Localiser des millions d’objets et récupérer leurs données de fonctionnement depuis l’espace. Que ce soit un container en route sur les océans, un détecteur d’incendie au milieu d'une forêt, un capteur de niveau d’eau éloigné de tout réseau terrestre… C’est l’idée folle d’Alexandre Tisserant, PDG de Kinéis, société basée à Toulouse (Haute-Garonne) et qui compte une soixantaine de salariés. La société créée en 2018 peut compter sur le soutien technologique du CNES et du spécialiste des données spatiales CLS, respectivement actionnaires à 26% et 32% devant Bpifrance à hauteur de 20%.
Après avoir levé 100 millions d’euros en 2020 pour mener à bien son projet, cette société va enfin mettre sur orbite ses cinq premiers satellites d’une masse de 30 kg chacun. Le lancement aura lieu entre le 10 juin et le 9 juillet, a fait savoir l’opérateur satellitaire le 15 janvier. Ce sera la petite fusée Electron de la société Rocket Lab qui effectuera la mise sur orbite depuis sa base spatiale en Nouvelle-Zélande. «Pour mettre sur orbite 150 kg, un micro lanceur de ce type est plus adapté à nos besoins qu’un lanceur comme Ariane ou encore Vega», explique le dirigeant. Rocket Lab effectuera les quatre lancements suivants pour Kinéis, ce qui lui permettra d’avoir sa constellation de 25 satellites opérationnelle pour le début de l’année 2025.
Le premier satellite a déjà été fabriqué et testé par son partenaire Hemeria à Toulouse (Haute-Garonne). Le second et le troisième sont en cours de fabrication. Le premier lot de cinq satellites doit partir pour la Nouvelle-Zélande en mars. Pour tenir le calendrier prévu, il faudra produire un satellite par semaine.
Pourquoi offrir un tel service de monitoring depuis l’espace ? Les satellites permettent de localiser n’importe quel objet présent à la surface du globe et de remonter des informations sur son état de fonctionnement. A contrario, si on prend en compte les océans, les réseaux de télécommunication terrestres ne couvrent que 10 à 15% de la planète.

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Déjà des premiers clients
Avant même ce premier lancement, Kinéis a déjà l’opportunité de tester son service. Sa technologie est embarquée sur 9 satellites qui ne lui appartiennent pas et lui permettent déjà de gérer un parc de 20 000 terminaux. Parmi ses clients, une filiale d’Eurotunnel s’en sert pour localiser ses wagons de fret dans les gares de triage en Europe de l’est ainsi que pour mesurer l’état d’usure de leur système de freinage. A terme, cette société envisage de suivre quelques dizaines de milliers de wagons depuis l’espace. En Allemagne la société Dryad Networks détecte les feux de forêt grâce à des capteurs communicants positionnés sur les arbres qui mesurent le taux de CO2 dans l’air. Les applications sont multiples : détection de fuite dans un pipeline, suivi de faune sauvage, monitoring d'infrastructures…
Pour s’assurer d’avoir une remontée des informations rapide, l’opérateur satellitaire veut disposer de sa propre constellation qui comptera 25 satellites. «Pour les applications les plus exigeantes en terme de réactivité, cela permettra d’avoir des données rafraichies toutes les 10 à 15 minutes maximum en tout point du globe», indique Alexandre Tisserant.
Pour rendre possible un tel service, Kinéis et ses partenaires ont développé de nouvelles technologies. Pour effectuer le suivi des objets, la société a mis au point des capteurs communicants miniaturisés équipés de petites antennes et qui consomment très peu d’énergie. «La petite taille et l’autonomie du terminal sont permises par la technologie spatiale. On a fait le choix de déporter le maximum de complexité technologique au niveau des satellites pour simplifier au maximum l’intégration du terminal», explique Alexandre Tisserant. Ainsi l’opérateur a travaillé avec la société toulousaine Comat spécialiste des antennes pour satellites pour s’assurer que les signaux émis depuis les petits capteurs seront correctement réceptionnés par les satellites qui circuleront sur une orbite polaire à 650 km d’altitude.
une vitrine du savoir-faire spatial français
Plus largement, la constellation Kineis est une vitrine du savoir-faire spatial français : les minisatellites de la taille environ d’une boite à chaussures sont fabriqués par le fabricant toulousain Hemeria, la charge utile des satellites et le centre de traitement des données sont fournis par l’entreprise franco-italienne Thales Alesia Space.
Kinéis a réalisé en 2023 environ 8 millions d’euros de chiffre d’affaires. Elle espère atteindre l’équilibre et faire un chiffre d’affaires d’une vingtaine de millions d’euros en 2026 . La société ambitionne de franchir la barre des 100 millions d’euros de revenus d’ici 8 ans correspondant à un parc d’environ 2 millions d’objets.



