se dérouler de juillet 2020 à fin 2021, soit un départ de 5,6% des effectifs sur dix-huit mois. "C’est socialement gérable car nous ne sommes pas loin de l’attrition naturelle, estime pour sa part Thierry Prefol, le délégué syndical Central d’Airbus Defence & Space, syndicat majoritaire au sein de la division. La difficulté est de faire l’adéquation entre ceux qui veulent partir et les postes supprimés. Et nous avons deux points de vigilance".
"Pas de casse sociale", réclame-t-il, avec des départs uniquement sur la base du volontariat ou via de non remplacement de départs à la retraite. Et gare, dit-il, à ne pas perdre l’expertise et des postes clés alors que le marché des satellites est appelé à repartir, porté par les besoins de télécommunication croissants, des satellites d’observation et des commandes d’institutionnels comme l’agence spatiale européenne ou la France, désireuse de se développer dans la défense spatiale.
Le porte-parole d'Airbus de son côté assure vouloir un plan de restructuration "sans heurt", basé sur du volontariat. Et espérer aussi démontrer ainsi "à notre actionnaire que nous avons compris qu'il faut se préparer pour l'avenir pour être compétitifs face aux Américains" notamment, "le jour où le business arrivera".
A la CGT, Michel Molesin ne cache pas sa "colère", alors que "lorsqu'on regarde les résultats financiers opérationnels du groupe, il n'y a pas de problème", assure-t-il, en dehors des difficultés liées à l'A400M et les 3,6 milliards d'euros de provisions mis de côté par Airbus pour payer les amendes qui lui permettront d’éviter des poursuites en France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis dans le cadre d'enquêtes anticorruption. "Nous avons aussi de l'inquiétude pour les salariés qui vont rester", précise Michel Molesin, qui craint des "risques de burn out" en raison de la "désorganisation des équipes" que pourrait engendrer ce plan.



