Ce sont les négociations de tous les superlatifs. Au terme d’un marathon de 70 heures, la direction de Volkswagen, le comité d’entreprise et le syndicat IG Metall, qui s’étaient enfermés pendant cinq jours dans un hôtel à Hanovre, sont parvenus vendredi 20 décembre à un compromis, mettant fin à la plus grave crise de l’histoire du constructeur allemand. L’enjeu était de taille : le groupe de Wolfsburg, à la recherche de 4 milliards d’euros d’économies, avait prévu la fermeture de deux usines en Allemagne et la suppression de jusqu’à 55 000 postes pour réduire ses coûts et ses surcapacités.
Au final, aucun site majeur ne sera fermé, mais plusieurs réorganisations de fond sont planifiées pour réduire la capacité de production en Allemagne d’environ 700000 véhicules par an, sur une capacité totale de 1,9 million en 2023. L’usine d’Emden, initialement la plus menacée, poursuivra sa production et récupérera l’assemblage du modèle électrique ID.4. «Tous les investissements nécessaires seront réalisés sur place», a salué Stephan Weil (SPD), ministre-président de la Basse-Saxe, région qui détient 20% des droits de vote du groupe VW. Quant à l’usine d’Osnabrück, elle continuera de produire le cabriolet T-Roc plus longtemps que prévu, jusqu’en 2027, date à laquelle VW sera chargé de trouver un nouvel investisseur.
L'usine de Dresde fermera en 2025
L’usine principale de Wolfsburg fermera deux de ses quatre lignes de production, entraînant la suppression de 4 000 postes d’ici 2030. En contrepartie, elle accueillera la production de la compacte électrique ID.3 et du Cupra Born, précédemment fabriqués à Zwickau. Ce dernier ne conservera plus que l’assemblage du SUV électrique Q4 e-tron d’Audi. À partir de 2029, la production de la nouvelle ID. Golf sera également transférée à Wolfsburg, tandis que la production de la version thermique de la Golf sera délocalisée au Mexique à partir de 2027. Enfin, l’usine de Dresde (Saxe), ouverte en 2002, sera définitivement fermée fin 2025. «Nous avions trois priorités : réduire les surcapacités sur les sites allemands, baisser les coûts de main-d'œuvre et ramener les niveaux de développement à un niveau compétitif, a expliqué Thomas Schäfer, directeur de la marque VW. Nous avons trouvé des solutions viables pour ces trois enjeux ».
Pas de réduction des salaires, mais...
En contrepartie, l’accord prévoit «une réduction socialement acceptable des effectifs» de plus de 35 000 postes en Allemagne d’ici 2030, soit environ 29% des effectifs totaux. Toutefois, ils ne seront pas imposés, comme l’ont souligné les représentants des employés : de nombreux départs en retraite, en particulier, ne seront pas remplacés. Pour apaiser les inquiétudes, les autres salariés bénéficieront d’une garantie de l’emploi jusqu’en 2030. «En matière de rémunération, il y aura de facto un gel des salaires pour les 120 000 employés de Volkswagen», a précisé le syndicat IG Metall. En effet, une augmentation salariale de plus de 5%, comparable à celle conclue dans l’industrie métallurgique et électrique, sera versée en deux tranches dans un fonds, plutôt que sur les comptes des salariés. Il servira à financer, entre autres, des réductions flexibles du temps de travail pour certains employés. Ce concept, proposé par le comité d’entreprise et IG Metall en novembre, était une alternative aux réductions salariales forfaitaires de 10% que la direction avait initialement envisagées. De plus, les salariés renonceront à leur prime pour les années 2026 et 2027. À partir de 2028, celle-ci sera réduite, avant de revenir à son niveau normal en 2030. Enfin, le nombre de places offertes chaque année pour les apprentis sera diminué, passant de 1400 à 600 à partir de 2026.
Ces mesures devraient permettre à Volkswagen de financer ses futurs investissements et de viser, à moyen terme, une marge bénéficiaire de 6,5%, contre seulement 2% actuellement. Pour autant, IG Metall a rappelé qu’il ne s’agit pas d’un chèque en blanc : «En tant que partenaires sociaux, nous avons pris nos responsabilités, a insisté Christiane Benner, première présidente d’IG Metall. Il incombe désormais à la direction d’agir pour garantir un avenir aux employés, et à la politique de créer des conditions-cadres et de concurrence favorables à la transition vers la mobilité électrique à long terme».



