L’A400M creuse (encore et toujours) les pertes d’Airbus

À l’occasion de la publication de ses résultats annuels, Airbus a annoncé le 13 février une nouvelle charge de 1,2 milliard d’euros pour son avion de transport militaire. La raison : l'A400M ne s’exporte pas.

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NOUVEL ACCORD ENTRE AIRBUS ET LES PAYS EUROPÉENS SUR L'A400M
Du fait des charges financières successives, la facture du programme A400M pourrait dépasser les 30 milliards d'euros.

Cela commence à être une tradition malheureuse à chaque annonce des résultats du groupe Airbus : la révélation de nouvelles pertes liées à l’A400M, son avion de transport militaire. Et l’exercice 2019 n’a pas dérogé à la règle. À l’occasion de la présentation de ses résultats annuels, jeudi 13 février à Toulouse (Haute-Garonne), Airbus a annoncé une nouvelle charge pour l’A400M d’un montant de 1,2 milliard d’euros.

Comment le groupe justifie-t-il cette nouvelle contre-performance ? Selon son PDG, Guillaume Faury, elle est liée à la révision des contrats d’exports. Plus précisément, le groupe reconnaît que les ambitions d’exportation s’avèrent de plus en plus difficiles à atteindre pour la phase contractuelle initiale. L’avionneur fait comprendre entre les lignes qu’il est aussi victime de l’interdiction d’exportation de l’Allemagne vers l’Arabie saoudite.

14 appareils livrés en 2019

Le constructeur aéronautique refuse pourtant de voir le verre à moitié vide. Airbus tient à rappeler les progrès réalisés sur le plan opérationnel pour le programme A400M. D’une part, le groupe a respecté son échéancier de livraisons avec 14 appareils livrés en 2019. C’est tout de même moins qu’en 2017 et 2018, années où il avait livré respectivement 19 et 17 exemplaires. À fin décembre 2019, cela a permis de porter la flotte d’A400M dans le monde à 88 appareils en service.

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D’autre part, les performances de l’appareil ont été améliorées pour bientôt atteindre la pleine capacité opérationnelle. L’A400M permet désormais d’effectuer des largages simultanés de parachutistes et le ravitaillement en vol d’hélicoptères.

Une facture qui passe de 20 à 30 milliards d'euros

Pour l’avionneur, le programme A400M reste un long calvaire depuis son lancement à la fin des années 1990 au profit de sept pays (Allemagne, France, Espagne, Grande-Bretagne, Turquie, Belgique et Luxembourg). En mai 2015, un équipage de quatre techniciens avait péri à la suite du crash de leur appareil à Séville (Espagne) à cause d’un problème d’assemblage.

Dès le début du programme, le ver était dans le fruit. L’avionneur avait cumulé toutes les erreurs : sous-évaluation des coûts et du défi technologique, calendrier de livraisons trop ambitieux, organisation industrielle défaillante... Airbus en paye encore les conséquences aujourd’hui même s’il se félicitait en 2018 d’avoir remis à plat le programme avec ses clients gouvernementaux et d’avoir significativement réduit les risques du programme.

Le groupe avait passé une charge nette de 436 millions d'euros en 2018, une charge de 1,3 milliard d'euros en 2017 et une provision de 2,2 milliards d'euros en 2016. Au total, les coûts liés à l'A400M ont littéralement explosé, estimés à près de 30 milliards d'euros contre 20 milliards d'euros prévus à l'origine au lancement du programme.

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