Côté face, la filière aéronautique s’est récemment félicitée d’être parvenue à recruter 25 000 personnes en 2023. Avec des effectifs revenus peu ou prou au niveau d’avant-crise, elle compte encore en 2024 procéder à autant d’embauches. Il faut dire que les donneurs d’ordre, Airbus, Safran et Dassault Aviation, affichent des calendriers industriels ambitieux poussant leurs fournisseurs à recruter à tour de bras. Mais côté pile, cette chasse aux profils menée tambour battant par les grands groupes semble parfois se faire au détriment de leurs sous-traitants.
C'est en tout cas l'avis d'un patron de l’un des plus importants fournisseurs de la filière aéronautique tricolore. Et que d’autres dirigeants de PME nous ont confirmé, même si certains sont plus mesurés. «Les donneurs d’ordre ont tous la main sur le cœur et assurent qu’il n’y a pas de débauchage agressif, affirme ce dirigeant qui préfère garder l’anonymat. Mais ils font aussi appel à des prestataires extérieurs, qui eux procèdent comme ils l’entendent. Ce qui permet aux grands groupes d’affirmer qu’ils n’y sont pour rien.» Car au sein du groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), une charte d’engagement sur les relations entre clients et fournisseurs évite en théorie que chacun ne pique les profils des autres.
Une hausse des problèmes liés à la qualité
Circonstance aggravante : les donneurs d’ordre étant capables d’offrir d’importantes hausses de salaires, parfois de plus de 20%, sur des métiers en tension (ajusteur, soudeur…), certaines PME se trouvent parfois dépouillées. Une attractivité des grands groupe qui n’est pas nouvelle, mais qui serait davantage ressentie aujourd’hui. D’où une situation ubuesque soulevée par le dirigeant : «on se fait piquer des profils puis on nous reproche de ne pas être en mesure de livrer à l’heure». Aux sous-traitants de devoir régler au cas-par-cas ce type de situation, d’autant plus aiguë dans les grands bassins d’emploi à forte teinte aéronautique autour de Toulouse (Haute-Garonne) et Nantes (Loire-Atlantique).
Un débauchage d’autant plus sensible que les difficultés de la filière à recruter au sortir de la crise Covid ne seraient pas sans incidence sur une hausse des problèmes de qualité dans les lignes de production. L’arrivée massive de nouvelles recrues depuis deux ans environ, restant parfois à former, génère une hausse des couacs industriels, induisant un surplus d’activité pour assurer les inspections qualité ainsi que des retards de livraisons. Un phénomène qui entrerait d’ailleurs en jeu pour expliquer les déboires actuels de Boeing. Maintenir la cohésion des équipes chez les sous-traitants devrait en cela constituer une priorité pour les donneurs d’ordre.



