Un réseau de fils électriques est enchevêtré dans la structure métallique. Deux opérateurs, équipés de blouses et charlottes – travail en salle blanche oblige –, contrôlent cet embrouillamini de câbles. Le tandem occupe l’un des neuf postes de cette ligne d’assemblage de nanosatellites appartenant au fabricant Hemeria, à Toulouse (Haute-Garonne). Une production réalisée à la main, mais via une véritable chaîne industrielle, sur 250 m2. « Il faut sept à neuf semaines pour fabriquer l’un de ces satellites, contre six mois à un an pour un engin conventionnel, glisse le chef de projet Dries Caluwaerts. Nous assemblons entre cinq et huit satellites en même temps, qui évoluent de poste en poste. » L’entreprise vise la livraison d’un appareil par semaine. Il faut dire que son commanditaire, Kinéis, compte bien respecter son ambitieux calendrier...
25 satellites en orbite en 2025
C’est le projet qui doit prouver que le new space français peut réussir face à la concurrence internationale, pour peu que des partenaires venus de tous horizons parviennent à collaborer. «Les annonces de méga-constellations et la surmédiatisation de SpaceX ne doivent pas faire oublier ce que l’on sait faire», sourit Alexandre Tisserant, le président de Kinéis, créé en 2018 et comptant 60 salariés. Dès le printemps 2025, la start-up toulousaine opérera, grâce à ses 25 nanosatellites en orbite basse (650 km), la première constellation européenne dédiée à l’internet des objets (IoT). «Nous visons un tiers du marché de l’IoT spatial d’ici à 2030, soit un chiffre d’affaires d’environ 100 millions d’euros, contre 7 millions en 2023», affirme Alexandre Tisserant. Détection de feux de forêt, suivi de conteneurs, gestion des activités maritimes, inspection d’infrastructures industrielles... En moins de quinze minutes, les satellites capteront des signaux émis depuis des millions de capteurs.
Kinéis s’attaque à ce marché avec un satellite de sa conception, grand comme une boîte à chaussures pour un poids de 28 kg. L’opérateur, qui a déjà séduit Suez, n’a pas à rougir face aux autres projets du new space mondial. Le premier tir de cinq satellites est prévu entre le 10 juin et le 9 juillet, depuis la Nouvelle-Zélande, via la petite fusée Electron de la société américaine Rocket Lab. Cinq lancements seront effectués d’ici au début 2025, avec chaque fois cinq satellites mis en orbite. Issue de CLS, une filiale du Centre national d’études spatiales (Cnes), la start-up en opère déjà neuf pour le système de localisation Argos, né à la fin des années 1970. Elle a par ailleurs réalisé une levée de fonds de 100 millions d’euros, en 2020, la plus grosse du new space en France. Y ont participé CLS et le Cnes, mais aussi Bpifrance, Thales et BNP Paribas.
Un réseau d'une dizaine de sous-traitants tricolores
Chef d’orchestre de l’industrialisation des satellites, Hemeria est issu d’anciennes activités critiques du fabricant d’équipements électroniques Nexeya. L’entreprise de 400 salariés, fondée en 2019, a notamment livré des équipements pour les constellations Iridium, O3b et Globalstar. «Nous avons investi environ 1 million d’euros pour la production des satellites de Kinéis», précise Nicolas Multan, le directeur général d’Hemeria. Cadencement, écrans digitaux sur chaque poste, concept d’hôpital pour extraire de la chaîne un satellite à réviser, tests de résistance thermique... Hemeria s’était déjà fait la main, en tant qu’intégrateur, avec les nanosatellites de démonstration Angels : les premiers en France, développés avec le Cnes et lancés en 2019 pour compléter le système Argos. La société vise un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros en 2026, contre 67 millions en 2023.

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Pour mettre au point ce concentré d’innovations, Hemeria a fait appel à une dizaine de partenaires industriels, pour l’essentiel français, dont Thales Alenia Space. En outre, il n’a pas hésité à aller chercher des profils chez les donneurs d’ordres. Il développe, avec le breton Syrlinks (groupe Safran), les deux charges utiles mises à profit pour la constellation, Argos et AIS (système dédié au suivi du trafic maritime). Comat livre l’antenne déployable et un système de roues à réaction pour le changement d’orientation des satellites. Quant au toulousain Actia, il fournit la puce qui équipera chaque objet connecté. Au total, quelque 200 personnes s’activent pour faire naître la constellation de Kinéis.
Un écosystème émerge. Hemeria a déjà été sélectionné par la start-up Prométhée pour sa future constellation de nanosatellites d’observation de la Terre. Il est aussi chargé de mettre au point un démonstrateur de satellite patrouilleur dans le cadre du programme Yoda du Commandement de l’espace. Les activités militaires constituent un débouché non négligeable. «Des études sont prévues avec le ministère des Armées», confie Alexandre Tisserant. Alors que Kinéis devrait annoncer de nouveaux clients à la faveur de la mise en service de sa constellation, l’équipe française des nanosatellites est en ordre de bataille.



