Fragilisé par l'A400M, Airbus Defence and Space débute les négociations sur des suppressions d'emplois

[ACTUALISE avec les détails du plan] Face aux difficultés chroniques de la division Defence and Space, le plan de restructuration d'Airbus DS va conduire à des suppressions d'emplois en Europe pour compenser la baisse des exportations de l’A400M. Les discussions avec les syndicats ont démarré en Allemagne ce 19 février : 2 362 postes, dont 404 en France, seront supprimés d’ici à 2021.

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A400M
Les suppressions d'emplois envisagées chez Airbus Defence and Space en Allemagne sont liées aux difficultés persistantes du programme d'avion militaire A400M.

Comme l'annonçait L'Usine Nouvelle, les représentants d’Airbus Defence and Space ont rencontré ce mercredi 19 février en Allemagne les représentants du personnel et les organisations syndicales pour discuter du plan de suppression d’emplois annoncé par Dirk Hoke, le chef de la division, en raison des difficultés sur le programme d'avion militaire A400M.

Les discussions ont eu lieu avec le comité d'entreprise européen et ceux de chaque pays concerné. La direction a dévoilé dans la soirée du 19 février son plan de restructuration : 2 362 postes, dont 404 en France, seront supprimés d’ici à 2021. L'Usine Nouvelle a recueilli les points de vue de la direction et des syndicats concernant la situation de la France, dans un article à lire ICI.

Qu'en est-il de l'Allemagne, qui va voir pour sa part 829 postes disparaître d'ici fin 2021? Sur les 134 000 salariés d’Airbus, 34 000 travaillent pour Airbus Defence and Space (Airbus DS), dont près de 13 000 en Allemagne. Outre-Rhin, l’usine de Brème, la deuxième d’Airbus DS dans le pays avec ses 3 000 employés, est en particulier dans la ligne de mire, car elle produit le fuselage et le système de chargement de fret de l’avion militaire. "Les comités d'entreprise savent que je me battrai pour tous les emplois, avait confié Dirk Hoke dans un entretien à l’agence de presse Reuters. Nous ne viendrons pas avec des chiffres disproportionnés. Mais nous lierons cela, bien sûr, à la charge de travail et au futur portefeuille. Il faut donc clairement dire en direction des politiciens nationaux respectifs que la sécurisation des sites, qu’ils réclament, dépend naturellement des projets futurs. À cet égard, cela peut aider quand on ne les retarde pas mais qu’au contraire on les approuve rapidement".

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Des livraisons annulées

Une remarque qui fait clairement référence aux problèmes accumulés par l’A400M et notamment au véto du gouvernement allemand à des ventes d’A400M à l’Arabie saoudite. "Avant cette interdiction d'exporter, nous avions eu des discussions très, très prometteuses, notamment avec l'Arabie saoudite, sur un plus grand nombre d'A400M", a déclaré Dirk Hoke. Dans un court avenir, le groupe estime que l’avion ne sera pas exporté vers le Moyen-Orient. Par ailleurs, depuis le lancement du programme à la fin des années 1990, l'avionneur a accumulé plusieurs erreurs, comme une sous-évaluation des coûts et du défi technologique, un calendrier de livraisons trop ambitieux, ou encore une organisation industrielle défaillante. Ainsi, bien qu’il ait respecté son échéancier en 2019 avec 14 appareils livrés, les coûts liés à l'A400M ont explosé, estimés à près de 30 milliards d'euros contre 20 milliards d'euros à l'origine.

Enfin, autre inconnue pour Airbus DS, "la ministre de la Défense Annegret Kramp-Karrenbauer (CDU) a annoncé début février 2020 vouloir trouver un successeur pour l’avion de combat Tornado, ce qui pourrait encore réduire le carnet de commandes", complète Torben Schütz, expert armement à l'Institut allemand de politique étrangère, à Berlin. Actuellement l’Eurofighter ou le F-18 américain seraient en effet dans la balance. Le chef du comité du personnel d’Airbus DS, Thomas Pretzl, a ainsi mis en garde le gouvernement le 13 février : "L’achat du F-18 mettrait en péril tout le secteur aéronautique en Allemagne". 25 000 personnes travaillent sur l’Eurofighter, en comptant les sous-traitants. "Par ailleurs, nous avons besoin d’un pont technologique entre l’Eurofighter et le Système de combat aérien du futur" (le Scaf), a-t-il poursuivi alors que la phase de recherche et technologie a été approuvée pour 18 mois par le Parlement allemand, pour un montant de 80 millions d’euros.

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