Pour Acome, le spécialiste français des câbles de haute technicité pour l’automobile et les réseaux, basé à Mortain-Bocage (Manche), la bonne nouvelle de ce début de semaine est la réouverture "à 100 %" de ses deux usines de Wuhan, en Chine, le 6 avril. Ces deux sites qui produisent, avec 200 salariés, des câbles de puissance pour les véhicules électriques et hybrides dotés de la technologie e-layer - sans silicone - avaient été mises à l’arrêt le 22 janvier 2020 alors que les autorités chinoises décidaient le confinement de Wuhan (11 millions d’habitants) puis celui de l’ensemble de la province du Hubei (55 millions d’habitants).
Dans l’urgence, pour ne pas pénaliser l’industrie automobile implantée en Chine, Acome organisait alors, depuis son site de Mortain-Bocage qui emploie 1 000 salariés en temps normal - 260 au travail aujourd’hui - la production et le transfert de stocks de ces fils et câbles sur des bases logistiques réparties dans toute la Chine, hors région du Hubei. "Pour honorer les commandes stratégiques les plus urgentes et fournir les câbles nécessaires aux fabricants de faisceaux automobiles non confinés, nous avons mis en place des liaisons par avion depuis Mortain", indique Jacques de Heere, le PDG du groupe Acome dont le siège social est à Paris.
C’est la plus grande Scop de France par le chiffre d’affaires (535 millions d’euros) et le nombre de salariés actionnaires (1 500 sur 2 000). En relation téléphonique quotidienne avec Frédéric Briand, le directeur des usines de Wuhan, Jacques de Heere a pu vivre à distance l’expérience de confinement chinois avec des moments parfois surréalistes.
Sur ordre des autorités chinoises
Ainsi, le 5 mars, en plein confinement "dur" (interdiction de sortir de chez soi), les autorités chinoises ont demandé à Acome de redémarrer l’une de ses usines afin de fabriquer en urgence des câbles pour faisceaux électriques pour ambulances. "Nous n’avons pas eu de difficultés à trouver la vingtaine de salariés volontaires pour cette production car ils étaient contents de sortir de chez eux, raconte Jacques de Heere. Ils travaillaient, mangeaient et dormaient sur place dans de petites tentes individuelles aménagées sur place. Ils ont été confinés trois semaines dans l’usine."
Ensuite a commencé le déconfinement. "L’activité économique a redémarré de façon très progressive. Le déconfinement ne peut être brutal, observe Jacques de Heere. Au début, ne sortaient de chez elles que les personnes qui n’avaient pas été infectées. Dès qu’un foyer d’infection était déclaré, les gens étaient confinés 15 jours supplémentaires." Les lignes de métro et d’autobus ont progressivement recommencé à fonctionner, chaque personne ayant une place attribuée, traçabilité oblige.
Alors que les usines de Wuhan sont aujourd’hui pleinement opérationnelles, les autres sites du groupe (Mortain-Bocage et Lannion en France, Brésil, Maroc, Tunisie) fonctionnent au ralenti. "A Mortain, où nous avons cinq usines, nous les avons mises à l’arrêt pendant quelques jours, le temps de mettre en place les mesures barrières et la sécurisation sanitaire pour nos salariés, puis nous avons tout redémarré sur un mode dégradé." L’entreprise répond à "toutes les commandes" mais cela ne représente qu’un faible volume d’activité. Elle table pour avril sur une division par deux de son chiffre d’affaires, confie Jacques de Heere.
L’activité télécoms est celle qui se porte le mieux, explique Jacques de Heere. L’activité de fabrication de câbles et fibres optiques fonctionne avec un repli d’environ 40 % par rapport à la normale. L’activité est soutenue pour les câbles de cuivre, Acome étant sollicité par les opérateurs pour la maintenance du réseau télécom.



