Air Liquide continue d’investir dans l’hydrogène décarboné entre Le Havre et l’Ile-de-France. Le groupe tricolore de gaz industriels a annoncé le 15 novembre un nouvel investissement de 50 millions d’euros pour construire un centre de conditionnement d’hydrogène ainsi que pour ajouter une flotte de camions spécifiques dédiés. L’objectif, inscrit dans celui de la décarbonation de ce bassin industriel, est aussi de muscler la mise à disposition d’hydrogène décarboné pour la mobilité.
En parallèle de l’annonce du projet, Air Liquide a d'ailleurs signé un contrat de dix ans avec l’opérateur français HysetCo, dont il est actionnaire aux côtés du fonds Hy24 et des industriels TotalEnergies ou Toyota. Ce spécialiste de la distribution d’hydrogène pour les véhicules, doté actuellement d’une flotte de 700 véhicules en propre et d’une dizaine de stations de recharge en Ile-de-France, recevrait d’Air Liquide un approvisionnement qui pourrait atteindre jusqu’à 3000 tonnes par an d’hydrogène. Actuellement, HysetCo distribue annuellement un volume bien moindre, plus proche de 400 tonnes par an. Mais les quantités envisagées dans le contrat sont «cohérentes avec l'expansion du réseau de stations hydrogène de HysetCo et la croissance des usages sur les prochaines années», justifie un porte-parole.
Un centre de conditionnement d'hydrogène renouvelable pour le futur électrolyseur d'Air Liquide
Le centre de conditionnement sera construit à proximité directe du projet Normand’Hy, à Port-Jérôme (Seine-Maritime), où Air Liquide avance sur l’implantation de son électrolyseur. Ce projet de 400 millions d’euros, soutenu à hauteur de 190 millions par l’Etat, permettra de mettre en service des capacités de 200 MW (soit environ 30000 tonnes par an d’hydrogène renouvelable). Sur les rails pour un démarrage au premier semestre 2026, cet électrolyseur concentrera environ trois quarts de ses productions pour les besoins industriels de clients dans l’Axe Seine, comme des chimistes, des raffineurs et des producteurs d’engrais.
Nicolas Droin, directeur général d’Air Liquide France Industrie, détaille : «l'hydrogène produit par 100 MW par an sera fourni à TotalEnergies pour la décarbonation de ses opérations de raffinage et celui des autres 100 MW sera réparti entre les besoins en mobilité, comme avec HysetCo, et les clients industriels de notre réseau existant de canalisation d’hydrogène dans le bassin, d’un peu moins de 100 kilomètres de long».

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Deux unités d'hydrogène d'Air Liquide en service en Normandie
Actuellement, Air Liquide alimente ce réseau de canalisations d’hydrogène pour les besoins industriels avec deux unités existantes, utilisant une technologie standard et fortement carbonée de reformage de méthane à la vapeur (SMR). Depuis 2015, la première unité du site de gaz industriels du groupe à Port-Jérôme est équipée de son système Cryocap, qui permet de capter par cryogénisation jusqu’à plus de 90% du CO2 émis lors du procédé et d’augmenter les rendements d’hydrogène, ainsi décarboné. La seconde unité, de type SMR, est implantée sur la plateforme de raffinage et de pétrochimie de TotalEnergies à Gonfreville L’Orcher (Seine-Maritime). La possibilité d’y ajouter une unité de captage Cryocap est envisagée mais pas encore actée.
Air Liquide attend une hausse de la croissance de l'hydrogène pour la mobilité
Environ un quart des volumes produits par le futur électrolyseur Normand’Hy sera, lui, plutôt dévolu aux besoins en mobilité. Que ce soit pour ceux des taxis hydrogène, dont Air Liquide estime que la flotte aura triplé entre 2023 et fin 2024, ou encore la demande, entrevue en croissance, des véhicules utilitaires légers, ou enfin le développement de la mobilité lourde comme les bus et les camions roulant à l’hydrogène. Ces volumes de l’électrolyseur pour la mobilité seront traités directement dans le futur centre de conditionnement, prévu pour être opérationnel également au premier semestre 2026.
Pour l’ajout de camions, nécessaires à l’acheminement des volumes d’hydrogène pour la mobilité dans l’Axe Seine, comme dans le cadre du contrat avec HysetCo, Nicolas Droin évoque un «objectif de constituer une flotte de plusieurs dizaines de camions spécifiques, dotés d’une nouvelle technologie avec une pression plus élevée pour transporter de l’hydrogène sous forme gazeuse et haute pression en toute sécurité pour alimenter les stations de recharge».
Cette future flotte de camions ne roulera pas elle-même à l’hydrogène. Nicolas Droin précise que «l’objectif est bien sûr de décarboner notre propre flotte à terme. Des développements de camions hydrogène sont à l’étude et nous disposons de quelques prototypes, nos partenaires nous accompagnent sur ce sujet».



